Fureur & Berserker : une histoire de vengeance
Après les événements tragiques qui ont secoué le village de la jeune Syn, les villageois s’organisent pour faire face à la vengeance de leurs assaillants.
Et le retour des envahisseurs ne tarde pas à se faire.
De son côté Gudbjörn qui avait sauvé le village sait bien que le calme sera de courte durée. Il se prépare alors à renouer avec son passé de guerrier Berserker qu’il avait pourtant essayé d’oublier depuis des années.
Une fois la fureur du Berserker déclenchée, qui sait jusqu’où il ira ?
Une voie de violence et de massacre s’ouvre alors. La jeune Syn qui a noué un lien avec le colosse saura t-elle le ramener à la raison ou sera t-elle victime de l’aveuglement sanguinaire et bestial du guerrier?

Scénario violent et graphisme en deux mesures
Visuellement, Locass nous livre un dessin très réaliste et percutant. Le résultat est impressionnant sur certaines cases. Son trait à l’encre est sûr et maîtrisé. Il lui permet notamment de gérer les ombres et les lumières sans user de trames. Cela renforce les textures, la noirceur et l’ambiance brutale qui règne sur ce tome 2.
Ce deuxième volet est d’ailleurs bien plus violent que le premier, ce qui est renforcé par le découpage des scènes d’action, au détriment parfois de la lisibilité.
Côté intrigue et scénario, Maxime Truc nous propose un tome en deux temps. Le maître mot reste la “vengeance”. Ce tome 2 d’ODR est une suite d’affrontements sanglants et de combats impitoyables. D’ailleurs, il est tellement axé sur cette violence pure que les dialogues sont finalement assez rares.

Quid du duo Syn/Gudbjörn et du focus sur la LSF?
Une des forces du premier tome était la relation entre le colosse taciturne et la jeune Syn. Mais à part quelques rares interactions, ce « duo » est quasi inexistant dans ce tome 2.
Le traitement de la surdité de la jeune fille dans un 9ème siècle impitoyable apportait aussi une réelle charge émotionnelle. La pauvre fille est ici relayée au second plan.
Toutefois, cette surdité et le silence qui l’accompagnent et qu’on imagine à la lecture contrastent avec les bruits, les cris et les fracas des combats et de la violence extrême auxquels elle assiste.
L’utilisation de la Langue des Signes Française (LSF) dans le récit était un choix créatif intéressant: bien que, comme dit dans la chronique du tome 1 d’ODR, elle est historiquement anachronique pour la Germanie du moyen âge. Toutefois la LSF est quasi absente dans ce tome 2 d’ODR.

Double avis pour un manga en 2 tomes.
Pour le tome 1 d’ODR, Philippe avait écrit la chronique principale et j’avais ajouté mon avis. Pour le tome 2, on inverse les rôles: j’écris la chronique et donne mon avis auquel Phil vient ajouter sa vision de cette lecture.
Mon avis sur le manga ODR tome 2
Un manga à couper le souffle mais qui m’a déçu
Pour moi la force du tome 1 était vraiment la présence de la jeune Syn, sa surdité et le lien créé avec Gudbjörn. C’était aussi l’histoire du sombre passé de ce colosse qui refaisait surface.
Dans ce tome 2 Syn est laissée de côté, son ami est là et fait acte de présence, mais ils n’ont plus de rôle à jouer. Gudbjörn prend toute la place. Et c’est déplorant parce que je trouve qu’on perd ce qui m’avait le plus emballé dans le tome 1.
Ici, l’intrigue ne développe plus les personnages mais propose un tome 100% action. Les auteurs conservent le fil rouge émotionnel entre les deux personnages, mais il est très très subtil et ténu face à la brutalité et la violence des combats qui s’enchaînent.
Pendant cette lecture, j’ai l’impression d’avoir retenu mon souffle. Tout s’enchaîne très vite et avec intensité. Il y a une telle fureur qui se dégage des pages de ce tome 2 d’ODR, que j’en suis presque venu à me mettre en position de défense, de peur de prendre un coup qui se perdrait. Il y a donc un côté très immersif et prenant.
Et si la qualité du dessin et des illustrations est souvent excellente, je trouve que c’est parfois au détriment de la lisibilité de certaines cases. J’ai dû regarder à deux ou trois fois et tourner le manga pour comprendre ce que représentait certains dessins. Et c’est dommage !
En bref, mon avis sur ce tome 2 n’est finalement pas très bon. J’ai été déçu de voir Syn abandonnée par ses auteurs et les problèmes de lisibilité de certaines cases m’ont aussi dérangés
Alors je conclurai non pas sur mon avis spécifiquement détaillé du tome 2, mais sur le diptyque d’ODR.
- A titre personnel, j’ai apprécié l’utilisation de la LSF et la mise en avant d’un personnage féminin et sourde dans le tome 1. Et je regrette de ne pas les avoir retrouvé dans le tome 2.
- Les auteurs nous proposent un manga en deux gros tomes: 600 pages d’univers nordique ayant pour héros un berserker avec une touche de calme et d’émotion grâce au personnage de Syn. La balance est bien respectée sur le tome 1, mais penche immédiatement du côté du Berserker dans le tome 2 (Syn devenant spectatrice).
Une chose est sûre, ODR est un diptyque très dense, qui ne laisse pas indemne.

