Nos aristocrates ont du talent
C’est le motto des aventures de Jeeves. Avec l’humour « Tongue in cheek » de l’auteur.
P.G. Wodehouse, en effet, met en scène le flegmatique valet de chambre Jeeves de la fin de la Première Guerre Mondiale jusqu’aux années 70 ! Valet personnel de l’oisif Bertram Wooster, Jeeves est toujours impeccable, surgissant de l’ombre à la seconde où son benêt de maître a besoin de lui. Ne prenant pas position, il est toujours à l’écoute des lubies nouvelles de son maître. L’auteur excelle à montrer une fausse impartialité qui invariablement révèle le ridicule de ce noble niais et de ses amis.

Une adaptation aux petits oignons
Le duo LF Bollée / Béja nous offre ici une parfaite adaptation d’une des nouvelles de Wodehouse (« Le Grand Handicap du Sermon » dans L’Inimitable Jeeves, Ed. 10X18). Je ne sais pas si 100 ans après la publication de la nouvelle originale cette adaptation est l’idée du siècle.
Les amis de Wooster ont l’idée stupide de prendre des paris sur la longueur des sermons des curés des environs. Faut-il n’avoir rien à faire pour en arriver là !

En soi donc, on s’expose à une BD où il ne va pas se passer grand chose et il faudra donc s’attendre à quelques difficultés pour que l’album trouve son public. Cela étant posé, les auteurs se sont magnifiquement tirés du travail d’adaptation. Le scénario de Bollée cerne les personnages à la perfection. Il rythme l’action par les micro-événements de la vie trépidante de Bertie : la lecture du journal, son breakfast, son bain… et les irruptions de ses fantasques cousins ! L’indifférence de Bertie envers sa charmante cousine, l’intervention de la vieille tante marieuse, on a un peu l’impression de connaître déjà l’histoire. Mais on se régale à la lire tout de même. Le scénariste respecte tant l’esprit que la lettre des romans originels et c’est délicieux.
Il va de soi que les fans de « Fast and Furious » ne sont pas la cible. Mais vu le succès d’un Downton Abbey, Jeeves et Bertie peuvent peut-être séduire un nouveau lectorat. Et ce, même si Wodehouse est un peu tombé dans l’oubli. (L’est-il ? Je n’ai aucune données éditoriales là-dessus, je l’avoue.)
Jeeves, le classicisme jusqu’au bout
Béja régale nos pupilles d’un beau dessin en ligne claire. Un peu désuet, peut-être, mais tellement à-propos !

Le seul bémol, ce sont certaines pages un peu ternes, qui manquent singulièrement de décors. Les couleurs uniquement en aplats manquent de nuances et celles-ci sont apportées par les décors qui animent les pages.

L’ensemble est cependant de très bonne facture et, en tant qu’amateur de Wodehouse, j’ai été agréablement bercé par cette plongée drôle et souriante au siècle dernier.
Il faut souhaiter que l’album soit un succès, car vu le nombre de nouvelles publiées par Wodehouse, Bollée et Béja ont de quoi mener une longue série !






