Le procès d’un immortel – la chronique procédurière

Le procès d’un immortel, la BD d’une ambition

couverture de "LE PROCÈS D'UN IMMORTEL" de Régis Penet chez Pictavita

Série : –
Titre : Le procès d’un immortel
Auteurs : Régis Penet (scénario et dessin)
Éditeur : Pictavita
Collection : –
Année : 2026
Pages : 194

Résumé d’une histoire fantastique :

Une feuille d’arbre flotte dans les airs jusqu’à se déposer sur une marelle. Une petite fille joue devant un garçon plus attiré par son smartphone. Les deux enfants échangent, tout semble les opposer et pourtant, il ne peut s’empêcher d’être attiré par cette fille qui saute sur les cases de la marelle, lançant un caillou encore et encore. Ils vont sur leurs onze ans sans savoir ce que l’avenir leur réserve…

Le scénario d’un récit transcendantal :

Régis Penet met son personnage dans une bien étrange situation. Ce protagoniste sans nom veut atteindre l’immortalité, mais en cela, rien de nouveau. Le fait qu’il se heurte à l’inconnu et que cet inconnu soit représenté par les divinités gréco-romaines peut surprendre. Après tout, pourquoi celles-ci, et pas de plus anciennes, comme les divinités égyptiennes ou sumériennes qui ont précédé Zeus et les siens par exemple ?

Au-delà du récit fantastique, c’est presque un conte philosophique que nous propose Régis Penet. Il se penche sur les raisons qui poussent à l’immortalité, lesquelles peuvent être acceptables ou pas. Comme si la transcendance de son humanité passée, il fallait encore se justifier de ses choix devant des instances supérieures. Comme un éternel cycle qui recommence.

Le personnage le plus mystérieux et peut-être le plus intéressant est celui du chat. Ce chat fait face au héros sur la couverture. On ignore les causes de la présence. Il est le seul animal présent en ces lieux, il erre sans que l’on comprenne ce qu’il cherche, il vit simplement sa vie, ou peut-être symbolise-t-il quelque chose ? Est-ce le besoin de donner un sens à tout qui pousse le protagoniste à trouver une raison à son existence ?

Régis Penet nous propose donc une BD qui soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Et nous voilà avec une BD qui nous fait réfléchir. Finalement, tout comme le protagoniste, nous nous demandons le sens de tout cela. Et à nouveau comme le protagoniste, nous n’aurons pas de réponses claires. Si nous ne sommes pas forcément emmenés par la quête du personnage central, nous nous identifions finalement bien à lui, car nous sommes projetés dans sa situation d’interrogation et d’incompréhension. S’il affirme une redoutable confiance en soi, ce qui n’est pas forcément notre cas, il se pose sans doute les mêmes questions que nous. Pourquoi ce procès finalement, pourquoi reconnaître cette autorité, pourquoi ce chat ? Eh bien d’autres encore…

Dans cette histoire, Régis Penet mêle divinités et personnages historiques, et leur immortalité tient finalement à la trace qu’ils laisseront dans l’histoire de l’humanité. Ce sont donc ces deux types d’immortalité qui sont présentées au fil du récit, qui se mêlent, car finalement, les dieux ne sont-ils pas immortels pour la même raison, ce qu’ils laissent comme trace dans l’histoire de l’humanité ? Un récit à tiroirs dont les différentes argumentations nous amènent à réfléchir sur la condition humaine et sur la recherche de l’immortalité.

page de "LE PROCÈS D'UN IMMORTEL" de Régis Penet chez Pictavita
Deux enfants se rencontrent, l’échange est difficile…

Le dessin au deux monochromies :

Régis Penet opte pour un dessin aux encrages doux, il mêle aplat de noir, zone blanche avec une couleur unique. Mais cette couleur est en fait double, ça peut être du bleu, ou une sorte de sépia grisé selon les moments de l’histoire.

Les peaux lisses, les personnages semblant éternellement jeunes, même avec des têtes plus âgées, correspondent parfaitement à cette ambiance de cour divine. Quelque part, Régis Penet réussit, avec son dessin, à donner l’ambiance d’un temps suspendu, qui ne s’écoule plus. D’ailleurs, rien ne permet de voir que le fleuve avance. Il reste immobile avec ses eaux noires. Seul le chat porte la marque du temps. La mise en scène dans les cases et la composition des planches contribuent à ce sentiment de fixité en laissant place au silence, aux regards, aux paysages immobiles, au mouvement suspendu, au noir…

Conclusion d’une BD aux questions lancinantes :

Le procès d’un immortel nous amène à réfléchir sur les raisons qui peuvent dicter nos choix, sont-ils justifiés ou justifiables ? Que signifie vraiment l’immortalité ? Et l’éternelle interrogation, que peut-il se passer après ?

Zéda rencontre Perséphone.

"LIS, MORTEL" strip de Zéda pour illustrer chronique 7BD sur "LE PROCÈS D'UN IMMORTEL" de Régis Penet chez Pictavita

David

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David
Davidhttp://www.davidneau.fr
Scénariste pour le jeu vidéo, le podcast et le cinéma, auteur-réalisateur de court-métrages animés, auteur dessinateur la BD numérique "Zéda, l'Odyssée du quotidien", enseignant à l'ICAN en BD numérique, et chroniqueur BD bien spûr. Sans oublier passionné de musique et de... BD ! Tout est dit.

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