Si vous n’avez pas encore découvert la dernière folie d’Inio Asano, il n’est pas trop tard pour faire du rattrapage. Plongez-vous dans Mujina in the Deep.

Éditeur Kana
Collection Big Kana
Titre Mujina into the deep T3
EAN 9782505142898
Scénario & Dessins Inio Asano
Parution Juin 2026
Format 148×210
Nbre pages 196
Prix 13.25 € / 19.8 CHF
Sommaire de l'article
La machine est rodée
Après deux tomes bien compacts où Asano posait les bases de sa dystopie, ce tome 3 atteint son rythme de croisière. Pas de grande nouveauté, ni de révélations fracassantes, Asano fait vivre ses personnages.
Dans un premier double chapitre, il confronte Tenko à une autre Mujina, dans un combat rageur et à haute intensité

On fréquente ensuite les deux policiers menant l’enquête sur l’assassinat du tome précédent. Quelle surprise, les deux sont déjantés et sordides. Leurs pulsions sexuelles sont déviantes, Asano est fidèle à lui-même.
Enfin le dernier tiers du volume s’intéresse à Ubume et à son « bienfaiteur ». Qui voit une raison pour que ça se passe bien ?
Sombre futur
En extrapolant sur notre monde actuel, Asano n’a pas besoin de se consacrer à de nombreuses scènes d’exposition pour asseoir son décor. Il l’a fait à la perfection dans les deux premiers tomes. Ce volume-ci est donc un tome « de roulement ». On assiste aux scènes qui font le quotidien des Mujinas, ces laissés-pour-compte qui ont perdu leurs droits. Par définition hors-la-loi, ils font des tueurs hors-pair. La pègre les emploie donc à tour de bras, faisant miroiter à certains un paiement suffisant pour racheter leurs droits.

Dans cet univers de noirceur et de désespoir, Asano n’est pas près de laisser un de ses personnages y arriver. Ça sabre à tour de bras et les membres volent. Tenko, sans être l’héroïne, bénéficie d’un traitement de faveur. Vedette des réseaux sociaux, elle peut se targuer d’être encore présente dans le monde humain. Cependant, c’est au combat qu’elle s’illustre le plus. Et pour cause, elle est est présentée comme l’antagoniste principale de Ubume et se promet de la liquider, en son temps. Asano laisse mariner leurs relations.
Ubume, elle, est montrée comme vieillissante et montre des faiblesses. Dans le plus pur style thriller, il faut que l’héroïne se prenne un maximum de coups pour pouvoir rebondir. Mais Asano jouera-t-il le jeu jusqu’au bout ?
Pour l’instant, il ne fait pas d’écarts inattendus : son manga est probablement l’un des plus simples qu’il ait produit à ce jour. Mais simple ne veut pas dire simpliste et Mujina est efficace et puissant, entraînant le lecteur à une vitesse folle.

Mujina : un graphisme de tueur
Personne ne sera surpris : ce qui rend Mujina aussi attractif, c’est aussi et surtout un dessin extraordinaire. D’une noirceur féroce, Asano excelle dans l’accumulation de détails et la précision du décor. On peut lui reprocher la jeunesse apparente de ses personnages féminins qui viennent nous sortir parfois du scénario. Juno a l’air d’avoir 12 ans, Ubume 14 (et Tenko la traite de « vioque »). On pourra le lui reprocher à chaque tome : il a choisi le chara-design, on s’y fait ou on va voir ailleurs…
Le style de l’auteur est grandement immersif. Son soin du détail, les décors d’après photo, les personnages souples et puissants, les découpages fluides et dynamiques, tout est réjouissant.

Au final, je ne change pas d’avis sur cette série. Si elle n’est ni la plus originale, ni la plus recherchée d’Inio Asano, elle est la plus rentre-dedans. Aussi agressif qu’un Tarantino de la grande époque, le manga est un blockbuster redoutablement efficace. Dire que j’ai hâte de mettre la main sur le tome 4 est un euphémisme. Heureusement que je dois avoir deux ou trois lectures de côté pour patienter !


