Mofusand, le retour
Les petits chats de l’univers de Mofusand par la créatrice Juno (Junko Noji) sont de retour.
Ils ont conquis la planète via les réseaux sociaux. Ils se déclinent en peluches, figurines, animes, etc. Ici on s’intéresse bien sûr aux mangas. On connait chez nous Le petit Guide des Chats baroudeurs, Parlez Japonais avec Mofusand et Requin-miaou.

Un album pour les petits ?
« Les petits chats au travail » ne dépareillerait pas la collection d’albums de votre bambin. C’est un format carré de 32 pages avec une belle couverture munie d’un liseré félin en or. Nous ne garantissons pas les carats de celle-ci, mais ça peut vous donner une excuse pour avoir acheté l’album si vous n’avez pas d’enfants… Enfin, disons une meilleure excuse que les chats tout mignons qui ornent toutes les pages.

Et pourtant l’album fait partie de la collection Seinen. Nés sur le compte Instagram de l’autrice, les petits chats sont devenus le symbole d’une génération : leur cœur de cible, c’est les 15-35 ans ! Le mélange de mignonnerie et de vie quotidienne a réuni une fanbase très importante. Reflets des ados qui ne veulent pas grandir, ils ne racontent pas seulement ce que l’image en montre. De là à les taxer de subversion, il y a une marge. Une marge financière, même étant donné le succès du merchandising
Au boulot les chatons
L’histoire est typique de la relation des japonais avec le monde du travail. Les deux petits chats ont des métiers très différents. L’un est employé dans un parc d’attraction. Ça pourrait vendre du rêve à un enfant : « Il distribue des sourires aux enfants toute la journée ». Il conviendrait de ne pas ajouter « pour un salaire minable et en crevant de chaud » pour conserver cette magie.
Le deuxième est employé de bureau et tape sur son ordi toute la journée. « Clic clic clic clic clic ». Puis il mange tout seul avant d’aller subir la mauvaise humeur de son patron. Il s’endort dans les transports en commun pour rentrer chez lui

Tout est raconté factuellement, sans aucun recul, comme si tout était normal.
Les petits chats finissent heureusement la journée en jouant et en se bagarrant comme des chats. La conclusion est glaçante : « Dormez bien, vous avez bien travaillé ! »
Lu au premier degré ce sont des chats mignons dans une belle société capitaliste bien rodée. Au second, ça peut être la base d’une dénonciation de cette même société abrutissante.
Un chat peut en cacher un autre
Personnellement, je ne savais rien du background de ce livre et je pensais chroniquer un album pour enfants. Autant dire que j’étais plutôt choqué et mécontent de ce métro-boulot-miaou ou l’aliénation et l’exploitation sont la norme mignonisée. Surprise à la rédaction de la chronique quand j’ai vu qu’il faisait partie de la collection Seinen ! Comment ? Pour ados et adultes ? Ça change pas mal de choses. Je suis donc allé à la pêche aux infos. Je n’ai rien trouvé en France, ce qui n’est pas très correct de la part de l’éditeur (la collection Seinen n’est même pas mentionnée sur le livre, il faut aller se renseigner sur leur site). Ils jouent donc sur les deux tableaux en pêchant les fans de la licence, tout en présentant un album qui peut passer pour enfantin.

C’est sur un site américain que j’ai trouvé une mine d’informations sur l’auteur et la licence. De fait, Je comprends mieux l’engouement d’une tranche d’âge pour ces chats reliant l’enfance à l’âge adulte. Je regrette la confusion que peut créer l’absence d’informations. Cela peut d’ailleurs l’empêcher de trouver son public, je suppose.
En soi, l’album est de très bonne facture, le dessin excellent. Reste le scénario critiquable pour toutes les raisons évoquées. Ce ne sera pas un album que je conseillerai, malgré ses qualités esthétiques.






