Deux destins liés par les vagues et l’océan
Dans cet album, AJ Dungo entremêle deux récits avec une grande fluidité. D’un côté, il retrace l’histoire du surf à travers deux de ses figures légendaires : Duke Kahanamoku, qui a popularisé la discipline à travers le monde, et Tom Blake, qui a révolutionné la fabrication des planches de surf. Pour cela il s’appuie sur des recherches et une bibliographie fournie (à retrouver en fin de l’album). De l’autre, l’auteur nous propose une partie de son histoire personnelle. Il s’ouvre avec pudeur et nous partage son propre quotidien aux côtés de Kristen, sa compagne. Atteinte d’un cancer des os, elle trouve dans l’océan un refuge, et dans le surf une forme de liberté face à la maladie. C’est le récit intime d’un combat, d’un amour lumineux malgré la fatalité et d’un deuil à surmonter.


Une narration visuelle d’une grande pudeur
Un bichromie efficace
Ce qui frappe immédiatement dès la couverture et à l’ouverture de l’album, c’est le choix chromatique. L’auteur utilise une bichromie très précise pour guider le lecteur. Les sections historiques sur le surf sont portées par des tons sépia et crème, chauds, qui rappellent les vieilles photographies. En contrepoint, l’histoire d’amour et de combat contre la maladie baigne dans des nuances de bleu et de turquoise, évoquant la mélancolie mais aussi la sérénité de l’eau et des vagues.
Ce qui est plutôt impressionnant c’est qu’au départ « In Waves » est un « simple » projet d’étude. La BD ne devait porter que sur l’histoire du surf au début. Puis l’histoire très personnelle de l’auteur et une promesse faite l’a mené à intégrer ses souvenirs avec Kristen, sa compagne disparue des suites de maladie. Le résultat final est d’une grande maturité pour un jeune artiste.
Un dessin minimaliste qui sucite l’émotion.
Le dessin est minimaliste et très efficace. Il va droit à l’essentiel. Les visages ont des traits simplifiés, mais présentent quelque chose qui renforce l’empathie. Le découpage est ample, laissant une place immense aux doubles pages contemplatives où l’océan devient un personnage à part entière. Le rythme prend son temps, alternant entre la documentation historique rigoureuse et la poésie des moments suspendus sur la planche.


