Dans un monde futuriste aseptisé et régi par des IA au « service » de l’homme, un enfant brisé et ré-injecté dans un robot-navigateur guide Smoke, un livreur marginal, vers une destination interdite.

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Une BD européenne japonaise
Le célèbre mangaka Oh! Great répond à la proposition de Kana de réaliser une Bande Dessinée !
Le résultat est forcément hybride et un peu bizarre. Du manga, Smoke présente la formidable efficacité narrative. En 2 pages l’univers futuriste est défini, le personnage rebelle posé et maîtrisé. De la bande dessinée, les couleurs envahissent et embellissent brillamment les dessins parfaits de l’auteur.

De la SF pure
Du côté du scénario, nous sommes dans une société totalitaire (à peine) futuriste et nous allons suivre le parcours d’un jeune rebelle. Son seul crime est d’avoir rendu service à son ami, ce qui contrevient à la loi de l’individualisme. Il est capturé, reconditionné et finit dans les rouages d’un robot lanterne.
Il est assigné au guidage de Smoke, un livreur style « Amazon du futur ». Celui-ci est visiblement exploité, au bas de l’échelle sociale. Mais on comprend vite que lui aussi est en révolte contre la société. Il se fait livrer lui-même pour retrouver son amour et sa liberté. Est-ce que ce sera possible ?

Tout va très vite, car la BD est très courte. Il ne faut donc pas s’attendre à une œuvre profonde au scénario révolutionnaire. C’est emballé rapidement comme un film de série B. Le scénario est complet, bouclé, au rasoir. On n’a pas la place pour espérer une solide étude de mœurs, mais l’aventure racontée par l’auteur se tient.
On peut y discerner un besoin de rébellion et une tournure très cinématographique. L’auteur y cite explicitement James Dean, mais on peut aussi y retrouver le Snake Plissken de Escape in L.A. On peut ajouter que Smoke, le héros, ressemble étonnamment à Woody Harrelson !

Une beauté hors du temps
Graphiquement, c’est un sans-faute. C’est beau, très beau même. On sent que Oh! Great s’éclate à peindre ses pages et les orner de couleurs pastel et enfumées. Ces tonalités un peu passées donne un aspect vieillot à l’ensemble. Comme un film retrouvé longtemps après les faits, ancrant paradoxalement l’histoire dans une réalité enfuie. Cette BD s’adresse aux survivants du futur.

Chaque page est un tableau qu’on pourrait encadrer, mêlant futur et décadence, grandeur et destruction.
Un bel album à mettre dans sa collection
J’ai toujours admiré le travail de Oh! Great (Ogure Ito), mais n’ai jamais réussi à lire un seul de ses mangas en entier, aucun de ses scénaristes n’ayant réussi à me convaincre. Smoke m’offre ici une petite revanche, car c’est non seulement une merveille graphique, mais également une histoire qui me réjouit. Une BD somptueuse à conserver précieusement dans la bibliothèque.


