Ah les joies de la campagne
Héloïse et sa mère s’installent à la campagne dans une maison dont elles ont hérité. Déracinement un peu difficile pour Héloïse, mais la vie avec sa maman est heureuse.

Mais c’est difficile d’habiter la maison d’Odile Duchemin, alias Simone Martine, alias la Folle Bergère… Dans une région où « c’est le sport national de donner des surnoms », la rentrée s’annonce chaude. Les camarades sont impitoyables et les esprits assez étriqués et Héloïse va en faire la difficile expérience. Heureusement Mariam, la reine du Hip-Hop et Tata Salami, la conductrice de bus scolaire vont être de sacrés alliées.
Une chouette histoire pour tous les âges
On dit d’une bonne histoire qu’elle est universelle. François Duprat a fait de cet adage une démonstration. Ciblée en théorie pour les plus de dix ans, cet album parle tout autant aux adultes qu’aux pré-ados.

L’héroïne, Héloïse est une jeune fille pas tout à fait sortie de l’enfance. Sa vie est à la fois ordinaire et pas si courante. Elle est vive et intelligente. Elle se retrouve prisonnière d’un harcèlement initié par un caïd du village auxquelles les autres enfants emboîtent le pas. En cela, elle marche dans les traces de son aïeule Odette à la fois gloire du village, mais aussi bête noire, par jalousie et sottise. Le passé se reflète dans le présent, mais c’est en s’y intéressant qu’Héloïse peut commencer à résoudre ses problèmes. Sans compter bien sûr les amitiés qui sont également le moteur de l’adaptation d’Héloïse à son nouveau milieu.
Quasiment tous les personnages féminins de la BD sont particulièrement bien campées. Filles fortes, résilientes, intelligentes, progressistes. Que ce soit Héloïse, sa mère, Tata Salami ou Mariam, elles ont un sens commun bien carré. Sans oublier, l’absente, la Folle Bergère, disparue mais très présente et qui était à l’avant-garde pour son époque. Côté masculin, il n’y a guère que Caillou et son papa pour sauver l’honneur en étant simplement… gentils !
L’histoire de Duprat est à la fois réaliste et pleine d’humour. Ses dialogues sont pétillants et justes. C’est un vrai régal de lecture.

L’auteur réussit à parler de harcèlement tout en restant léger dans son traitement, résolument optimiste sans se voiler la face. C’est une grande force de l’album de toucher le lecteur sans le déprimer, bien au contraire.
Aussi beau que passionnant
Au service de ce scénario très réussi, le dessin de François Duprat ne l’est pas moins. Dépassant le « classique franco-belge », j’en retiens surtout la mise en scène très dynamique, la gestuelle et l’expressivité des personnages. J’apprécie particulièrement la mise en couleurs très douces et pourtant très variée. J’ai l’impression d’un rendu un peu « craie grasse ». Cela donne un ton tout à fait vibrant à l’ensemble.

Pour être honnête, c’est ce dessin et ces couleurs qui m’ont poussé à tester cet album un peu en dehors de mes lectures habituelles. J’ai passé un excellent moment à cette lecture et je ne regrette certainement pas mon envie. Il rejoint illico ma collection et je sais que j’aurai plaisir à le relire. Il va falloir que j’aille me procurer « Les Bonhommes de Pluie », le premier album de l’auteur avec la même héroïne Héloïse (d’Héloïse à héroïne, il n’y a que deux consonnes !)
N’hésitez pas à tenter cette très belle BD et pensez-y pour vos enfants, vos neveux, vos nièces, vos conjoint·es, ils vous remercieront (parce qu’ils sont polis, mais aussi parce qu’ils vont aimer).






