Le cabaret Voltaire – la chronique tombée par terre

Le cabaret Voltaire, la BD d’avant-garde

couverture de "LE CABARET VOLTAIRE" de Kent et José-Louis Bocquet paru chez Delcourt

Série : –
Titre : Le cabaret Voltaire
Auteurs : José-Louis Bocquet (scénario), Kent (dessin)
Éditeur : Delcourt
Collection : Encrages
Année : 2026
Pages : 224

Résumé d’une histoire internationale :

Août 1914, un homme explore un fort, en parallèle d’un poème lancé à travers la guerre. À sa sortie, il est interpellé par deux soldats. Berlin, novembre de la même année, une jeune femme finit de réciter le poème. Lui, c’est Hugo Ball, et elle, Emmy Hennings. Ils se retrouvent dans un cabaret allemand, avec un ami, Richard Huelsenbeck et tiennent des propos contre la guerre en cours. À Bucarest, deux jeunes amis marchent dans la rue, Samuel et Marcel. Ils sont à un carrefour de leur vie, le choix de leurs études supérieures, mais c’est l’art qui les attire. Samuel veut se rebaptiser Tristan…

Le scénario d’un récit sur l’explosion d’une avant-garde :

De ville en ville, de mois en mois, nous rencontrons de nombreux artistes qui ont été à l’avant-garde des mouvements rebelles en peinture, sculpture, danse ou encore poésie. Et ces artistes sont amenés à se retrouver à Zurich, en 1916 et à participer au cabaret Voltaire, qui deviendra un des centres de l’avant-garde européenne.

La différence entre le cabaret Voltaire et les autres mouvements, comme l’abstraction, le cubisme, ou De Stilj qui regrouperont également des artistes, c’est que Hugo Ball réussira à réunir plusieurs disciplines et donner une avant-garde de l’art total, l’idée que tout se mélange, danse, dessin, poème dans des performances artistiques sans limites… Et tout cela en pleine Première Guerre mondiale. C’est le destin du cabaret Voltaire et de ceux qui l’ont formé que l’on suit dans cette BD. Une histoire étonnante, qui aboutira à la création d’autres mouvements d’avant-garde et en influencera beaucoup.

Quelle aventure et quelle folie ! On ne peut qu’être étonné des numéros donnés et la liste des programmes présentés à la fin de la BD confirme ce qu’on a lu au fil des pages. Avec le recul, il est difficile de se rendre compte de ce qui était complètement hors des normes de l’époque. En effet, l’art moderne a été rejeté, mais aussi acheté, exposé, vendu en galerie. Il était avant-gardiste, innovant, mais trouvait des mécènes. Voir les numéros du cabaret Voltaire amène forcément à se poser la question, à quel moment tout bascule dans un art entièrement opposé à ce qui se pratiquait ?

Il y eut des réactions vives, des oppositions, mais la mèche allumée allait se répandre dans toute l’Europe. Ce vivier d’artistes en ébullition ne peut que surprendre. Repousser les limites de ce qui était possible, aller de plus en plus loin, et attirer en plus un public conséquent à chaque représentation, c’est un challenge étonnant et réussi.

La BD se termine sur la fin du cabaret Voltaire et un dossier dense regroupe toutes les biographies des personnalités présentes. On voit les liens et on découvre aussi ce que chacun est devenu après la période du cabaret Voltaire. On peut avoir un peu de mal à reconnaître les personnages avec la masse de gens que l’on croise au fil de la BD, notamment ceux qui reviennent bien des pages plus tard. Mais chaque début de chapitre liste les noms des artistes qu’on croisera.

page de "LE CABARET VOLTAIRE" de Kent et José-Louis Bocquet paru chez Delcourt
DEs personnages historiques se roisent sur fond de monochromie bleue… sur cette page !
© Editions Delcourt, 2026 — Kent, Bocquet

Le dessin aux couleurs folles :

Kent dessine cette BD, il adopte un style rappelant la ligne claire, mais une ligne claire anguleuse, parfois tracée au couteau et d’autres fois d’une souplesse et d’une légèreté envoutante, comme les mouvements de danse. Il rehausse cet encrage avec des aplats de noir et des jeux de lumière et de couleurs. En utilisant des aplats de bleu, qu’il mêle à d’autres aplats de gris, il crée une sorte de trichromie, qui peut voler en éclats selon les situations dessinées.

Les aplats bleus donnent l’ambiance du jour, mais ils peuvent se voir emporter, mélanger avec des jaunes, verts, roses. Les noirs peuvent s’intensifier. Et surtout, ces aplats ne suivent pas forcément la logique du décor. Kent n’hésite pas à s’emparer des couleurs et à les cadrer dans des formes géométriques simples ou plus complexes. Malgré tout cela, il parvient à garder une structure graphique à la BD et notamment, lorsqu’il rompt les amarres de ses propres codes lors des représentations du cabaret, il nous entraîne dans l’euphorie du spectacle. Il crée ainsi une BD qui tente, à sa manière, de capter l’esprit de cette avant-garde et de nous la retranscrire d’une manière complémentaire au scénario.

Conclusion d’une BD à la hauteur de son objectif :

Les deux auteurs retranscrivent l’ambiance d’une époque, avec un scénario qui nous entraîne dans une période folle de création en pleine guerre et un dessin explosif qui capte l’énergie folle du cabaret Voltaire !

Zéda croise Hugo Ball.

"A.B.S. TRACTION" strip de Zéda pour illustrer chronique 7BD sur "LE CABARET VOLTAIRE" de Kent et José-Louis Bocquet paru chez Delcourt

David

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David
Davidhttp://www.davidneau.fr
Scénariste pour le jeu vidéo, le podcast et le cinéma, auteur-réalisateur de court-métrages animés, auteur dessinateur la BD numérique "Zéda, l'Odyssée du quotidien", enseignant à l'ICAN en BD numérique, et chroniqueur BD bien spûr. Sans oublier passionné de musique et de... BD ! Tout est dit.

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