lundi 12 janvier 2026

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L’abîme de l’oubli, la chronique qui se rappelle

L’abîme de l’oubli, la BD d’un long parcours

couverture de "L'ABIME DE L'OUBLI" de Paco Roca et Rodrigo Terrasa paru chez Delcourt

Série : –
Titre : L’abîme de l’oubli
Auteurs : Paco Roca, Rodrigo Terrasa (scénario), Paco Roca (dessins)
Éditeur : Delcourt
Collection : Mirages
Année : 2025
Pages : 296

Résumé d’une histoire transgénérationnelle :

Des jeunes appelés de l’armée espagnole sont emmenés sur le champ de tir de la brigade d’artillerie de la Paterna, près de Valence. Ils ne savent pas ce qu’ils font là. Un camion arrive, débarquant des prisonniers. Ils vont devoir fusiller ces inconnus, accusés à tort ou à raison d’être des opposants au régime franquiste. S’ils refusent, ils rejoindront le groupe des condamnés à mort. Nous sommes en 1940, la guerre d’Espagne est finie, mais les exécutions continuent…

Le scénario d’un récit qui se passe sur deux époques :

Le récit démarre en 1940, mais il va aussi se dérouler de nos jours. En effet, parmi les fusillés, il y avait José Celda Beneyto. Et c’est une de ses filles, Pepica Celda qui, des décennies plus tard, quand la loi l’autorisera, demandera à ce que les fosses communes soient ouvertes pour retrouver le corps de son père.
Cette BD nous permet de suivre José Celda Beneyto, sa sœur, sa fille et le groupe d’archéologues engagés pour déterrer les squelettes de la fosse, les identifier et les rendre à leur famille, aujourd’hui. Un autre personnage important est le fossoyeur du cimetière où se trouve ces fosses communes, Léoncio Badia. Cette histoire vraie se déroulant sur plusieurs époques, est construite d’une manière vraiment touchante par les deux scénaristes, Paco Roca et Rodrigo Terrasa. Nous sommes avec les différents personnages, et nous comprenons leur douleur et leur peur.

Nous passons subtilement d’une époque à l’autre, parfois quand le vent chasse la poussière sur une tombe, parfois par un portrait, un lieu, un souvenir. Certains passages du récit sont un peu didactiques notamment sur cette fameuse loi, mais ils sont importants car ils dépeignent l’ambivalence d’une Espagne qui veut se libérer de la poigne et du souvenir de Franco mais qui en même temps, voudrait enterrer le passé.
Le pays et nombre de ses habitants naviguent entre deux eaux, et Pepica Celda va rencontrer bien des obstacles sur sa route.

La BD montre aussi l’importance de la solidarité face à la dictature, avec le combat d’un groupe de femmes dont le but n’était pas de faire évader leur mari, de défendre la république mais juste de pouvoir honorer leurs proches qui allaient être fusillés, pouvoir les enterrer décemment. Car même cela leur a été refusé par le régime franquiste. Certains personnages du récit ne comprennent pas ce combat, ce besoin et n’en voit pas l’utilité. Paco Roca et Rodrigo Terrasa font intervenir l’histoire ancienne, le siège de Troie, avec Achille, Patrocle et Hector pour nous faire saisir à quand remonte ce besoin d’enterrer nos morts et pourquoi il peut être si viscéral.
La présence de l’Antiquité grecque peut surprendre mais grâce au personnage de Léoncio Badia, fossoyeur cultivé, ancien professeur indépendant, il se glisse dans le récit et fait pleinement sens.
Cette nouvelle BD de Paco Roca, également au format paysage, touche en plein cœur sur un sujet sensible, grâce à ses personnages forts et sa composition réfléchie.

page de "L'ABIME DE L'OUBLI" de Paco Roca et Rodrigo Terrasa paru chez Delcourt
Les morts se lèvent, de manière symbolique dans une BD à la composition serrée.

Le dessin finement travaillé:

Paco Roca nous offre son trait précis, pour des personnages stylisés mais tellement humains. Les décors travaillés nous replongent dans le passé ou nous font découvrir les endroits du présent liés à cette histoire, comme le cimetière de la Paterna.
Les couleurs douces sont également dans la retenue, pour laisser sa place à l’humanité de ce récit, le combat de Pepica Celda, de ces autres femmes, de ces hommes coincés injustement dans le couloir de la mort.
Paco Roca s’attache aussi à la mise en scène et aux compositions que lui permet le format horizontal, du labyrinthe administratif où l’on tente d’enfermer Pepica aux légendes grecques de la guerre de Troie, en passant par l’astronomie, l’équilibre du monde céleste face à une société complètement déséquilibrée, tout sert le message de cette BD.

Conclusion d’une BD incroyable mais vraie :

On est d’autant plus touché par ce récit de la quête des corps de parents défunts que certains des personnages sont incroyables d’humanité. Incroyables, mais pourtant vrais, car ce sont majoritairement des personnages réels, de Pepica Celda à Léoncio Badia, avec leurs forces et leurs blessures. C’est le plus important dans cette BD émouvante à lire absolument.

Zéda croise Léoncio Badia !

"DROIT DE SAVOIR" strip de Zéda pour illustrer chronique 7BD sur "L'ABIME DE L'OUBLI" de Paco Roca et Rodrigo Terrasa paru chez Delcourt

David

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David
Davidhttp://www.davidneau.fr
Scénariste pour le jeu vidéo, le podcast et le cinéma, auteur-réalisateur de court-métrages animés, auteur dessinateur la BD numérique "Zéda, l'Odyssée du quotidien", enseignant à l'ICAN en BD numérique, et chroniqueur BD bien spûr. Sans oublier passionné de musique et de... BD ! Tout est dit.

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