mercredi 11 février 2026

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Rendez-vous à Amiens (3) : Naoki Urasawa, auteur en séries

Le temps fort incontournable des RdvBD d’Amiens, c’était bien sûr la venue en France de Naoki Urasawa. Un des plus grands mangakas en activité sur la planète qui se déplace dans une ville des Hauts de France, ça fait briller quelques pupilles ! Le festival a mis les petits plats dans les grands et notre envoyé spécial a eu la chance de se faire la quasi-totale des apparitions du Sensei (il ne manque que la dédicace).

Urasawa - Conférence de presse
© Philippe Caille

Si vous avez raté le début…

Ne manquez pas notre Episode 1 : Rendez-vous à Amiens

ni notre Episode 2 : Rendez-vous à Amiens (2) : les expositions

Une mer de visages

Point d’orgue de ce festival, la superbe exposition consacrée à notre auteur vedette favori. Elle est proposée par Anthony Pardi, commissaire d’exposition, qui nous l’a fait visiter du vendredi. Il jouera les maîtres de cérémonie au long du week-end. En gros, je visiterai cette expo à chaque fois que je passerai à côté durant ces trois jours (pourquoi la longer, on a du temps devant nous !). La dernière visite sera celle du dimanche après-midi, en compagnie de Naoki Urasawa lui-même, au cours d’une « visite-presse » à laquelle la foule se mêlera bien vite, trop contente de partager les anecdotes de l’artiste (admirablement traduites à la volée par la charmante Choko).

Je vais vous mêler les visites au cours de cet article : ce n’est pas l’auteur de 20th Century Boys qui me reprochera de bousculer la chronologie !

Anthony Pardi, commissaire de l'expo
Anthony Pardi accueille, présente, raconte…

Un mur informatif expose quelques éléments biographiques et bibliographiques avec une frise situant chronologiquement les principales œuvres d’Urasawa. En face un mur de visages tirés d’Asadora, la dernière œuvre en court du mangaka. Comme d’habitude, on est bluffé par la palette graphique de l’auteur. Tous immédiatement identifiables, marqués du sceau « Urasawa », ils sont tellement diversifiés que cela impressionne d’emblée.

Des visages
Urasawa sur les visages

Naoki Urasawa : « Les visages des Japonais sont plutôt « plats » et donc, donner du caractère à chacun des visages n’est pas évident. »

N.U. : « Dans Monster, les personnages sont des occidentaux, donc avec des visages une peu plus en relief, je peux créer des personnages plus audacieux. »

Urasawa et les rides

N.U. : « Plus il y a des rides, plus je prends de plaisir à dessiner ! »

Suivez le(s) guide(s)

Passons sous un superbe portail et entrons dans… un dojo ? un court de tennis ? Séparés par un mur de bois, nous sommes entrés dans un monde parallèle Happy/Yawara. Les deux grands mangas sportifs d’Urasawa, qui se répondent sont ici mis en vedette.

Des deux côtés, une gigantesque reproduction qui sublime la virtuosité d’Urasawa pour représenter le mouvement. Du côté Yawara, Urasawa rappelle que c’était une œuvre de jeunesse. Les éditeurs lui demandait de créer une série sur les thèmes à la mode du moment, quand sur un coup de tête, il a proposé un manga de judo. Les premiers tomes étaient donc assez approximatifs, mais très vite, il s’est mis à fréquenter les dojos pour faire des dizaine de croquis et discuter avec les sportifs et les entraîneurs. Il a fini par être si efficace dans ses dessins et si omniprésent dans les dojos qu’il finissait par donner des conseils aux judokas qui les lui demandaient.

Pour Happy, les choses étaient différentes. Il voulait créer un personnage aussi performant en tennis que Yawara l’était en judo. Seulement, il voulait un personnage qui lutte et se bat contre l’adversité et la malchance. Miyuki est huée, trompée, trahie en permanence, mais elle surpasse toujours tous les problèmes par le tennis. D’un point de vue technique, Yawara était aisé à mettre en scène car les combattants sont très proches l’un de l’autre, visage contre visage. Pour Happy, la difficulté était bien plus grande, car il fallait rendre toute l’intensité dramatique des duels, alors que les personnages sont à plusieurs dizaines de mètres les uns des autres. Il lui fallait tâtonner pour trouver les compositions qui traduisaient le rythme de ces scènes de combat !

Le cadrage dans Happy 1

N. Urasawa : « Là par exemple, ces deux cases n’en faisaient qu’une pour moi et c’est pour ça que la bulle est placée entre les deux »

Le cadrage dans Happy - 2

N.U. : « Ici, c’est pareil, vous voyez trois cases, mais en réalité, dans ma tête, il n’y en avait qu’une seule. »

Un trait d’union

Pour laisser la place à une issue de secours, l’expo a dû s’adapter à la Halle Freyssinet. Pour éviter une interruption, complète, un petit comptoir où l’on peut feuilleter les mangas, bordés de quelques faux distributeurs de journaux à la japonaise où sont exposées des « Unes » des journaux dans Happy.

