Dong-Hua-Chun ?
Chen Xiao-hua a repris le salon de coiffure familial. Nous sommes à Taiwan, dans une petite ville (un village ?). L’ambiance est traditionnelle, désuète. Xiao-Hua reçoit une lettre posthume de son père, qui a abandonné le domicile vingt ans plus tôt. Il y découvre son histoire et ses justifications pour son abandon, ou du moins ses tentatives. Il apprend que le salon se nomme Dong-Hua-Chun car ce sont les prénoms de son père, lui et sa mère !

Au passage le lecteur l’apprend aussi et cela lui permet enfin de comprendre le titre du manga ! Il ne saura pas pourquoi il faut céder à la mode de l’anglicisme pour un titre qui n’est pas destiné à caracoler en tête des ventes. « Dong-Hua-Chun », salon de coiffure… Moi, ça ne me choque pas.
Mais revenons à notre fameuse lettre. L’info principale, celle qui va bouleverser sa vie quotidienne, c’est que le papa a eu une fille. Hua a donc une sœur et elle va débarquer chez lui !
Une histoire de famille banale et tourmentée
Le scénario est finement ficelé et il ne faut à l’auteur qu’une dizaine de pages pour nous présenter les personnages, chacun de leur point de vue, puis de les faire se télescoper. Car je ne vous ai parlé que de Hua, mais on rencontre très vite Yu-lan, la petite sœur inconnue. Elle a 17 ans et n’a hérité de rien, sauf de l’adresse du salon de coiffure de son demi-frère. Ainsi, elle voyage parallèlement au courrier et débarque au salon dans la foulée. Elle y est guidée par Qi-li, un jeune homme qui est en liberté conditionnelle et qui travaille au salon de coiffure. Qi-li aura une grande importance dans le manga, l’auteur détaillera son histoire en parallèle.

Hua accueille la jeune fille, mais il n’a pas les moyens de l’entretenir. Il faudra qu’elle travaille au salon, malgré son envie de fiche le camp.
Un grand plaisir de lecture
Tout est en place pour une étude de mœurs captivante. J’ai beaucoup apprécié la lecture de ce premier tome. Le look un peu voyou de Hua sur la couverture m’avait fait craindre un énième manga de yakuza. Il n’en est rien (même si la mafia locale rançonne les commerçants contre une protection) Au contraire, on se régale de la fraîcheur d’un environnement et d’une culture un peu différente de celle à laquelle on est habitué. J’ai adoré la dynamique de la famille fraîchement recomposée. Hua réagit avec cœur à la réception de son « colis » (la petite sœur, on passera sur le machisme de l’expression).

Quelques raccourcis dans la manière de raconter m’ont un peu interpelé. J’avoue avoir dû reprendre certaines pages, d’autant que les noms des personnages sont parfois très proches. Cependant j’ai adoré le réalisme de l’histoire et l’épaisseur des personnages. L’auteur recourt aux flashbacks pour raconter les événements fondateurs de chacun dans l’enfance et on ne tarde pas à se sentir proche d’eux. Il n’oublie pas d’alléger la narration par de l’humour, car tout aurait pu virer dans la noirceur assez vite.

Graphiquement, Ruan Guang-ming nous offre un trait fin et efficace. Il utilise un découpage assez classique. Il n’hésite pas à griffonner dans les moments d’action. Cela dit la grande force du manga, c’est son histoire. J’aurai grand plaisir à découvrir la suite et je n’hésiterai pas à relire ce premier tome avant de m’y attaquer pour profiter de l’histoire complète.






