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lundi 20 février 2017

Pays de Neige - la chronique blanche !

Couverture de Pays de Neige, de Sakuko  d'après Yasunari Kawabata chez Philippe picquier
Titre: Pays de Neige
Auteurs : Sakuko Utsugi (adaptation et dessin), d'après le roman de Yasunari Kawabata
Editeur : Philippe Picquier
collection : manga
Année : 2016
Pages : 192


Résumé :
Shimamura, jeune rentier, se rend au Pays de Neige. Dans le train, il repère une belle femme qui s'occupe d'un malade. Devant le reflet dans la vitre des gestes et du visage de la jeune damoiselle se superposant avec la neige tombant à l'extérieur du train, Shimamura laisse voguer son imagination : Qui est-elle ? Pourquoi s'occupe-t-elle de cet homme ? Et lui, qui est-il ? Un autre souvenir remonte à sa mémoire, celui d'une jeune femme portant un magnifique kimono. Non, Shimamura ne vient pas au Pays de Neige, en réalité, il y revient. Et pour quelle raison ?


Mon avis :
Voilà donc l'adaptation d'un roman poétiquement intitulé « Pays de Neige » écrit par Yasunari Kawabata. Cet auteur Japonais, né en 1899, a décidé de nous quitter en 1972. Il aura marqué de son vivant la littérature nippone mais aussi mondiale, son talent lui valant le prix Nobel de littérature en 1968.
« Pays de Neige » sortit en 1935 dans une première édition qu'il modifiera plusieurs fois jusqu'à obtenir la version qui sera éditée en 1947.
C'est donc à un monument de la littérature que s'est attaqué le mangaka Sakuko Utsugi, l'auteur, entre autres, de « Déclic Sensuel ».
L'adaptation est un art difficile et Utsugi a fait le choix, nous explique l'éditeur – n'ayant pas lu le roman original, je ne peux vous donner mon ressenti là-dessus – d'utiliser la prose de Kawabata pour tous les textes.
Par contre, passée la présentation classique des personnages sur une première double page, dès les premières cases, j'ai ressenti les volutes d'un style poétique, je me suis laissé doucement glisser dans un monde particulier suivant les mots du narrateur. J'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette BD. La poésie qui émanent de certaines phrases fonctionne à merveille. On part, tout de suite, dans ce pays blanc.
Bon, dans la présentation des protagonistes, il en est un qui a un rôle si infime que je ne vois pas l'intérêt de le présenter dès le départ mais ceci n'est qu'un détail.
Si la magie du style parcourt dans un souffle tout ce recueil, l'histoire de prime abord classique d'un triangle amoureux prend une autre direction. Au lieu de tout nous raconter, elle laisse de grands blancs - sans doute dû à l'influence du Pays de Neige -, que nous aurons à remplir seuls.
Du coup, la fin de l'histoire risque de vous surprendre car beaucoup de questions restent en suspens. Puis, après un temps de réflexion, passée la stupeur, je me suis pris à revenir en arrière, cherchant une solution dans une expression, un regard, un mot. N'étant pas sûr de trouver quoique ce soit, à l'image de Shimamura, notre témoin, narrateur de ce roman. Effectivement, nous comprenons très bien le jeune homme car nous suivons les événements avec son regard mais Komako, la geisha qui est tombée amoureuse de lui, Yoko, l'autre jeune femme de l'histoire, vues par Shimamura, nous restent finalement étrangères. Comme lui, nous croyons entrevoir leur personnalité, alors qu'en fait, rien n'est moins sûr...
L'histoire illustre bien l'idée qu'on peut imaginer tout ce qu'on veut sur les gens, on peut partager nos rêves, nos désirs, notre corps avec eux, on ne les connaît jamais vraiment. Et même, on ne les connaîtra jamais vraiment, pour la simple raison qu'on ne sera jamais dans leur tête.
Au rythme non pas des saisons mais des années qui passent, Shimamura s'en va et s'en vient dans ce pays qui laisse sur lui une empreinte indélébile, l'empreinte de Komako. Nous allons et venons avec lui, à un petit détail près, si Shimamura bouge, le récit reste fixé au Pays de Neige. Jamais nous ne voyons Tokyo avec Shimamura et d'ailleurs, jamais nous ne voyons sa femme et ses enfants. Nous savons qu'ils existent car parfois, une pensée les ramène à lui mais c'est tout.
Le roman (et le manga du coup) porte bien son nom. « Pays de Neige », pays où a commencé l'histoire avant qu'on n'entre dans le livre, pays où se finira l'histoire après qu'on soit sorti du livre.
Nous, pauvres lecteurs, sommes condamnés à supputer les clés, les causes, les raisons sans jamais être certains de la réponse. Cette romance amoureuse qui dans son résumé peut paraître bluette nous ramène en vérité à l'essence de ce que nous vivons tous les jours en l'oubliant : L'autre restera toujours un mystère ou au mieux, gardera toujours en lui une part de mystère pour nous, qu'on efface en se disant qu'on a bien compris comment il ou elle voit le monde ou bien qu'après tant de temps, on se connaît sur le bout des doigts, mais en fait...

Page extraite de Pays de Neige, de Sakuko  d'après Yasunari Kawabata chez Philippe picquier

Première vision du Pays de Neige

Utsugi a choisi de suivre la narration du roman, mais tout le travail de mise en image, de mise en scène même relève de ses choix.
Le style des personnages et des décors est typiquement manga. Quand Komako boit trop, l'excuse de l'ivresse permet à l'auteur de caricaturer les traits des personnages, techniques qu'on retrouve également dans bien d'autres mangas. Cela amène un peu d'humour, mais pour moi, ce sont les moments où le dessin me sort de l'histoire. Heureusement, le rythme de la narration m'y ramène assez rapidement.
Les scènes d'amour entre Shimamura et Komako sont très épurées, le couple s'enlace, s'allonge, la tension érotique est là, suggérée par un geste, une caresse.
La composition rappelle aussi le dynamisme des mangas mais dans ce récit posé, elle peut surprendre. Les cases se chevauchent, s'entrelacent, les personnages débordent sur les cases voisines. Un regard, deux mains serrées s'étalent entre deux bandes. Toute la composition des cases lie les différents dessins entre eux. Un peu comme Shimamura et Komako se lient tout au long du récit, malgré les disputes ou les réactions trop vives. Mais ce choix garde tout de même la simplicité de la lecture (surtout si vous êtes habitué à lire des manga de droite à gauche).
Le noir et blanc habituel des BD nippones s'applique ici, permettant à la délicatesse du trait d'Utsugi de ressortir d'autant plus. 

Page extraite de Pays de Neige, de Sakuko  d'après Yasunari Kawabata chez Philippe picquier
 Shimamura retrouve Komako...
 
cette BD m'a donné envie d'aller lire le roman original. C'est en ressentant cela que je pense pouvoir dire qu'une adaptation est réussie !
« Pays de neige » vous offre un voyage aéré au pays d'un amour impossible, où ce qui ne se dit pas est parfois plus important que tout ce qui se dit. Un amour impossible qui parvient à garder sa part de mystère...


Zéda et Komako !

"Pays de Pluie", strip de Zéda pour illustrer chronique 7BD sur Pays de Neige, de Sakuko  d'après Yasunari Kawabata chez Philippe picquier


David


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