Une revisite d’un classique
Passant à la caisse depuis 24 ans chaque fois que le nom de José Luis Munuera apparaît sur une couverture d’album, il n’y avait aucune chance que je me passe de lire cette reprise de Lupin The Third. Cependant, étant très peu branché anime, je n’ai jamais vu un épisode d’Edgar de la Cambriole, alias Lupin III, même pas le film de Miyasaki. My loss. Peut-être un jour…
Mais comme je suis un chroniqueur consciencieux, après m’être évanoui de bonheur en recevant le SP, j’ai vite acheté l’anthologie Lupin III publiée par Kana en 2021, pour savoir de quoi il s’agissait !

Je ne peux pas dire que je suis ébloui par la découverte, mais c’est intéressant à lire. C’est inclassable pour l’époque. Monkey Punch gratte ses pages comme un furieux, utilisant des découpages incroyables pour un trait parfois à la limite du brouillon. Il caractérise parfaitement ses personnages, chacun ayant une identité visuelle immédiatement reconnaissable. Mais il ne faut pas s’attendre à du « beau » dessin. C’est… gratté ! Ça explose de partout. Et pourtant, prenez n’importe laquelle de ses pages, ça se tient, l’action est limpide, les proportions nickel et les bagnoles, les avions… Wow…

Quant au scénario, c’est de l’action à fond la caisse, avec des rapports à la femme complètement rétrogrades et machos. Elles résistent tant qu’elles peuvent aux avances des mecs, mais pas toujours. Ça passe mal en 2026. On trouve aussi pas mal de nudité, à se demander quel était le public cible de l’époque. L’auteur s’en sort avec beaucoup de dérision, avec des apartés qui cassent le 4e mur. Dans l’ensemble, c’est plutôt débile, mais drôle. On est certainement plus près de l’hommage aux films de Belmondo que du Lupin de Leblanc ou même de celui de Georges Descrières qui date des mêmes années que le manga. Il serait intéressant de savoir si Monkey Punch y avait accès.
Et Lupin, la Merveille, alors ?

Visuellement, on est proche de la perfection ! Munuera a pris possession de tous les personnages et en a respecté scrupuleusement les codes. Il leur a immédiatement imprimé sa patte inimitable. Il délié ses personnages et les affine dans un dynamisme réjouissant. Kid Toussaint au scénario a concocté une très sympathique histoire complète, un peu plus longue que les mini-épisodes originaux. Lupin est donc à la poursuite de « La Merveille », le seul objet que son grand-père, le « vrai » Lupin n’a pas réussi à voler de son vivant.

L’histoire débute donc à Londres, dans le passé, sur les traces de Lupin (regardez-moi cette première page : je suis tombé en amour de l’album dès l’ouverture). Après cette courte introduction, on rejoint Jigen et Lupin the Third pour se lancer dans l’aventure. Un petit clin d’œil coquin avec la plage nudiste, qui fait sourire quand on vient de lire les libertés folles de Monkey Punch. Ce remake restera tout public (Et franchement, c’est tout aussi bien.)
S’ensuit une scène présentant Fujiko Mine où l’on sent bien que les auteurs ont été bien embêtés avec ce personnage. Pas moyen de lui attribuer le rôle sexy qu’elle avait dans les années 70. Toussaint ne la fait intervenir que pour l’exclure de l’album. (Reviendra-t-elle ? Vous croyez que je vais spoiler ?)

Un classique de la collection classics
Grand classique du manga, publié par le spécialiste Kana, Lupin III, La Merveille est un pur album de BD européenne traditionnelle. Et le mariage se fait plutôt bien. Le dessin de Munuera est grandiose, virevoltant, sublime. On en attendait pas moins de lui. Les couleurs de Sedyas sont profondes et riches et conviennent parfaitement aux planches de Munuera. Ces deux-là sont partenaires depuis longtemps.
Quant au scénario, je dois avouer que je ne suis pas très fan des œuvres précédentes de Kid Toussaint (désolé Kid), mais je pourrais vite réviser mon jugement s’il continue sur cette lancée. J’ai trouvé l’histoire de cette Merveille particulièrement bien équilibré. On pourrait lui reprocher d’aller un peu vite, mais c’est un reproche qu’on peut faire à tous les One-Shots du monde. Le scénariste doit utiliser 5 personnages ultra-connus (Lupin et ses 3 acolytes, plus l’inspecteur Zenigata). Il veut en plus raconter une histoire bien construite (la Merveille promise par le titre. Il introduit en plus ses propres persos (le cocasse Passéparou et le méchant Cyborg, très réussis). Et pour tout cela, Messieurs-dames, tenez-vous bien : il n’y a que 105 pages !!!

Ne parlons pas du fait qu’il faut laisser respirer un dessinateur aussi virtuose que Munuera. Il doit nous offrir notre lot de pleines pages sublimes. Et il ne s’en prive pas : quelle beauté !
Au final, toutes mes félicitations Monsieur Toussaint, cet album est une belle réussite !
Je ne résiste pas au plaisir de spoiler le gag final (naaaaan, mais, ça va, ça fait pas partie de l’histoire). Merci à Kana pour le facétieux clin d’œil, qui accompagne la dernière image… « Cette BD se lit dans le sens occidental, vous êtes donc à la fin ! » Ouf, dire que j’ai failli ne rien comprendre !!! 😉






