lundi 8 août 2022

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L’Esprit du 11 janvier – Une Enquête Mythologique – la chronique mystique ??

COUVERTURE DE L'ESPRIT DU 11 JANVIER, UNE ENQUËTE MYTHOLOGIQUE DE lEHMAN ET GESS chez Delcourt
Titre
: L’Esprit du 11 janvier – Une Enquête Mythologique
Auteur :
Serge Lehman (scénario) et Gess (dessin)
Editeur :
Delcourt
Année : 2016
Pages : 80
Résumé :
Retour
sur le 11 janvier 2015. L’auteur se repenche sur l’esprit de cette
marche et, en saisissant des événements de la période, propose une
vision bien différente et surprenante de ces événements
dramatiques…
Mon
avis :
Ce
livre se lit effectivement comme le résultat d’une enquête. Grâce
à tous les éléments qu’il a recueillis, Serge Lehman dresse une
analyse curieuse et intéressante de ce 11 janvier. Plus précisément,
de ce qu’on appelle l’esprit du 11 janvier.
Aussi,
prenez votre temps pour lire ce livre, il se présente comme un petit
recueil léger mais il nous présente un raisonnement bien conçu. Si
vous allez trop vite, vous sauterez des étapes importantes.
L’auteur
se met en scène devant son ordinateur travaillant pendant l’été
sur un texte qui deviendra celui de cette BD. Puis ses réflexions
l’emmènent ou le ramènent, au coeur des événements. De fil en
fil, de fait en fait, se construit devant nous une interprétation…
spirituelle de l’Esprit du 11 janvier.
Une
vision spirituelle mais dans notre monde laïc, détaché des religions, il faudrait préciser une vision spirituelle areligieuse,
d’un A privatif.
Lehman
soulève la question, et le débat, y aurait-il plus que du hasard
dans l’enchaînement des événements ayant précédé le 11 ? Si
oui, que peut-on y voir et comment le comprendre, l’interpréter ?
N’y
aurait-il pas un fil invisible qui relierait et donnerait un sens à
toutes ces coïncidences pour arriver à un message global plus beau
?

Cette
relecture positive pourrait être aussi interprétée comme une
théorie fumeuse selon l’état d’esprit dans laquelle on la lit.

