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Poor little Mina, la BD du renoncement

Série : –
Titre : Poor Little Mina
Auteurs : Ebine Yamaji (scénario et dessins)
Éditeur : Delcourt
Collection : MoonLight
Année : 2024
Pages : 208
Résumé d’une histoire bien triste :
Mina est gravement malade. Dans un sursaut de santé, elle va pique-niquer avec ses parents. Elle rencontre un jeune ouvrier qui lui offre une bague. Mina est sous le charme. Elle décide de le revoir, mais l’excès de fatigue l’en empêche. Quand elle peut enfin y retourner, elle ne comprend pas, le jeune homme l’ignore. Et pour cause, Mina, décédée, est devenue un fantôme…
Le scénario de deux récits d’amour :
Si la première histoire, qui donne son titre au manga, est une histoire d’amour aux allures fantomatiques, la seconde est une adaptation d’Immensee de Théodore Storm. Il s’agit toujours d’amours contrariés mais sans fantastique. L’amour fait donc le lien entre ces deux récits, un protagoniste féminin, Mina et un protagoniste masculin de l’autre côté, Reinhard, tombé amoureux de son amie d’enfance.
Deux histoires romantiques qui nous révèlent les soubresauts du cœur, victime d’une passion débordante. On comprend la tristesse de Mina mais on saisit aussi rapidement les effets néfastes que crée sa condition de fantôme sur l’être aimé.
Quant à Reinhardt et Elisabeth, on sent au fil de l’histoire que le dénouement heureux n’arrivera pas. Il est drôle que l’histoire de Mina, écrite à notre époque, porte presque plus les codes romantiques que la seconde histoire. Le ton fantastique rappelle un peu les nouvelles de Poe, sans doutes les robes d’époque. Alors que Immensee a un peu vieilli, car on discerne assez tôt que les choix de Reinhardt vont poser un problème. Le premier récit comporte aussi plusieurs rebondissements, alors que la seconde histoire demeure assez linéaire, sans grosse surprise.
Néanmoins, ce transport au dix-neuvième siècle – en tout cas, à défaut du siècle annoncé, c’est le siècle ressenti à ma lecture – est un petit délice. Cela nous rappelle que le bonheur est assez difficile à trouver, que le destin est farceur, et que parfois, il ne faut pas trop attendre quand il s’agit d’amour. Comme vous pouvez le voir, rien de nouveau sous le soleil, mais pour autant ce manga reste une lecture fort agréable à laquelle il est difficile de se soustraire.

Le dessin noir et blanc très noir :
On retrouve certains traits du style manga, personnage à l’encrage fin, au petit nez et aux grands yeux, décors très réalistes, emploi de trames de gris.
Mais on profite de grands aplats de noir, bien sombre, reflétant la nuit, les couloirs obscurs et aussi la noirceur où évolue Mina, coupée du monde des vivants, mais encore présente à celui-ci. Elle traverse une forme de supplice de Tantale, proche de l’être aimé, elle ne peut l’atteindre, car celui-ci ne peut l’entendre ni la voir.
Ces zones d’ombre ajoutent à l’histoire et renforcent le côté gothique de la première. Beaucoup moins présent dans le second récit, ils ne manquent pas, vu que ce dernier n’est pas fantastique. Là où le noir s’accordait avec les fantômes, son absence fonctionne avec un récit plus ancré dans la réalité.
Conclusion d’une BD à double récit:
Poor little Mina nous offre une histoire fantastique, gothique, avec plusieurs rebondissements et des personnages attachants, tandis que Immensee, nous sert une adaptation linéaire, une histoire d’amour qui tourne mal sans grande surprise.
Zéda rencontre Mina.



