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Frères du Japon, Edition Prestige, la BD entre poésie, absurde et surréalisme

Série : –
Titre : Frères du Japon, Edition Prestige
Auteurs : Taiyo Matsumoto (scénario et dessin)
Éditeur : Delcourt
Collection : Seinen
Année : 2025
Pages : 208
Résumé d’histoires anormalement ordinaires :
Le petit Mick marche dans un monde étrange, quand un vélo à tête de lapin lui crie de se sauver. Mick enfourche le vélo et continue sa route, nullement inquiet malgré les avertissements reçus. Il pédale sans but précis quand il entend pleurer dans le ciel, il lève la tête et aperçoit un ballon-pieuvre…
Les scénarios de récits plus ou moins liés :
Taiyo Matsumoto nous offre là plusieurs histoires, parues il y a de nombreuses années au Japon et regroupées dans cette édition prestige. La première, « m », est la seule à être en couleur. Les suivantes ont en commun avec la première des personnages décalés, hors-normes. Souvent, elles se regroupent par petits lot, les deux trilogies « Fin d’une journée ordinaire » et « frères du Japon » puis les autres. Le lien n’est pas toujours évident, sauf pour les « fin d’une journée ordinaire ». Ce qui ressort, c’est un parallèle entre la poésie urbaine de Taiyo Matsumoto et des angoisses profondes.
On est touché par cette galerie de personnages, bien que certains soient tellement décalés qu’ils nous intriguent plus qu’ils nous émeuvent. Mais une fois passé « m », qui rompt tout contact avec la réalité, « fin d’une journée ordinaire » nous plonge dans un quotidien bouleversant, où l’interrogation de la mort est omniprésente, à travers trois personnages qui vont se croiser le long d’une simple journée. Un peu de poésie, de fantastique, et des questions qui resteront souvent sans réponse dans une ville anonyme, voilà la recette de ces trois récits.
Matsumoto nous montre d’emblée qu’il peut aller de l’absurde le plus incompréhensible au drame onirique, ou fantastique le plus touchant.
Les autres histoires vont osciller entre ces extrêmes, parfois longues, parfois courtes sur deux pages, on navigue d’une ambiance à l’autre. On est dérouté, étonné, intrigué, ému, au fil de ces récits. Et l’on n’a qu’une envie, aller lire d’autres BD de Taiyo Matsumoto.

NIHON NO KYODAI ©2010 Taiyo MATSUMOTO / MAGAZINE HOUSE Co
Le dessin exacerbé :
Le style de Taiyo Matsumoto est étonnant. Il tranche nettement avec le type de dessin manga auquel on est habitué. L’encrage moins fin que d’habitude, semble hésitant, errer sur la feuille, et pourtant, Taiyo Matsumoto a une grande maîtrise du dessin, que l’on perçoit dans ses paysages et ses villes au trait accidenté, et aux perspectives déformées qui rajoute encore à l’étonnement que l’on ressent au fil de la lecture.
Certaines cases sont tracées au pinceau, à l’encre, d’autres au crayon bien gras et épais, et parfois des trames de gris. En effet, un élément qui ne frappe pas tout de suite à la lecture, c’est que plusieurs de ces histoires sont uniquement en noir et blanc, sans l’emploi des trames grisées que l’on trouve abondamment dans les manga classiques. Matsumoto joue sur des noirs profonds. De même, ses personnages ne ressemblent pas au protagonistes habituels des seinen. Pas de grands yeux, assortis de petit nez et de fines bouches mais des visages ronds ou anguleux, semi-réalistes.
Taiyo Matsumoto joue à la fois avec le scénario et le dessin pour nous emmener ailleurs.
Conclusion d’une BD regroupant des nouvelles originales :
Ce recueil de petits histoires nous entraîne loin de nos contrées habituelles et en même temps, dans notre quotidien parfois morne. Absurde, humour, interrogation, onirisme sont au rendez-vous de ces histoires étonnantes !
Zéda rencontre Haruo !