Pour
ma part, je reste sur le positif et laisse choir la question :
Pourquoi pas ?
Ce
n’est pas parce que notre société s’est détachée petit à petit
du religieux que le sentiment de l’immatériel nous est devenu
étranger.
En
effet, la science elle-même n’arrête pas de nous montrer qu’un
monde existe, invisible à notre oeil. Nous ne voyons ni les atomes,
ni les électrons, ni les infra-rouges, ni les mitochondries qui
nourrissent d’énergie les cellules qui constituent notre corps,
cellules que nous ne discernons pas à l’œil nu.
Le
monde regorge d’invisibles et la psychanalyse nous a même montré
qu’au delà de ce qui semble être nous, il existe une zone d’ombre
que nous ne percevons pas, l’inconscient.
Alors
pourquoi pas ce fil invisible ? Les religieux y verront la main
divine – ou le pied -, les athées un enchaînement banal de
coïncidences statistiques mais, heureusement ou malheureusement, il
n’y a pas que deux manières de voir le monde.
Sauf
si vous vous appelez Tuco et que Blondin vous explique que le monde
se divise en deux, ceux qui ont une pelle et ceux qui ont un
revolver, par exemple.
Mais je m’éloigne du
sujet. La lecture de cette BD, donc – puisque nous sommes là pour
en parler, mine de rien – se vit un peu comme une initiation. Vous
allez découvrir peu à peu, page après page, ces points curieux
dont l’enchaînement pourrait donner lieu à une autre
interprétation. Cela m’a fait penser à ce que pouvait être une
cérémonie des Mystères anciens. Ces cultes du proche ou
moyen-Orient, arrivés chez les Romains et les Grecs, où vous étiez
initié petit à petit aux révélations de la divinité. Bien sûr,
dans le cas de l’Esprit du 11 janvier, il ne s’agit point de vous
emmener vers un dieu quel qu’il soit. Mais la révélation est un des
modes de fonctionnement de ce récit. Il est d’ailleurs drôle que ce
soit une enquête minutieuse, où les références sont notées en
fin de livre, impliquant donc précision et rigueur, qui nous emmène
pourtant vers quelque chose de plus élevé, de plus léger. Mais
c’est dans doute de ce choc que Serge Lehman a tiré son expression
d’enquête mythologique.
Et comme dans de nombreux
mythes, il y a un héros, un personnage au départ comme nous, qui
part pour un voyage où il ne sait pas ce qu’il va trouver, et qui
arrive finalement à une meilleure compréhension du monde.
C’est sans doute pour
cela que la mise en abyme était nécessaire. Car ce héros qui
avance en tâtonnant, qui trouve, qui doute et qui revient vers nous
pour partager le fruit de sa découverte, sans trop savoir à quelle
sauce il va être mangé, bouclant un cycle et créant – souvent
involontairement – un mythe, je me suis vite rendu compte que c’était
le narrateur de cette histoire. Je ne pense pas que Serge Lehman ait
volontairement endossé ce rôle. Mais peut-être que, dans la ligne
de ce qu’il découvre au fur et à mesure de son enquête,
inconsciemment, il est guidé et se retrouve à la place du héros
mythologique, sans l’avoir demandé.
Et, à titre personnel,
je suis bien content qu’il soit « revenu » de son enquête
partager ses découvertes avec nous, au travers de cette BD.
J’entends déjà des
commentaires « Oulah, il pense que Serge Lehman a pris le melon
et qu’il se prend pour un héros ! » ce n’est pas du tout ce
que j’ai dit. « Oulah, il pense que cette BD est une nouvelle
mythologie » Je n’ai pas dit cela non plus.
Mais, à bien y
réfléchir, Nietzsche nous a appris que Dieu était mort, Jaurès
est mort, Gandhi est mort, la chute du mur a confirmé la mort du
communisme et aux dernières nouvelles, Woody Allen ne se sent pas
très bien.
Blague à part, quel
idéal aujourd’hui vous donne envie de vous lever le matin en vous
disant que le monde peut changer ?
Et si moi, je disais qu’il
existe sur Terre une force spirituelle, une énergie vive en
mouvement qu’on ne peut pas palper, agitée de différents courants,
et si je disais qu’une petite vague de cette énergie est ce fameux
fil que Serge Lehman a repéré et suivi jusqu’à sa conclusion, la
conclusion de cette – belle – BD. Et si je disais que cette forme
d’énergie, je l’appelle l’Humanité – non, pas Quézac -. Si je
disais qu’on peut agir concrètement, mais aussi d’une autre manière,
qui nous dépasse et dont nous n’avons même pas conscience, une
manière qui amène parfois les événements à s’aligner dans un
sens magnifique, ou dans un sens terrible. Si je disais que tous les
événements relevés par Serge Lehman témoignent tous de la volonté
de gens d’agir pour améliorer le monde, en prenant part ou en
dénonçant, mais en faisant quelque chose. Et si je concluais que le
résultat n’est pas forcément celui qu’ils auraient voulu, mais
qu’il s’avère positif d’une autre manière.
Est-ce que ce n’est pas
une bonne raison de se lever le matin, en se disant que vouloir
changer le monde, vouloir l’améliorer, sera source de changement et
d’amélioration, même si ce n’est pas du tout dans le sens auquel
nous pensions ?
Alors oui, à ma petit
échelle d’auteur et de chroniqueur BD, je peux dire que l’Esprit du
11 janvier, cette BD plus riche qu’elle n’en a l’air, pose un nouveau
mythe. Même si ce mythe n’est que la révélation de quelque chose
de sous-jacent que nous ne percevions pas. Et que ce mythe porte haut
les couleurs de l’espoir. A condition d’y croire.
Certains disent que
croire c’est revenir au dogmatisme, pêché majeur de toute religion.
Mais il ne faut pas oublier que croire en ce qu’on fait, c’est un
moteur incroyable. Si Einstein, Barbara, Edison, Picasso et tant
d’autres n’avait pas cru en leurs travaux, contre vents et marées,
quid de La théorie de la relativité, de « Dis, quand
reviendras-tu ? », de l’électricité, de Guernica ?
Tout cela pour vous dire
que je suis heureux du fil magique qui a fait que cette BD a fini
dans mes mains et que j’ai pu la lire. Parce qu’ainsi, je peux vous
recommander de la lire à votre tour, de la faire lire et d’aller
discuter ensemble de ce que vous en avez pensé.
page extraite DE L'ESPRIT DU 11 JANVIER, UNE ENQUËTE MYTHOLOGIQUE DE LEHMAN ET GESS chez Delcourt
Un style adapté à une BD qui fait réfléchir…
Je pourrais m’arrêter là
mais ce serait injuste envers le travail de Gess. En effet, le choix
du format BD permet de rendre ce texte accessible à plus de gens que
ne l’aurait été un manifeste ou un traité sur le sujet . Enfin, à
mon avis. Et le dessin brut de Gess, qui stylise la réalité, sous
forme de portraits acérés, fins, où les gens sont totalement
reconnaissables, garde néanmoins une distance qui font de ses
dessins de belles représentations. Il s’agit presque d’esquisses, il
nous semble voir le trait du crayon qui passe et repasse, l’absence
de finalisation des traits. Et ces croquis, le plus souvent réparti
sur des planches de une à deux bandes de une à trois cases,
ressemblent plus à des illustrations. Le texte est coupé en insert
et réparti dans les cases, mais les cases elle-même prennent une
part du texte, un nom cité, une situation et l’illustre. Ici, le
dessin sert totalement la narration.
Cet aspect brut fige un
peu le trait.
L’absence de couleurs, le
noir et blanc avec différentes teintes de gris, apporte une sobriété
qui permet de mieux se concentrer sur le fond.
La BD propose deux types
de dessins : ceux qui illustrent le propos et ceux de la mise en
abyme. Ces esquisses, toujours en noir et blanc, jouent par contre
sur un contraste fort entre le noir et le blanc. Pas de zones de gris
donc. Ce qui, visuellement, différencie tout de suite les deux
pattes.
Là encore, quand
l’auteur sort de la réflexion, happé par la réalité, pour
échanger – parcimonieusement – avec les siens, le dessin change
et nous ramène aussi à cette réalité. Mais ce choix du noir et
blanc contrasté nous maintient dans la fiction et dans l’univers
global de cette BD.
Pour conclure, je ne vois
qu’une chose à rajouter, quitte à me répéter : Allez lire cette
BD !

Zéda
tente de comprendre les subtilités de l’esprit du 11 janvier !
"CALENDES, RIEZ !", strip de Zéda pour chronique 7BD sur L'ESPRIT DU 11 JANVIER, UNE ENQUËTE MYTHOLOGIQUE DE LEHMAN ET GESS chez Delcourt
David

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