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Hinatsuba, celle qui maniait le sabre, la BD d’une quête intérieure

Série : –
Titre : Hinatsuba, celle qui maniait le sabre
Auteurs : Koichi Masahara (scénario et dessin)
Éditeur : Petit à Petit
Collection : Kotodama
Année : 2025
Pages : 280
Résumé d’une histoire de femmes sortant de l’ordinaire:
Japon, à l’ère Bunkyu (1861-1864), Suzu est la fille d’un maître de dojo enseignant le sabre. Elle a du mal à trouver sa place et le maniement du katana est bien le seul moment où elle se sent bien. Elle va s’engager dans cette voie, soutenue par son père. Ce dernier lui explique qu’il ne faut pas renoncer pour autant à sa féminité. D’ailleurs, Iba, son jeune assistant, aimerait bien épouser Suzu. Mais cette dernière ne veut pas renoncer au sabre…
Le scénario au fil des jours :
Nous allons suivre Suzu dans cette quête d’elle-même. On se rend vite compte que l’enjeu n’est pas ce mariage avec Iba, car ce dernier accepte rapidement que Suzu continue à apprendre le sabre. Ce qui importe dans cette BD, c’est le parcours de la jeune femme et la réalisation d’elle-même en tant que femme et en tant qu’être humain. Elle va devoir se comprendre et s’accepter. De nombreuses rencontres l’aident à avancer, petit à petit. Suzu n’est pas le seul personnage féminin fort de l’histoire. D’autres femmes croisent sa route, des personnages tout aussi importants qui la font réfléchir et avancer sur son chemin, de la sabreuse Koto à la moniale Myokei-ni, en passant par la patronne d’un petit restaurant.
Suivre Suzu nous plonge aussi dans cette période qui marque la fin du Japon médiéval, l’ère Meiji. Le moment où le shogunat arrive à son terme et où l’empereur va reprendre le commandement de son pays pour le lancer dans une vague de modernisation. Indirectement, c’est la fin des samouraïs, les dernières guerres où ils interviendront. Et cela pose question pour Suzu, son père et Iba. Que vont-ils devenir dans ce monde en plein changement, où la voie du sabre ne sera plus un idéal à suivre ?
Le récit, découpé en chapitre, avance sereinement au fil des années, malgré des moments forts. Chaque chapitre est introduit de la même manière. Les dessins changent, mais les textes sont identiques. Cette approche est déroutante, mais l’on finit par s’y habituer. Quels que soient la violence des événements politiques, les drames de la vie, le temps avance et les habitants du Japon continuent à vivre.
On apprend énormément sur cette période de transition et on comprend la confusion et l’inquiétude qui devait régner. Suzu devra faire fi des conflits historiques pour se centrer sur sa propre quête. Heureusement, elle est bien entourée pour cela.
L’humour reste présent dans ce manga, par les relations entre Iba et Suzu, et parfois aussi entre Suzu et Koto, sans oublier les personnages des « moineautes », une bande de groupies qui vénèrent Suzu pour son courage à apprendre le sabre et la soutiennent dans toutes circonstances. Mais même ce petit groupe aura son moment d’émotion.

Le dessin mêlant deux styles:
Pour illustrer son histoire, Koichi Masahara recourt à des techniques manga classiques : noir et blanc, encrage fin, trames de gris. Pour les personnages, si chez certains, dont Suzu, on retrouve les grands yeux, le petit nez et la bouche fine, pour d’autres, comme son père ou Iba, le dessinateur adopte un style différent. Les traits sont plus carrés, plus aplatis, plus stylisés. Il parvient à mêler ces deux approches dans l’histoire et si l’on peut être surpris au départ, on entre très vite dans ce graphisme. Notamment car les décors de l’époque Edo et Meiji sont très bien rendus.
La composition est aussi plus proche de la BD franco-belge avec ce découpages en cases rectangulaires. La narration visuelle sait prendre le temps des pauses et du silence, capturer les moments de tension dans les entraînements au sabre.
On suit la vie de Suzu et paradoxalement, on ne s’inquiète jamais vraiment pour elle, mais on est curieux de l’avancée de son évolution, de ses prises de conscience et de ses réactions face au danger.
Conclusion d’une BD à plusieurs niveaux :
« Hinatsuba, celle qui maniait le sabre » relate certes la vie de Suzu, mais aussi celle d’une époque de transition au Japon. Si Suzu n’impactera pas la grande histoire, cette dernière changera la vie de la jeune femme. Ce manga agréable traite de plusieurs sujets et met à l’honneur les femmes même si Suzu a une chance inouïe de ne pas se heurter à la société de son époque, qui n’acceptait pas si facilement que ça qu’une femme manie le sabre. Et ce sont peut-être ces tensions-là qui nous manquent un peu dans le récit.
Zéda rencontre Suzu !