A qui s’adresse le manga ODR ? Quel est le public cible?
ODR est un manga clairement seinen, ultra dark et violent qui s’adresse donc sans hésiter à un public adulte et averti (ou du +16 à la limite). Là, avec le tome 2, c’était un peu trop intense pour moi.
Je ne le recommande donc pas du tout aux âmes sensibles.
D’ailleurs, je ne sais pas trop à qui recommander ce manga tellement qu’il est à part en fait. Les amateurs de la série télé « Vikings », « Valhalla » ou encore « The Last Kingdom » y trouveront probablement leur compte, quoi que, niveau intrigue ODR soit beaucoup plus léger.
En tout cas, si la lecture de cette chronique te donne envie de découvrir ODR, ce manga est sûrement fait pour toi 😉
Si tu as pu lire ou feuilleter ce diptyque, dis nous ce que tu en as pensé ?
Que penses-tu de la conclusion apportée à l’histoire de Gudbjörn et Syn ?
L’avis de Philippe
Étant resté un peu dubitatif à l’issue du tome 1, j’espérais beaucoup de ce deuxième tome. Il faut bien avouer que je suis déçu.
Côté dessin, malgré la force des images et la beauté de l’encrage, j’ai quand même eu bien du mal à décrypter certaines pages. Les découpages des scènes silencieuses ne sont pas toujours clairs. Pire certaines cases sont incompréhensibles. Avec la meilleure volonté du monde, pour essayer de ne pas être lapidaire par respect pour l’auteur et son travail remarquable sur d’autres pages, sur certaines cases, je ne sais pas ce que je regarde.
Une autre chose qui me sort périodiquement de l’histoire, c’est la gestion parfois étrange des onomatopées. Il y a des coups de pied qui font Boom, des coups d’épée qui font Bam. Ce sont des détails qui pèsent.
Ils passeraient peut-être inaperçus si le scénario nous emportait dans une puissante vague narrative. Malheureusement, si c’était son intention, ce n’est pas le cas. On se perd dans d’interminables batailles qui emplissent presque l’intégralité du tome, au détriment des promesses faites au début de l’histoire.
Le personnage principal, Syn, jeune fille spéciale, sourde et qui peut voir des esprits, est négligée au plus haut point. Elle a connu des déboires qui sont laissés en plan. À quoi lui servent ses pouvoirs ? À rien. Elle apparaît périodiquement pendant l’histoire, toujours menacée et protégée par son ami (au rôle secondaire) ou par Gudbjörn qui prend une place centrale dans ce tome 2.
L’histoire se termine par une bataille sauvage entre Gudbjörn et Asulf, son ancien camarade, pour d’obscures raisons d’honneur et de rédemption. Soit.
« Tu crois que les Dieux se souviendront de notre combat ? » demande Asulf (alors qu’il est coupé en deux, ce qui personnellement me gênerait un peu pour faire la causette.) Ce qui est sûr, c’est que moi je vais vite oublier ce diptyque qui aurait dû être tellement mieux. Je ne garderai en mémoire que les somptueuses illustrations des moments de paix au cœur de la forêt, tout au début et tout à la fin de l’histoire.





