Titre: 1629 ou l’effrayante histoire des naufragés du Jakarta – livre II
Auteurs: Xavier DORISON (scénario), Thimothée MONTAIGNE (dessin) & Clara TESSIER (couleur).
Éditions: Glénat
Année: nov-2024
Nombres de pages: 141p
Avec la sortie du second et dernier tome de « 1629 ou l’effrayante histoire des naufragés du Jakarta », c’est l’occasion de revenir sur cette histoire tragique vécue par les passagers du Batavia, un bateau de la Compagnie hollandaise des Indes orientales.
Le premier tome « L’apothicaire du Diable » était sorti en nov-2022, avec ce second tome « l’Ile rouge », Xavier Dorison et Timothée Montaigne viennent parachever la série.

Sommaire de l'article
1629 ou l’effrayante histoire des naufragés du Jakarta : une histoire vraie ?
Tout d’abord, les auteurs se sont inspirés d’une histoire vraie, celle des passagers du Batavia, un retourship néerlandais. Ce bateau fut affrété par la Compagnie hollandaise des Indes orientales (Vereenigde Oost-Indische Compagnie – VOC). Il quitta Amsterdam le 29 octobre 1628, en direction des Indes néerlandaises. Malheureusement, ce bateau fit naufrage à proximité de l’Australie le 4 juin 1629. Alors, les survivants de la catastrophe débarquèrent sur l’archipel des Abrolhos de Houtman. Puis ils furent victimes d’un des plus horribles massacres connus du XVIIe siècle. Ainsi seul un tiers des passagers et hommes d’équipage survécut à ce drame.

Mais nos auteurs ne sont pas les premiers a avoir été inspiré par cette histoire vraie sordide. Simon Leys, pseudonyme de Pierre Ryckmans, a publié en 2003 « Les Naufragés du Batavia » aux Editions ARTEA. C’est aussi Christophe Dabitch et Jean-denis Pendanx qui publient « Jéronimus« , une BD en 3 tomes de 2008 à 2011 chez Futuropolis. Les tragédies inspirent les auteurs !
Dans ce dyptique, Xavier Dorison s’est à son tour emparé de ce drame pour nous proposer un « huis clos maritime »: Batavia est un mot hollandais pour désigner autrefois la capitale de l’Indonésie, aujourd’hui « Jakarta ».
« L’extinction de l’âme »…
« L’extinction de l’âme » est un phénomène décrit par Philippe Zimbardo, professeur de philosophie à Standford dans son essai « The Lucifer Effect« . C’est un mécanisme mental, aussi réel qu’effrayant, comme nous l’explique Xavier Dorison dans la préface du livre I. Il fait référence à la succession d’évènements qui conduisent à l’arrêt complet de l’empathie d’un groupe d’humains. Cet enchainement est associé à la suspension de leur jugement moral. Les conséquences immédiates sont: sadisme et massacres.

La Saint-Barthelemy, le génocide arménien, le massacre des Tutsis,…de nombreux évènements de l’histoire, se caractérisent par ce phénomène. Cependant l’histoire des naufragés du Batavia est moins connue, mais répond au même mécanisme.
Parmi les 322 naufragés, rares sont ceux qui vont tenter de se révolter contre Jéronimus, « l’apothicaire du Diable ». Lucretia Hans se retrouve à bord du Jakarta pour rejoindre son mari. Dans ce second livre, ne faisant pas partie des sbires de Jéronimus, elle tentera de motiver les survivants à la révolte: sans succès.

Après plusieurs tentatives, Lucretia se retrouve isolée, désespérée. Elle tombe à la merci de Jéronimus. Mais heureusement, « il en suffit d’un seul »: c’est Hayes, un gabier, qui revient de son île déserte, et aura la force de conviction pour déclencher la rébellion et sauver les derniers survivants.

Naufragés du Jakarta mis en images par T.Montaigne
Comme dans le premier livre, le dessin de Thimothée Montaigne est remarquable. On apprécie tout d’abord la mise en page : avec des pages de fond et des bulles encastrées qui « zooment » sur une action, un personnage, ce qui rend plus dynamique la lecture.

On apprécie ensuite la qualité du dessin, les objets, les personnages. Les paysages sont traités avec soin. Les tensions entre rebelles et naufragés, le mouvement dans les scènes de combats, sont restitués avec précision. La perspective est judicieusement choisie.

Enfin, on appréciera la mise en couleur de Clara Tessier. Elle est sans excès, adaptée à chaque situation, tantôt « sanguinaire » lors des scènes de massacres, tantôt « lumineuse et pur » pour les paysages. J’ai particulièrement apprécié l’illustration de la voie lactée de la p.33 !
Conclusion d’une BD collector en 2 tomes
Cette série en 2 tomes n’est pas une énième aventure maritime, après « Barracuda » de Dufaux et Jeremy, après « Les pirates de Barataria » de Marc Bourgne et Franck Bonnet… C’est le récit d’une tragédie méconnue en France, inspirée de faits historiques, dont Xavier Dorison dit que la réalité dépasse, et de loin, dans l’horreur, la fiction relatée dans cette série.

Ces 2 tomes sont aussi un très bel « objet-livre ». J’ai eu plaisir à les feuilleter, à les posséder comme collectionneur de BD. Ils sont magnifiques de par leur grand format, la finition des couvertures avec leurs dorures, la qualité du dessin et la mise en couleur réaliste et subtile.
A acquérir, pour compléter sa collection !
Fred pour KCBD.


