Entrez dans une boutique que vous ne pourrez peut-être pas quitter
Au centre d’une ville en forme de cœur, au fond d’une sombre rue, on trouve une porte bleue… C’est la porte de l’étrange boutique d’Antiquités gérée par les jumeaux Riku et Bon.
Riku s’occupe de l’étage d’en haut, celui auquel vous accédez par la porte bleue et qui est réservé aux humains. Elle vous fera visiter l’endroit de bon cœur et comblera au mieux vos désirs. Si elle ne peut y parvenir, elle vous guidera alors vers une petite porte au fond de la boutique. Cette porte donne sur le monde d’en bas, pour les humains, les créatures et les démons et c’est Bon qui prendra le relais pour satisfaire vos demandes.

Si Riku a l’air normal, c’est qu’elle cache ses membres translucides sous ses habits. Pour Bon, le garçon squelette, c’est un peu plus difficile, mais les clients d’en bas sont moins regardants.
Une boutique fascinante
Première œuvre de Makura Kurama, Bienvenue dans l’étrange Boutique d’Antiquités est un fabuleux fourre-tout littéraire. L’autrice y conjugue sa passion pour les antiquités avec une fascination morbide pour le fantastique. A la manière d’un merveilleux cabinet de curiosités que ne renierait pas un Guillermo Del Toro, elle compose un livre absolument merveilleux et malsain.

On y trouve de petits épisodes manga sur des personnages en quête de choses impossibles, d’amours mortes ou de créatures de légende. Ces mangas sont enchâssés dans des histoires illustrées, des inventaires imaginaires, des biographies fantasques. Le point commun, c’est le malsain de la proposition. Junji Ito peut aller se rhabiller, il passerait pour un petit rigolo. Kurama ne fait pas dans la démesure, elle fait dans la constance et l’obsession. Obsession de la mort, des squelettes, des malformations, des plantes assassines, des gens empaillés pour lutter contre le temps… Âmes sensibles s’abstenir.
Un livre d’art maudit
Dans ce très beau volume bien épais aux couleurs d’automne, l’éditeur a joint à la boutique une deuxième œuvre de Kurama : « Curiosités et Rêveries », qui est l’exacte continuité du précédent.

Aux antipodes d’un manga ordinaire, cette œuvre inclassable possède une autre constante : son incroyable beauté. Mangas ou illustrations, noir et blanc ou couleurs, chaque page regorge de détails, souvent incongrus ou inquiétants. Les histoires se renvoient les unes aux autres, tissant une trame solide comme une toile d’araignée où le lecteur s’englue.

A peine sorti de cette boutique, un peu surpris d’avoir échappé à l’empaillage, on se surprend à vouloir retourner y faire un tour, subjugué par tout ce qu’on a dû rater en regardant les pages un peu trop vite. Maintenant que nous sommes prévenus des dangers de l’endroit, on pourrait très bien y refaire une visite et chercher les détails omis… Allons-y, retournons au fond de la ruelle… Poussons la porte bleue… Qu’est-ce qui pourrait mal se passer ?






