Black Gospel. Un thriller sec et efficace hanté par le fameux discours de Martin Luther King. Il vous balade de New York au Ghana, en passant par Washington à la suite d’un flic opiniâtre et mal embouché comme on les aime. Un album élégant et très réussi.

Titre : Black Gospel
Scénario : LF Bollée
Dessin : Boris BEuzelin
Format : 235 X 313 mm
EAN : 9782016291283
Nombre de pages : 168
Edition : Robinson
Prix : 25,95€
Sommaire de l'article
Un thriller à base historique
A la veille de l’anniversaire du discours de MLK Jimmy Chen apprend la mort de son ancien coéquipier, Jack Kowalski. Vingt ans plus tôt, exactement Kowalski et lui ont mené une difficile enquête pour débusquer un lugubre tueur.
Black Gospel part de cette mise en bouche, mais Jimmy Chen n’est pas le héros, ni le narrateur de ce trio. Le héros, comme dans tout bon roman noir, c’est la ville c’est la situation, c’est l’antagonisme entre le flic (râleur, raciste, obstiné, antipathique) et le tueur (froid, psychopathe, implacable).

Laurent-Frédéric Bollée met en scène une histoire très documentée, où il va mêler plusieurs événements historiques pour les réunir dans un thriller extrêmement bien construit. Il glisse dans les interstices ses personnages et bâtit un polar passionnant, aussi sombre que son titre le prés
A la base de son histoire, on trouve la Marche des Libertés de Martin Luther King le 28 août 1963. La veille un grand sociologue noir, W.E.B. Dubois, exilé au Ghana sous le Maccarthysme, est mort dans l’indifférence générale, tous les yeux étant tournés vers MLK. Ce même 28 août, à New York, deux jeunes filles sont sauvagement assassinées dans leur appartement On baptise l’affaire « The Carrer Girls Murder ».
Black Gospel, un scénario en béton
L-F Bollée s’empare des trois événements et déplace le double meurtre 20 ans plus tard, en 1983. Il met son flic rustre, Jack Kowalski sur l’affaire. Il lui adjoint un second, Jimmy Chen, la tête du duo.
Dès le début, le scénariste nous livre le coupable, Isaac Sagosia, un prêtre noir venu d’Accra, au Ghana, salement déjanté. Cet artifice nous ancre encore davantage dans le roman noir classique.

Toute la virtuosité du scénario va consister à jongler avec les époques et les lieux pour nous éclairer sur les motifs du tueur et l’avancée de l’enquête de Jack Kowalski. On navigue ainsi de New York à Washington en passant par le Ghana, entre 1963 et 1983, présentant les différents protagonistes de l’histoire et leur donnant un background crédible.
C’est du grand art, un scénario bien solide et une histoire qu’on peut relire avec plaisir. Bien entendu, dans le pur respect du roman noir, il faut rapidement « chercher la femme » et ne pas s’étonner que tout vienne rapidement tourner autour de Bella Jackson, belle avocate qui fait chavirer les coeurs.

Black & White Gospel
Au service de ce polar exemplaire, le dessin de Boris Beuzelin est la pression phénoménale qui transforme le carbone en diamant. Avec des planches d’un noir et blanc tranché à faire pâlir d’envie le Frank Miller de Sin City, il sublime cet album.
Découpage archi-classique et très cinématographique, contraste maximale et jeu sur les aplats, son excellent travail contribue à la plongée du lecteur dans ce thriller qu’on ne peut pas lâcher. Une mise en images à l’élégance folle.

Une très belle réussite, et un album vivement recommandé !


