Sommaire de l'article
Encordée avec une ombre, la BD qui grimpe les monts et la mémoire

Série : –
Titre : Encordée avec une ombre
Auteurs : Thomas Luksenberg (scénario et dessin)
Éditeur : Editions Paulsen
Collection : Guérin
Année : 2026
Pages : 176
Résumé d’une histoire de mémoire :
1942, Madeleine est une jeune fille qui va se lier d’amitié avec Anna, nouvelle élève fraîchement arrivée dans son école. Anna lui présente son cousin Joseph. Le trio devient inséparable jusqu’au moment où la famille d’Anna s’en va sans laisser de traces. Madeleine reste seule, avec des questions…
Le scénario d’un chemin à trouver :
Madeleine doit donc vivre avec des doutes, des interrogations. Comment va-t-elle faire pour réussir à avancer, pour ne pas se perdre complètement ? La montagne l’aide bien plus qu’elle ne s’y attend. Le texte nous plonge dans les pensées de Madeleine, dans le flot d’interrogations qui la traversent. Mais pas de longue pensée, juste des courtes phrases, qui, en quelques mots, dévoilent toute la pensée de la jeune fille, qui deviendra femme. À quelques exceptions près, nous sommes dans la tête de Madeleine, et le récit nous livre des fragments de pensée, les moments forts de ses états d’âme, qui renvoient au dessin, mais pas uniquement.
En effet, texte et dessin sont séparés, le récit écrit sur la page de gauche et dessiné sur la page de droite. Thomas Luksenberg réitère le même choix que pour sa première Bande dessinée chez Descension. Et dessin et écrit parviennent à se compléter habilement. Le dessin nous montre Madeleine en action, dans son quotidien ou les moments extraordinaires de sa vie, et le texte nous renvoie à ce qu’elle ressent à ce moment-là. Et surtout, malgré la vie qui continue, les mots nous dévoilent qu’Anna et Joseph restent toujours en elle. Madeleine est envahie par l’absence de ces deux personnages. Et il lui faut faire un long chemin, haletant, escarpé comme une façade de montagne pour trouver comment les garder en elle sans être envahie par eux. Le titre prend alors tout son sens.

Le dessin allégé :
Thomas Luksenberg dessine en stylisant les corps, en allégeant les lignes. Il garde une épure dans les silhouettes, dans les décors. Pas de travail de hachures précises, de lignes détaillées. Thomas Luksenberg allège, pour que ses personnages puissent prendre leur envol dans la montagne. Il les capture le long des falaises, dans les relais d’altitude, dans la ville. Le dessin parvient parfois à une simplification qui touche presque à l’abstraction. Le travail des couleurs numériques permet de jouer sur des aplats, allant tout à fait dans le sens du style de dessin. Thomas Luksenberg se permet d’ajouter de temps en temps des textures, pour les lampes, l’eau et la fumée qui ressortent d’autant plus.
Les aplats, le dessin au trait léger trouvent leur place dans une composition travaillée. La montagne et l’escalade imposent une verticalité dans une BD à la lecture horizontale, et Thomas Luksenberg parvient à nous faire sentir la hauteur dans de longues cases verticales, tout en nous gardant un sens de lecture classique. Les compositions font que l’on n’est jamais perdu dans la lecture. Les planches silencieuses laissent toute la place au dessin pour s’exprimer. Le texte ramassé sur une grande page blanche se déplace au fil de la lecture, en haut, en bas, au milieu. Alors que Madeleine ne sait pas où elle va, nous la suivons espérant qu’elle trouve son chemin.
Conclusion d’une BD alpine :
On suit un long parcours, celui d’une femme qui porte en elle deux disparitions et qui doit trouver comment continuer à vivre avec ce poids.
Zéda croise Madeleine.