Une chronologie au fil de l’eau
Dans « In waves », l’auteur ne suit pas une chronologie stricte lorsqu’il raconte l’histoire de Kristen. Un peu comme les vagues qui vont et viennent, à la façon d’une personne qui raconte ses souvenirs, avance dans l’histoire, puis revient sur une anecdote… Aj Dungo revient sur ses souvenirs doux-amers avec un flot irrégulier, qui porte pourtant très facilement le lecteur. Malgré ces aller-retours dans le temps, la lecture est très facile.
Une nouvelle édition augmentée.
La BD est initialement sortie en 2020 en France. Six ans plus tard, les éditions Casterman nous proposent une nouvelle édition augmentée d’un cahier graphique. On y trouve des recherches de personnages et des visuels pour le film d’animation qui adapte l’oeuvre. En fin d’album, les lecteurs pourront aussi lire une interview croisée d’Aj Dungo et Phuong Mai Nguyen, la réalisatrice du film d’animation.
Au delà du papier…
Une œuvre largement saluée par la critique et récompensée.
La force de ce roman graphique n’est pas passée inaperçue dans l’univers de la bande dessinée. Dès sa sortie, In Waves a profondément marqué les esprits, au point de décrocher le prestigieux Prix BD Fnac-France Inter 2020. L’album s’est également illustré à l’international en remportant le Prix des libraires du Québec et en décrochant une nomination au Prix Bédélys étranger.
En France, cette création majeure a eu les honneurs de la sélection officielle du Festival d’Angoulême 2020 (dans la catégorie du Fauve d’or) ainsi que de la sélection du Grand Prix de la critique ACBD. Un palmarès impressionnant pour ce qui reste, rappelons-le, le tout premier livre de son auteur.
Et je suis à peu près sûr que l’album a dû recevoir d’autres nominations ou prix dont je n’ai pas connaissance. En tout cas, une chose est sûre, il a été un coup de coeur pour de nombreux lecteurs et lectrices.
De la BD au grand écran
Le passage de ce roman graphique au cinéma d’animation est une suite presque logique tant la BD possède une identité visuelle forte et a touché le public. Pour autant adapter cette histoire est un challenge en terme de graphisme. La réalisatrice a donc choisi de rompre complètement avec le visuel original pour apporter son propre univers graphique.
Dans un style très différent, le film doit savoir transposer cette poésie graphique en donnant du mouvement à l’océan et en prolongeant l’émotion par une ambiance sonore. Cette synergie entre le neuvième art et le cinéma permet de redécouvrir l’œuvre sous un nouvel angle, ou de la faire découvrir au public non lecteur.
Le film se veut d’une fidélité exemplaire au matériau d’origine. On en apprend plus en fin de l’album sur l’interview de Aj Dungo et Phuong Mai Nguyen qui nous parlent de la genèse du film.
Pour ma part, pour l’instant je n’ai pas vu le film, donc je ne peux pas partager mon avis. Mais l’extrait et le visuel me plaisent bien.
Si tu as vu le film n’hésite pas à me donner tes impressions et ton ressenti.
Mon avis perso de la BD In Waves
Une occasion à saisir
Je ne suis pas un grand lecteur de romans graphiques. D’ailleurs, je n’aime pas trop ce terme qu’on emploi un peu à tort et à travers, dès qu’une bande dessinée présente un style graphique très marqué finalement. Mais In Waves avait reçu un tel accueil à sa sortie que j’ai toujours voulu le lire, sans jamais en avoir vraiment l’occasion. Et cette occasion, c’est la sortie de la nouvelle édition, que j’ai su saisir.
Un hommage réussi
Écrire sur le deuil et la maladie sans jamais tomber dans le larmoyant ou le voyeurisme est un exercice périlleux, mais l’auteur s’en sort avec une dignité exemplaire. AJ parvient à susciter l’émotion, sans jamais tomber dans le pathos. Et je trouve que c’est d’autant plus fort car c’est la première oeuvre d’un jeune auteur. Aj fait preuve d’une maturité étonnante.
L’analogie entre l’océan et les épreuves de la vie est magnifique : face à la vague qui nous submerge, il faut apprendre à glisser, à accepter et à se relever. C’est une œuvre d’une grande maturité (oui je me répète), un hommage à la vie et à la résilience. Avec In Waves, l’auteur a tenu sa promesse envers son ancienne compagne, mais en plus il le fait avec tendresse, finesse et brio.
Et finalement, pour moi, l’histoire du surf (qui était pourtant la base du projet d’étude de cette BD), n’est que secondaire. Certes ces passages sont intéressants, et les passionnés de surf vont sûrement adorer. Mais à mon sens, ils ne servent qu’à créer l’envie de connaitre le chapitre suivant sur AJ et Kristen, un peu comme un interlude entre deux épisodes d’une série qu’on adore.

Finalement, faut-il plonger dans la vague?
Je ne suis finalement pas très original et vais complètement dans le sens des chroniques dithyrambiques sur cette BD. Je ne dirais peut-être pas que In Waves est un indispensable à avoir dans sa bibliothèque, mais je vous conseille de le lire au moins une fois. C’est un témoignage bouleversant et une magnifique porte d’entrée dans le roman graphique.
Et toi, as-tu déjà eu l’occasion de lire In Waves ou de voir son adaptation en film d’animation ? Est-ce que cette approche qui mêle histoire du sport et récit intime te tente ?
Dis-moi ce que tu en penses dans les commentaires, et n’hésite pas à parcourir nos autres chroniques sur 7bd.fr pour découvrir d’autres lectures marquantes !





