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mardi 1 janvier 2019

La croisade des Innocents, la chronique coupable !

couverture de "LA CROISADE DES INNOCENTS" de Chloé Cruchaudet chez Soleil
Titre : La Croisade des Innocents
Auteurs : Chloé Cruchaudet (scénario et dessins)
Éditeur : Soleil
Collection : Noctambule
Année : 2018
Pages : 176


Résumé :
Un frère et une sœur jouent ensemble dans la masure familiale. Mais le garçon dérange le père, déclenchant une réaction violente. L'homme hors de lui l'expose aux flammes son enfant pour lui faire comprendre ce qui l'attend s'il recommence. Terrorisé, le fils part se cacher dans la grange. Il est rejoint par sa sœur qui lui amène à manger. Mais sa part ne suffit pas au jeune Colas et il se dispute avec la petite Magrotte pour avoir la sienne, et soudain, c'est l'accident...

Mon avis :
L'histoire se passe au moyen-âge. Cette entrée en matière nous présente Colas et surtout la dureté de l'époque où les enfants n'avaient pas du tout la même importance que de nos jours.
Colas va se retrouver malgré lui le meneur d'un mouvement qui va prendre une ampleur inouïe, au point de rester dans les annales de l'histoire. Colas et un ami rencontré dans son périple, Camille, vont se retrouver à la tête de ce qui deviendra la croisade des enfants.

Au travers de personnages proches de nous, ces enfants dont on comprend les souffrances, Chloé Cruchaudet nous raconte une page d'histoire.
On a du mal aujourd'hui à se rendre compte de l'incroyable événement que ça devait être, ces enfants réunis en une masse immense, traversant la France pour atteindre la mer et s'embarquer pour Jérusalem.
Colas, Camille, Beuve, Pilou... Ils sont nombreux, au cours de ce voyage, à devenir familiers et attachants.
Et l'on attend avec d'autant plus d'anxiété le dénouement de cette histoire car on pressent rapidement que les choses ne vont faire qu'empirer. Et ce malgré les efforts de Colas et ses amis, formant le noyau fondateur de cette troupe.
Cette tension qui monte, Chloé Cruchaudet sait la rendre palpable au fur et à mesure des pages et des saisons qui découpent en chapitres ce récit.

Loin de leurs familles car, à l'image de Colas, tous ces enfants sont réunis vu que la plupart n'ont plus de parents pour s'occuper d'eux. Soit orphelins soit abandonnés. Tous ensemble, ils retissent un tissu familial mais une famille sans adulte, ceux « à qui on ne doit pas faire confiance ». Et le père de Colas nous a effectivement donné, dès le début de l'histoire, l'exemple d'une famille où la peur règne en maître.

page de "LA CROISADE DES INNOCENTS" de Chloé Cruchaudet chez Soleil
personnage stylisé et no réaliste mais gros travail sur la couleur et la gestion des ombres

Graphiquement, le choix d'un style simple mais loin d'être simpliste, où les personnages sont tracés d'une ligne svelte, dynamique, où les visages sont stylisés, deux points pour les yeux et les sourcils qui permettent de faire passer un maximum d'émotions, permet de raconter cette épopée avec une distance discrète que le réalisme ne permettrait pas. Mais une distance qui ne nous éloigne pas des personnages et de leurs sentiments. Une distance qui nous fait prendre conscience de l'horreur et des angoisses traversées sans les asséner brutalement.
Une distance qui permet d'éviter le pathos, l'exagération dramatique inutile.
Les couleurs sont limitées à une courte palette oscillant entre les ocres et les bleus. Tout en laissant au blanc une belle part permettant de faire ressortir un élément de décor, un objet, un visage, une expression.

page de "LA CROISADE DES INNOCENTS" de Chloé Cruchaudet chez Soleil
Des ocres et l'absence totale de bordure de case

Les cases dépourvues de cadre, si ce n'est la couleur qui s'arrête pour faire naître la gouttière, laissent un espace où le récit s'épanouit. Une certaine liberté visuelle qui contraste avec la teneur du récit car ces enfants qui courent après cette liberté, se retrouvent de moins en moins libres au final, emprisonnés par un rêve absurde et la nécessité de gérer une immense flopée d'individus affamés, sans ressources, réunis par un espoir insensé que Colas a de plus en plus de mal à gérer.

La croisade des innocents offre un voyage dans le temps, la découverte, pour ceux qui ne la connaissent pas, d'une étrange et cruelle page d'histoire et aussi la rencontre avec des enfants, formant une famille immense et fatalement désunie.

Zéda rencontre Colas !

"LA CROIX A DES INNOCENTS" Strip de Zéda pour illustrer chronique 7BD sur "LA CROISADE DES INNOCENTS" de Chloé Cruchaudet chez Soleil




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