jeudi 11 août 2022

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Le fanfaron de Rafaele Vianello, la chronique mythomane



couverture de "Le Fanfaron" de Rafaele Vianello chez Mosquito
Titre:
Le Fanfaron

Auteurs :
Rafaele Vianello (scénario et dessin)

Editeur :
Mosquito

Année :
2018

Pages
: 220





Résumé :

1939,
Londres, dans le salon de l’Explorer Private Club, devant quelques
auditeurs curieux, Teddy Bragg revient sur ses périples passés, où
il a côtoyé la mort, le frisson, la grande aventure, les femmes,
les trésors et les rencontres improbables. L’ancien explorateur
raconte avec emphase ses odyssées multiples et héroïques. Mais si
le vaillant Teddy ne ment pas sur ses voyages extraordinaires, il
omet de préciser qu’étant couard, l’image de l’explorateur
intrépide mise en avant dans ses récits ne colle pas forcément à
la réalité.



Mon
avis :

Teddy
Bragg est donc un menteur un tantinet lâche. Et pourtant, au fur et
à mesure de ses aventures parfois plus chimériques qu’homériques,
il se révèle un personnage attachant.

Ce
faux héros se perd entre l’Afrique et l’Asie, l’Inde et le
Pacifique, mais il conserve une certaine chance qui lui permet de
trouver souvent plus courageux que lui pour se sortir des mauvaises
passes où la malchance l’a entraîné.

Chance
et malchance, les deux faces d’une même pièce portant le nom de
Teddy Bragg ! Vianello nous le rend attachant car s’il aime l’argent,
Bragg n’est pas cupide, et s’il n’est pas courageux, il reste un
trouillard cabotin qui n’est pas dangereux. Contrairement à des tas
d’autres aventuriers, Teddy ne tue personne ou alors, c’est vraiment
involontaire. Par contre, il se retrouve témoin de plusieurs
meurtres et sa révolte intérieure nous montre bien que ce piètre
héros n’en est pas pour autant un tueur méprisant et qu’il dispose
d’un certain sens de l’honneur.

Le
recueil de Mosquito regroupe sept histoires de ce fanfaron haut en
couleur (paradoxal pour une BD noir et blanc), dont deux inédites,
et constitue donc une belle intégrale pour cette mini-série.


L’auteur
apporte un souffle d’humour sur le format classique de l’aventure
lointaine. On y croise des personnages de fiction, comme Corto
Maltese évadé de l’imaginaire de Pratt ou le capitaine Kurtz,
échappé des pages de Conrad mais le rapport entre la réalité et
le récit en voix off de Teddy nous permet de sourire à des
situations parfois dramatiques.

Mon
petit bémol serait le suivant : Il est dommage de ne pas voir plus
exploré cette facette du caractère de Bragg et d’en avoir joué.
Car dans certains récits, ce second degré se perd un peu et c’est
pourtant ce qui fait tout le sel et l’intérêt de ces histoires.

Il
manque aussi un peu de piquant dans les dialogues, parfois
classiques, directs et souvent dénués de sous-texte. Sans doute
pour éviter de faire doublon avec déjà le recul que prend Bragg
quand il raconte… Mais ces petits défauts – à mes yeux – ne
vous empêcheront pas de vous plonger dans ces récits de voyage et
de dangers.


page de "Le Fanfaron" de Rafaele Vianello chez Mosquito
ce jeune Garçon a un air de famille avec un marin maltais, n’est-il pas ?


Graphiquement,
Vianello joue sur les contrastes du noir et blanc. Personnages clairs
dans la nuit sombre, ou nuit éclairée transformant des promeneurs
nocturnes en ombres noires. Discrètement, Vianello explore les
possibilités de ce style, et si Corto Maltese est présent, c’est
parce qu’on sent l’influence de Pratt derrière tout cela, et
Vianello sait rendre hommage au maestro.

Quand
on voit les couleurs en aquarelles des couvertures et dos de
couverture, on regrette de ne pas avoir quelques planches coloriées
au long de ce tome. La couverture, de composition simple, ne manquera
pas de vous interpeller pour regarder ce bateau discret flottant sur
une mer ocre derrière les personnages. 
page de "Le Fanfaron" de Rafaele Vianello chez Mosquito
 Les mystères de la nuit en mer
 

La
composition des planches est assez simple, des gaufriers de trois
bandes découpées en une à trois cases. Ce choix permet d’offrir
une belle visibilité à chaque case. Et cela n’empêche pas Vianello
de jouer sur une mise en scène poussée comme ces dessins penchés
dans la case quand Bragg se retrouve sur un bateau secoué par la
houle. Dans le dessin, et même dans les onomatopées, l’influence de
Pratt se fait sentir. Et cette ironie du personnage pourrait rappeler
celle de Corto. Sauf que Bragg, quand il vit ses mésaventures, ne
parvient pas à prendre du recul, il panique, se cache, s’enfuit, ce
qui le rend plus drôle et plus humain, plus attachant. Le recul et
le regard décalé ne viennent qu’après, quand Teddy raconte à son
auditoire ses glorieuses aventures en enjolivant la réalité. Dans
la lignée de Corto, Bragg se différencie pourtant pour notre plus
grand plaisir.



Cette
BD est une découvert intéressante. Une rencontre avec un héros de
papier dont on souhaite presque, en refermant ces plus de deux cent
pages, lire une autre nouvelle aventure ! Laissez-vous donc tromper
par ce fanfaron…



Zéda
rencontre Teddy Bragg.



"LE FAON FARAUD" strip de Zéda pour illustrer chronique 7BD sur "Le Fanfaron" de Rafaele Vianello chez Mosquito




 
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