Minigatari: une autobiographie au pays du soleil levant
L’autrice mexicaine Daniela Martin del Campo nous ouvre les portes de son univers personnel à travers une série de courts chapitres. Comme elle nous l’explique, le mot Minigatari est une jolie fusion entre “mini” et “monogatari” (qui signifie « conte » ou « récit » en japonais).
Ici, pas de grande quête épique, mais de petites bribes de moments de vie. L’autrice nous présente la période de sa vie où elle a réalisé un rêve en voyageant au Japon. Sur place, la jeune fille loge dans une pension en échange de quelques services envers le responsable.
La mexicaine y explore son immersion culturelle, sa découverte de la langue, de la gastronomie (surtout la gastronomie) et de la philosophie japonaise. Elle évoque les différences culturelles entre son pays latino et celle de l’archipel. Elle partage ses émerveillements face aux petits détails du quotidien, montrant comment une culture étrangère peut venir résonner profondément avec nos propres racines.

Plus d’infos sur le scénario et le dessin
Le rythme de l’album est volontairement contemplatif. On est sur un album « tranche de vie« . Daniela Martin del Campo découpe son récit en petits chapitres autonomes mais complémentaires. La narration sur cette période de sa vie avance tranquillement, guidée par des réflexions sur les plats qu’elle goûte, sur les mots, les habitudes et ses ressentis.
D’ailleurs, en parlant de ressenti, si cette période de sa vie semblait joyeuse, une petite « bête » s’est invitée. Vous la connaissez cette petite voix qui vous dit des trucs pas sympa, qui vous fait broyer du noir et perdre confiance…
Visuellement, le travail graphique est remarquable :
- Un trait épuré : Le dessin s’inspire directement de l’esthétique nippone et des estampes, tout en gardant une modernité et un style très marqué.
- Le jeu des couleurs : Comme le montre la couverture, l’album est très coloré. L’utilisation de teintes bien choisies crée des ambiances parfaites pour accompagner la mémoire et les souvenirs.
- La mise en page : Les cases restent aérées, laissant respirer le texte et offrant une vraie sensation de légèreté à la lecture.
- La symbolisation forte de l’invité surprise non désiré.
Format et influences culturelles de Minigatari
BD, manga ou roman graphique : comment classer Minigatari ?
C’est une question que l’on peut se poser en découvrant l’album. Toutefois, si le titre évoque et représente le Japon et que l’esthétique s’en inspire grandement, Minigatari appartient clairement au genre du roman graphique.
Le sens de lecture est occidental, l’objet livre est un bel ouvrage broché et épais (224 pages). Minigatari est une autobiographie. Ce n’est ni un manga traditionnel avec ses codes de prépublication séquentielle, ni une bande dessinée franco-belge classique. Malgré son origine sud-americaine, ce n’est pas non plus un comic book.
Minigatari est un roman graphique : un récit personnel, libre dans sa forme et centré sur l’intime.

Le rayonnement de la culture nippone au Mexique et dans le monde
Ce récit illustre aussi un phénomène fascinant : la portée universelle de la culture japonaise. De Mexico à Paris, la fascination pour le Japon touche des artistes de toutes origines.
On sait depuis longtemps maintenant que la France est le deuxième pays consommateur de manga. Cet amour de la BD nippone entraîne naturellement un intérêt fort pour le Japon et sa culture si différente de la nôtre. Mais nous ne savons pas forcément quel est le rapport des autres pays avec envers l’archipel.
Au Mexique, il semblerait que la culture otaku et l’intérêt pour les arts japonais aient une présence affirmée. Un album comme Minigatari montre comment des autrices et auteurs latino-américains s’approprient cet imaginaire pour construire un dialogue interculturel riche, prouvant que la passion pour le Japon dépasse largement les frontières asiatiques.
Mon avis sur cette lecture
A première vue, Minigatari n’est pas mon genre de lecture habituelle. Pourtant, les quelques romans graphiques que j’ai lu dernièrement m’ont bien plu. Bien sûr au départ cette couverture très colorée a attiré mon oeil. Lorsqu’ensuite j’ai découvert le thème de cette BD, j’ai été intrigué et j’ai eu envie de découvrir l’histoire de cette autrice mexicaine.
J’avoue ensuite que j’ai été sincèrement touché par cette lecture. C’est un album doux, lumineux et réconfortant. C’est une tranche de vie reposante, qui prend le temps.
Daniela Martin del Campo ne nous embarque pas dans un simple guide touristique superficiel. Elle nous offre une véritable introspection narrative.
Minigatari est une belle lecture pour ceux qui aiment les voyages intérieurs, les univers japonisants et la découverte culturelle.
Minigatari est une parenthèse dans mes lectures habituelles que je ne peux que te conseiller de feuilleter.
Et toi, tu aimes les récits intimes et les carnets de voyage en roman graphique ? Dis-moi ce que tu en penses en commentaire sous l’article 😉
©Daniela Martin del Campo / Casterman





