Sommaire de l'article
Retour aux origines
Hidenori Yamaji continue d’explorer le passé de Kilik qui se révèle franchement le personnage principal de cette série. La pauvre Soara est reléguée à un rôle subalterne et n’apparaît que dans quelques cases dans le dernier chapitre du tome qui revient au « présent » de l’histoire.

Pas question pourtant de s’en plaindre ! Ce tome est tout bonnement excellent. Le flashback plonge Kilik au cœur de la guerre Humains vs Nains. Il lui révèle la profonde horreur des batailles. Kilik est dévasté : l’excellence de son travail d’artisan produit des massacres et des morts en quantité. Il quitte son peuple et entre en errance, autant qu’en pénitence. C’est ainsi qu’il finira par rencontrer Kahyô, dont la philosophie va le séduire et dont il deviendra le disciple. Parfaite liaison avec l’histoire principale que nous retrouvons donc en fin de volume avec une seule envie : la suite !
Un graphisme renversant
Sur ce scénario malin et passionnant, Yamaji laisse libre cours à son talent et nous concocte des planches absolument renversantes. Les batailles sont sacrément gore pour un shonen. Le contraste entre les traits un peu kawai de ses héros enfantins (Kilik, Nico, la Chimère) vient contraster avec la violence des scènes de batailles. Ce contraste est également constant dans le trait lourdement encré avec une furieuse utilisation du Noir et Blanc, des décors archi-présents, une profusion de personnages (de figurants, comme dans une superproduction hollywoodienne). C’est un régal.

Le choix de développer un aussi long flash-back est particulièrement judicieux. Je me souviens que dans les premiers tomes, on déplorait un peu le manque d’enjeux du manga. Yamaji s’en est probablement rendu compte lui-même en insufflant dans son histoire la mission de retrouver Kahyô, la « maîtresse-architecte ». Il assoit définitivement l’intérêt qu’on pouvait avoir dans les personnages en donnant ici une réelle profondeur et des motivations à Kilik. Celui-ci passe de « chef des bâtisseurs », petit personnage rigolo et courageux à « héros pur jus, intelligent et tragique, au sombre passé ». Vous parlez d’une promotion !

On prend plaisir à sa relation avec Niko, le jeune prince malaimé, à leurs interactions avec la « terrible » chimère. Kilik apprivoise presqu’à son corps défendant ce monstre puissant et sympathique, bien dans l’esprit du manga. Elle est pour l’instant confinée à ce flashback, mais l’auteur, subtilement, parsème celui-ci de « points de retour ». Ce sont ces petits suspens qui nous donnent envie d’en savoir plus. Ils lui permettront de revenir sur cette histoire et probablement de retrouver notre chimère !

Une œuvre en perpétuelle évolution
Yamaji a souvent l’air de se laisser porter par son histoire et de s’amuser à introduire de nouveaux monstres. Ainsi la fin du tome nous promet une débauche de dessins sublimes dans le prochain tome (mais ne comptez pas sur moi pour révéler ce qui s’annonce, lisez-le).
Toutefois, la construction d’une histoire personnelle de Kilik dans ce long flashback montre chez l’auteur un réel attachement à son univers. Je prends les paris sur un futur flashback aussi détaillé sur Soara, car ce serait vraiment trop étonnant qu’elle soit oubliée alors qu’elle donne son nom au manga. Pour l’instant, il faut reconnaître qu’elle est carrément effacée et c’est un peu dommage.

En tout état de cause, en cinq tomes, Soara et les Bâtisseurs est devenu un de mes mangas favoris dont je guette la sortie avec impatience. Hidenori Yamaji est un virtuose qui excelle autant dans le kawai et l’humour que dans les scènes plus violentes. Son trait tout en rondeur, son humour sans méchanceté, les valeurs qu’il véhicule, tout m’attire et m’enchante ici. Donnez-lui le succès qu’il mérite !





