mardi 9 août 2022

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Sin City de Frank Miller

Série:
Sin city 

Titre:
Hard Goodbye


Editeur :
Rackham


Auteurs :
Frank Miller


Année :
2000





Résumé :


Marv
vit une rencontre extraordinaire avec Goldie, une magnifique inconnue
qui lui apporte tout ce dont il a toujours rêvé, et même bien
plus encore. Mais quand Marv se réveille le lendemain de cette folle
nuit, il trouve Goldie morte à ses côtés et entend les sirènes de
police hurler dans l’aube poisseuse de la ville. Mais Marv n’est pas
un petit rigolo, on peut même dire que son sens de l’humour est
assez limité. Il se lance dans une quête folle pour attraper le
meurtrier de Goldie et lui faire sa fête. Avant de le remettre aux
autorités ? Allons, c’est mal connaître Marv. Avec lui, la
vengeance ne se mange pas froide, elle s’engloutit à chaud avec des
litres de sang et de douleur. Car si il y a bien une personne à ne
pas énerver à Sin City, c’est l’increvable Marv…






Mon
avis :


Ce
tome de Sin City est un véritable voyage au bout de la nuit ! La
narration classique, au travers des pensées de Marv comme si l’on
suivait un vieux film de détective, contraste avec l’évolution du
récit qui entraîne le protagoniste vers des situations de plus en
plus dures. Et j’ai été assez surpris en me demandant ce qui
pourrait bien se dresser sur la route de ce colosse aux pieds d’acier
(car pour l’argile, vous repasserez).


Héros
complètement amoral, d’une puissance physique monstrueuse, accroché
à cette idée de venger une inconnue, Marv a en plus un physique
assez amoché. Vu tout ce qu’il a dû prendre comme mandales dans sa
vie, ça ne surprend pas.


Il
est à l’opposé du héros classique un peu noir des seventies qui
jongle plus ou moins habilement avec la loi. A côté de lui,
l’Inspecteur Harry fait figure d’angélique Tintin !


Et
je me retrouve entraîné à la suite de Marv, dans cette histoire de
plus en plus sordide où peu de choses nous seront épargnées. La
violence fait partie intégrante de la vie de Marv, ça tombe bien,
on est à Sin City, où la violence s’affiche sans crainte dans les
rues, avec ses copines – justement – surnommées corruption et
vice.


Mais
il faut au moins cela pour que Marv puisse se sentir à l’aise dans
les rues. Il ne s’en prend pas aux innocents. Ce serait dommage vu
qu’on les compte sur les doigts de la main dans cette ville.


Le
personnage est original, son objectif clair, l’intrigue classique
parvient néanmoins à surprendre et à monter en puissance.
L’antagoniste est à la hauteur de Marv et je vous en laisse toute la
surprise.



Les
textes s’intègrent parfaitement bien dans l’histoire, un habile
mélange d’argot et de langage plus soutenu qu’utilise Marv pour nous
décrire ses impressions, ses sensations, ses ressentis sur cette
ville.


Car
malgré le titre, ce n’est pas la ville l’héroïne de cette
histoire, c’est bien ce bulldozer sur pattes qui dévore tout
l’espace pour ne laisser personne d’autre respirer. Marv tient le
récit de bout en bout et même à la fin, on ne peut croire que ce
soit la dernière page qu’on referme.


La
violence est gratuite ? Certes mais elle passe sans basculer dans le
haut-le-coeur – et il y aurait de quoi – grâce à l’incroyable
choix graphique effectué par Frank Miller.




Ah,
Frank Miller, l’ami des grands et des petits ! Mais je m’emballe.
Nous sommes dans le noir et blanc sans zone de gris, pas de teintes
intermédiaires. Et le dessin en acquiert une belle puissance
visuelle. On retrouve la patte de Frank Miller mais ce choix et son
utilisation, dans les ombres, les reflets, la nuit, les flashs,
donnent une originalité visuelle à cette série. Elle recrée aussi
l’ambiance des vieux romans et films noirs. Une sorte de clin d’œil
à l’expressionnisme cinématographique allemand. Pour s’en
convaincre, il n’y a qu’à regarder cette image extraite du Nosferatu
de Murnau :



Le mystère d’une ombre



Les
personnages sont réalistes, mais stylisés par l’absence de
couleurs. On retrouvera ce style joliment adapté au cinéma avec le
film Renaissance
.


Les
décors sont présents uniquement par les éléments ou accessoires
qui servent l’histoire. Le reste consiste en grande zone de noir ou
de blanc.


Cela
crée, à mes yeux, une ambiance sombre qui va dans le sens de
l’histoire. Et finalement, même le jour recèle des ombres bien
souvent inquiétantes.


Ce
choix permet de dessiner des personnages, non découpés sur le
décor, mais seulement représenté parfois sous forme d’ombres, se
fondant en partie avec le fond blanc ou noir. Si Robert Rodriguez a
su rendre dans son film l’esprit et le cadrage de la BD
,
il n’y a qu’à feuilleter quelques pages pour voir que la force du
Noir et Blanc de Miller n’est qu’effleurée à l’écran, à part dans
quelques plans mémorables.


La
force de Sin City repose sur ce choix de Noir et Blanc sans mélange
– comme peuvent l’être les personnages de l’histoire, sans nuances,
mauvais ou bon, enfin, mauvais ou moins mauvais je vais dire – mais
aussi sur cette recherche de mise en scène et de cadrage. Le
découpage s’offre le luxe de grandes cases sans bordure, où tout se
joue sur un élan, une situation, un personnage. Mais Miller n’hésite
pas à revenir aussi à des formats classiques de bandes découpées
en deux ou trois cases, prenant ainsi le temps de ralentir l’action.


Le
récit, parfois bavard, parfois silencieux, reste ainsi prenant tout
le temps par le texte ou par l’image.


Et
si parfois il m’arrive à certains détours de cases de ne pas
reconnaître Marv, cela n’a pas gêné ma lecture. En fait, un seul
dessin sur l’ensemble de tout ce livre m’a bloqué, c’est
l’illustration d’ouverture du chapitre huit. J’ai l’impression d’un
style qui contraste avec le reste de la série. La pose de Marv, le
détail, ou autre chose, je ne sais pas vraiment.


Oui,
j’ai oublié de le préciser, mais l’histoire est découpée en
plusieurs chapitres, permettant de reprendre son souffle entre deux
scènes d’action hallucinantes.



Sin
City m’a bluffé – mais vous avez dû le sentir à la lecture de
cette chronique– et en refermant le livre, j’étais soulagé de
savoir qu’il y avait d’autres tomes et que j’allais continuer à me
régaler ! Alors certes, c’était un choix facile dans ce mois
orienté vers le noir et blanc mais franchement, il aurait été
dommage de ne pas en parler, non ?




Zéda profite de courtes vacances à Cygne City.
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