Dans la florissante Amérique des années 50, deux fermiers, Rony et Larry, vont s’affronter dans le concours annuel du Fruit le plus Doux. Mais Rony bénéficie de l’intervention de curieuses divinités irlandaises. Curieuses et lubriques, elles vont révéler petit à petit les secrets de la ville.

Un diptyque enchanteur
Le Fruit le plus Doux s’ouvre sur une petite ville américaine des années 50. Le tableau est idyllique, les couleurs brillantes, les costumes connus et les passages obligés chez les commerçants auxquels nous ont habitués les icones cinématographiques. Ça bavarde chez le coiffeur, les on-dit mettent le lecteur au courant rapidement des situations et des enjeux. On sent rapidement qu’on est dans une bonne BD : le scénario est bien construit, les dessins parfaits avec une bonne dose d’ironie.

Et comme nous sommes dans une BD érotique, les signes avant-coureurs préparent le lecteur : une main qui se balade dans un pantalon sous la table, une jupe cintrée qu’habite un appétissant fessier… Et puis, une apparition étrange et nue va offrir au personnage principal un avantage majeur dans le futur concours du Fruit le plus Doux.

Gabriele Di Caro construit une fresque aux multi-personnages qui se croisent et se rencontrent, à la Robert Altman (cf Short Cuts, d’après Raymond Carver). Chaque histoire simple enrichit le tableau que le lecteur se construit mentalement. L’aspect fantastique entretient le mystère et nourrit également le volet érotique de l’œuvre. Car n’oublions pas que nous sommes chez Tabou et que le cahier des charges prévoit de l’érotisme, à la limite de la pornographie pour certaines cases. Di Caro excelle en la matière et ça baise dans tous les coins de la BD.
Ça baise avec joie, avec cruauté, avec douceur ou sauvagerie, avec ironie ou sentiments, avec poésie ou de façon tout à fait crue. Mais c’est toujours intégré au scénario et à la fin des deux tomes, on est très satisfait de voir que le puzzle est complet. Une belle réussite.

Une image au service de l’imaginaire
Graphiquement, l’album est sublime. Di Caro ne néglige ni ses personnages, ni son background. Chaque page est un régal. Les couleurs sont riches, les personnages bien campés. Les scènes érotiques sont traitées avec le même soin et la même minutie de détails que les scènes plus sages.

Tout son talent est au service de ses histoires et du tableau qu’elles composent. Ses femmes sont opulentes et respectent l’imagerie pin-up de l’époque, même si cela dérape vers un comportement plus moderne. Ses hommes sont traités avec plus de sévérité : entre trouillards, idiots, vicieux, il y en a peu qui puissent prétendre au rôle de héros, même si le peintre semble plus sympa que la moyenne. Qu’importe : tout est pensé dans l’optique de servir son histoire.
Un album parfaitement exécuté pour une BD adulte de haut niveau. On en redemande.


