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Flat Land, Aventure fantastique à plusieurs dimensions, la BD loin d’être plate

Série : –
Titre : Flat Land, Aventure fantastique à Plusieurs dimensions
Auteurs : Dani Collaterale (scénario et dessins) d’après le roman de Edwinn Abbott
Éditeur : Delcourt
Collection : Hors Collection
Année : 2025
Pages : 272
Résumé d’une histoire de points de vue :
M. Flat est un carré vivant dans un espace à deux dimensions, Flatland. Il rencontre un personnage venu d’un autre monde. M. Flat lui explique comment fonctionne Flatland et ses habitants. Son interlocuteur est choqué par les lois et les coutumes du monde de M. Flat. Le carré ne se démonte pas et lui raconte les classes sociales, la condition de la femme, la religion, une découverte étonnante pour son interlocuteur, qui à son tour va lui faire découvrir un monde nouveau.
Le scénario d’un récit adapté et prolongé :
Cette BD est en fait une adaptation d’un roman Anglais de 1884, écrit par Edwinn Abbott. Mais Dani Collaterale ne se contente pas de mettre en BD ce récit visionnaire, le premier à évoquer la quatrième dimension. Il le prolonge. En effet, presque cent cinquante ans plus tard, la science a fait des découvertes et les théories mathématiques ont avancé. Edwinn Abbott n’avait pas idée de ce qui allait arriver. Dani Collaterale développe donc la partie du voyage de M. Flat et de son interlocuteur dans un espace à plusieurs dimensions. L’idée est belle et ce roman qui dénonçait à l’époque l’Angleterre du dix-neuvième siècle, fonctionne tout aussi bien aujourd’hui. En lisant attentivement, on peut y retrouver facilement quelques travers de notre société actuelle, même s’ils sont exagérés.
Le fonctionnement de FlatLand, tout ce qu’induit un monde à deux dimensions auquel on ne pense pas tout de suite, est développé par Edwinn Abbott et joliment adapté par Dani Collaterale.
On plonge dans ce monde étrange, on découvre même un rêve de M. Flat qui nous ouvre une nouvelle porte. On retrouve l’intolérance et l’incrédulité qui perdure toujours chez nous et en ce sens, on comprend assez bien cet univers mystérieux et plat, car si la 2D induit des changements de perception, la soif de pouvoir s’y développe juste d’une autre manière que chez nous. Cette BD apporte en plus de l’adaptation un graphisme étonnant.

Le dessin adapté au plat :
En effet, Dani Collaterale développe un dessin avec peu de couleurs (et on comprend pourquoi au fur et à mesure de l’histoire) pour un monde vu de dessus (et on comprend pourquoi aussi au fil du récit) avec des figures géométriques comme personnages, les flatlandais ! La BD se lit et change la donne du sens de lecture. On suit les échanges de gauche à droite, comme on en a l’habitude et à certains moments, le fil se rompt, il faut alors suivre M. Flat dans ses déambulations sur la page et s’adapter à une lecture au sens modifié qui parcourt la planche.
Le travail de rendu de Flatland est étonnant, on est projeté dans cet espace plat, auquel la BD se prête fort bien, d’ailleurs, puisqu’elle est elle-même un espace plat.
Et d’un coup, ce livre ne devient pas une simple satire, un regard critique sous couvert de l’emploi de la fantaisie, il devient un objet à plusieurs sens, oserai-je dire à plusieurs couches.
Nous lisons un livre, avec des images que l’on voit de dessus, et ça tombe bien, le monde que nous parcourons est vu de dessus. Et ceci n’est que le premier pas dans cette plongée pensée en multiples dimensions.
D’ailleurs, la partie finale ouvrant vers un monde à plus de trois dimensions nous secoue, car le raisonnement par analogie afin de percevoir une dimension supplémentaire se comprend, mais sa représentation graphique peut être vertigineuse.
Aussi, ce livre dense mérite qu’on s’y arrête. De prime abord âpre, je dirais « plat », il révèle ses courbes et ses reliefs au fil de la lecture. Il faut accepter de lâcher prise et de dépasser la simple satire dénonciatrice d’une ancienne Angleterre, et paradoxalement, toujours pertinente aujourd’hui concernant nos sociétés occidentales, pour profiter du graphisme, qui ajoute une « couche » supplémentaire au récit. Une couche que l’on ne perçoit pas forcément tout de suite, mais la pirouette vaut la peine d’être envisagée.
Conclusion d’une BD surdimensionnée :
Ce voyage avec M. Flat est désarmant, mais plus on avance, plus il se révèle enrichissant. Cette BD est une adaptation, mais aussi une expérience graphique, visuelle, en même temps qu’une satire politique, sociétale.
Zéda croise M. Flat.