Ce tout petit spot a fait la joie de Naoki Urasawa (qui était aux anges dans chaque salle où il passait, il faut bien le dire).

Distributeur de journaux

N.U : « La une des journaux est un très bon moyen de donner des informations aux lecteurs. Et j’utilise à chaque fois le même titre de quotidien dans chacun de mes mangas. Evidemment, c’est un journal fictionnel, que j’ai inventé, mais puisqu’on le voit dans beaucoup de mes œuvres, on peut dire que c’est ce journal qui lie tous mes mangas. »

Dans l’antre du monstre

Il est temps maintenant d’entrer dans « LA » salle de Monster. Incroyable espace qui visite les lieux emblématiques de la série. Le organisateurs ont garni les murs de planches et d’infos bien sûr. Mais ils ont aussi laissé libre cours à leur imagination pour concrétiser des décors inoubliables sous les yeux de Joann.

Monster

Un lieu qui ne se trouve pas dans le manga, mais qui a bluffé tout le monde, y compris Naoki Urasawa, c’est le tableau de liège géant, reconstituant l’enquête à l’aide de cases du manga reliés par des ficelles comme dans un commissariat, devant un bureau où s’accumulent les preuves. Du très beau travail.

Urasawa devant l'enquête de Monster

N. U. : « Quand je vois le mur, je sens qu’on ne pourra jamais résoudre cette affaire (rires) »

Les références d'Urasawa

Dans l’espace suivant, Urasawa s’arrête devant ce pan de mur brisé et nous explique qu’il a puisé son inspiration dans le film Suspiria II de Dario Argento. Sur la gauche, on peut voir Stéphanie Nunez, directrice de la communication chez Kana et co-organisatrice de la venue du Maître.

C’est dans cette salle aussi que Naoki Urasawa voit soudain au fond de la salle, assise sur le fauteuil de Yoann, une vieille dame. Il se précipite immédiatement, entraînant la foule avec lui. La dame, un peu inquiète, descend rapidement et se trouve face à Urasawa qui lui déclame toute sa passion pour son visage, promettant de l’intégrer bientôt dans un manga, pendant que le public rigole. Je vous fais profiter de ma parfaite photo ratée : j’étais loin à ce moment-là et si on distingue Naoki, on ne voit absolument la vieille dame. Cela vous permet tout de même de juger de la densité de la foule à ce moment-là !

La vieille dame qui n'était pas là...

Dans le sillage d’Asadora

Urasawa, heureux

Enfin, nous rejoignons la salle d’Asadora. Naoki Urasawa est de nouveau subjugué par les réalisations du festival. il félicite les organisateurs d’avoir capté l’esprit de son manga. ébahi devant la queue de la chose qui émerge du sol, comme elle sort de l’océan dans le manga, il demande que le festival en fasse cadeau à un musée quand ce sera fini pour préserver leur incroyable travail.

La chose dans Asadora

Il est également ravi des ballons qui sortent des cases de la BD.

Asadora

Naoki Urasawa nous parle des images du typhon Ise-Wan qui a dévasté le Japon en 1959 et qui ouvre l’histoire d’Asadora. Ses parents, dit-il lui avait toujours raconté à quel point ce typhon avait été meurtrier. Mais c’est quand Naoki a commencé ses recherches pour le manga qu’il s’est rendu compte que c’était pire que ce qu’il avait imaginé. Les scènes de dévastation avec tout le bois des scieries de Nagoya éparpillés sur le paysage sont très précis. Voyez ici le dessin accolé à la photo récupérée sur Wikipedia :

Le typhon Ise-wan

Ses dessins sont maintenant exposés au musée de Nagoya qui est le témoin de cette catastrophe. Facétieux, à son habitude, Urasawa ajoute que si bien souvent il illustre des catastrophes naturelles dans ses mangas, il a la manie d’en rajouter. Ce qui explique la queue de la chose qui ajoute à la destruction dans Asadora ! Il demande ensuite l’autorisation d’aller dédicacer la queue de la chose, ce qu’il fait de suite sous les applaudissements de tous…

Dédicace surprise

Fin de la visite, suite à l’épisode 4

La visite guidée de cette expo Urasawa à la Halle Freyssinet touche à sa fin. Il reste encore une petite salle, surtout destinée à la dédicace prévue avec le Maître. Elle abrite cependant une petite exposition consacrée à la nourriture dans les mangas d’Urasawa.

Il reste encore bien des choses à dire sur cette riche visite : il y a une deuxième expo à la Maison de la Culture, une conférence de presse l’inauguration du festival et une masterclass ! Mais mon responsable éditorial insiste pour que je sorte un numéro supplémentaire de ce mangaweb 7BD.

Rendez-vous donc dans l’épisode 4.

😉

Phil Caille
(Texte et photos)

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Philippe Caille
Philippe Caille
Fan de Bd, passé aux comics, passé aux BD, passé aux mangas, je reste fan avant tout de la narration dessinée. Chroniqueur manga sur Insta, passionné de rock et de plein d'autres choses, j'aime faire partager mes passions

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