Bienvenue sur Ezechiel
Dès les premières pages, Rodolphe nous plonge dans un monde rural, archaïque et bigot qui ne dépareillerait pas l’Amérique de début de siècle. Début du siècle dernier, il faut le préciser, car ces mots peuvent encore avoir cours dans pas mal de régions au début du XXIe, hélas.
Pour en revenir à notre album, on y voit des bucherons à chemises à carreaux dans une carriole. Les policiers ont quasiment l’uniforme de la police montée canadienne. Mais la couverture et la première page sont explicites : le ciel est rouge !

De plus, d’étranges monstres sont censés vivre dans la forêt toute proche. Nelson et Carole ont vingt ans, sont amoureux et décident de s’isoler dans une cabane dans la forêt interdite, bravant les monstres qui ne sont probablement que des racontars, sauf que…

Sauf que la cabane est assaillie, leur cheval dévoré sur pieds, au temps pour les racontars, le péril est réel…
Au village, bientôt, on retrouve Carole, mais Nelson est porté disparu. Des recherches s’organisent, mais tout le monde est sous la coupe du révérend local, en particulier les deux fils de celui-ci. Ceux-ci découvrent bientôt une bible cachée où Dieu crée non pas Ezechiel, mais une planète nommée la Terre.
Une superbe série B
Rodolphe, scénariste prolifique dont on déplore la disparition récente, raconte son histoire de façon limpide et particulièrement bien construite. Son monde est décrit sans ostentation, en quelques pages on a cerné l’ambiance et l’environnement des héros. En s’attachant à quelques personnages très simples, il happe notre intérêt. Deux amoureux dans un monde rigide, deux fils brimés par un père abusif et bigot et déroulons le fil ! Quelques éléments distillés instaure la certitude d’être sur une planète étrangère (le ciel rouge, les monstres, la végétation). Pas de « gros effets spéciaux ». On se sent comme dans un film de John Carpenter : l’ensemble est un peu cheap, mais ça fonctionne tellement bien qu’on se régale.

Ayant fixé le décor, ses intrigues et notre intérêt, il peut se permettre de faire quelques révélations plus marquées « SF ». C’est très bien amené, même si un peu rapide.
Un goût de trop peu
À notre époque où fleurissent les « romans graphiques » de 300 pages, on regrette le format de cette BD. En effet, si le monde est crédible et l’histoire intéressante, les traditionnelles 44 pages passent à la vitesse de l’éclair. On aimerait déjà tenir en mains le second tome, tout en sachant qu’il sera trop court aussi (et en espérant que la série pourra se terminer)
Graphiquement, c’est très classique, mais aussi très beau. Ramón Marcos propose des planches claires et des personnages bien travaillés. Dimitri Fogolin le seconde avec des couleurs d’autant plus chaudes qu’elles traduisent la couleur du soleil étranger. C’est très joli et le contraste avec la seconde partie en est réhaussé.

Mais un parfum de reviens-y
Ezechiel ne révolutionnera donc pas la Bande Dessinée, mais je n’en ai pas moins beaucoup apprécié ma lecture. Un scénario solide, qui utilise intelligemment des éléments connus. Un dessin réjouissant qui participe à cette impression de solidité. Même si on en voudrait plus, ça fonctionne parfaitement. Les séries B durent souvent 1h20, non ? Tout concorde.
Il nous faut maintenant une suite, on espère que Rodolphe avait eu le temps de l’écrire. Sinon nous resterons sur cette belle fin ouverte qui offrait de belles possibilités.







