samedi 14 février 2026

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Loin des eucalyptus, la chronique lointaine

Loin des eucalyptus, la BD d’un parcours sportif historique

couverture de "LOIN DES EUCALYPTUS" de LF Bollée et Paul Gros chez Pictavita

Série : –
Titre : Loin des eucalyptus
Auteurs : Laurent-Frédéric Bollée (scénario), Paul Gros (dessins)
Éditeur : Pictavita
Collection : –
Année : 2026
Pages : 144

Résumé d’une histoire sombre et glorieuse :

Fin dix-neuvième siècle, Australie. Un aborigène malade se meurt doucement. Veillée par une bonne sœur, il se rappelle son passé. Août 1864, dans une grande plantation, ses patrons viennent le chercher. Trois enfants ont disparu, partis dans le bush. Ses employeurs viennent demander à « dick-a-dick », de son vrai nom Jungunjinanuke, de les retrouver. Il est le meilleur « tracker » du coin. Mais, étonnamment, ce n’est pas cette mission qui changera sa vie…

Le scénario d’une biographie d’équipe :

C’est à travers Jungunjinanuke que l’on se plonge dans ce récit, mais il nous fait découvrir tout un groupe de personnages, tous aborigènes, tous intéressés par le cricket et tous choisis pour former une équipe aborigène de cricket. Ils vont se mesurer à plusieurs équipes australiennes, avant de partir en Angleterre pour affronter les sujets de la reine sur leur propre terrain.

Cette histoire étonnante est réelle. Basée sur les vies de ces personnages oubliés, on redécouvre leur parcours, leur voyage incroyable, leurs défaites et leurs coups d’éclat. Jungunjinanuke donne le rythme de ce récit, voix off revenant sur ces événements étonnants. Il ressort aussi de ses souvenirs le comportement de la société de l’époque. Les aborigènes n’étaient que des travailleurs autochtones. En Angleterre, ils deviennent des étrangers, des incarnations de l’autre, que l’on peut mépriser, rejeter, ou juste ignorer. Ils furent traités sans doute mieux que des esclaves, mais pas aussi bien que des citoyens australiens ou britanniques.

Racisme, mauvais traitement « ordinaire » sont le lot de cette équipe de cricket qui joue contre les plus grands. Et s’ils ne font pas de score énorme, ils remportèrent un nombre conséquent de victoires. Mais les organisateurs de la tournée se rendirent compte que c’était insuffisant pour drainer les gens dans les stades et donc faire des profits, ils alternèrent entre matchs et démonstrations de fouet, de boomerang, d’agilité…

Jungunjinanuke se rend bien vite compte qu’ils sont juste là pour satisfaire les demandes des blancs et que l’on ne s’interroge pas sur leur culture, leurs origines, et encore moins sur leurs envies ou leurs attentes.
Un récit étonnant, qui montre les deux aspects de la colonisation. D’un côté, la place qu’on veut donner à l’autochtone, attirer les foules par le spectaculaire de la différence et de l’autre, le rejet, la pression, les lois qu’on impose à un peuple colonisé qui n’a jamais rien demandé d’autre qu’à vivre en paix et continuer paisiblement son existence.

page de "LOIN DES EUCALYPTUIS" de LF Bollée et Paul Gros chez Pictavita
et nous voilà projeté dans l’Australie de la fin du dix-neuvième siècle !

Le dessin intriguant :

Paul Gros s’attelle à dessiner le scénario de Laurent-Frédéric Bollée. Il représente des colons expressifs et laisse une part de mystère dans le visage des aborigènes. Quelques fois, on sent leur étonnement, mais le plus souvent, ils abordent un visage hermétique dont on s’interroge sur les ressentis cachés derrière. Ce choix permet de marquer la différence entre les deux peuples, deux cultures, deux histoires. Jungunjinanuke et ses amis suivent le mouvement sans jamais se rebeller. Ils acceptent leur sort comme si c’était une évidence. Leur visage n’exprime ni colère ni honte. Ce sont les pensées de Jungunjinanuke qui nous permettent vraiment de saisir leur émotion. L’alcool, parfois, permet de laisser libre cours à la colère, au ressentiment. Mais la plupart du temps, cette équipe de cricket reste stoïque face aux événements.

Les décors, les couleurs nous replongent dans l’époque du récit, dans les déserts australiens ou les rues boueuses de Londres. Le contraste entre les teintes vives et chaleureuses de l’Australie et celles beiges ou ocres, marrons de l’Angleterre, les ciels bleu azur de l’île australe et les bleu-gris du ciel britannique nous font sentir la différence entre les deux contrées. Et cette différence n’est pas que climatique…

Conclusion d’une BD touchante :

Cette biographie permet non seulement de découvrir un événement inconnu de l’histoire du sport, mais également de se rappeler la différence de traitement entre les citoyens britanniques et les peuples autochtones aborigènes et l’exploitation qu’ont subi ces derniers par les colons.

Zéda rencontre Jungunjinanuke.

"CAPITAL RISQUE" strip de Zéda pour illustrer chronique 7BD sur "LOIN DES EUCALYPTUS" de LF Bollée et Paul Gros chez Pictavita

David

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David
Davidhttp://www.davidneau.fr
Scénariste pour le jeu vidéo, le podcast et le cinéma, auteur-réalisateur de court-métrages animés, auteur dessinateur la BD numérique "Zéda, l'Odyssée du quotidien", enseignant à l'ICAN en BD numérique, et chroniqueur BD bien spûr. Sans oublier passionné de musique et de... BD ! Tout est dit.

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