Le point fort du festival d’Amiens, de l’avis de tous les festivaliers que j’ai croisés, ce sont les expositions. Loin des classiques accrochages, les formidables scénographies créées par des passionnés emportent l’enthousiasme. Voici un retour sur une sélection d’entre elles.

Sommaire de l'article
- 1 Si vous avez raté le début…
- 2 Un très large choix d’expositions
- 3 Des expositions, en bref
- 4 Mecs Hurlants & Nanas Métalliques
- 5 Abracada-Brume, une exposition magique
- 6 New York / New-York : I’ll Be Your Mirror
- 7 Verts, l’exposition qui fait chavirer tout le monde
- 8 Et pour terminer, l’exposition Naoki Urasawa, auteur en séries
Si vous avez raté le début…
Ne manquez pas notre Episode 1 : Rendez-vous à Amiens
Un très large choix d’expositions
Neuf expositions parsèment le festival. Auxquelles il faut ajouter deux grandes expositions hors-les-murs : une sur Naoki Urasawa à la Maison de la culture (dont on parlera dans l’épisode 3) et une sur les 20 ans d’Ankama à la médiathèque Louis Aragon.
De cette dernière, je ne dirai malheureusement rien. La présentation aux journalistes par les éditrices a eu lieu quasiment à l’heure où se déroulait la conférence de presse d’Urasawa à laquelle j’assistais. Le samedi était surchargé. Et le dimanche, mauvaise surprise, la médiathèque était fermée, même en temps de festival. Si je l’avais su, j’aurais modifié mon emploi du temps du samedi pour y assister. Elle se poursuivra jusqu’au 23 août, mais attention, pas le dimanche !
Des expositions, en bref
Je vais passer rapidement sur quatre d’entre elles, non qu’elles manquent d’intérêt, mais on ne peut pas tout faire, ni voir.
Bulles de Jeux

Bulles de Jeux abrite un espace jeux de société, où le visiteur peut jouer aux jeux de société illustrés par les auteurs de BD du festival. On trouve sur les murs un affichage présentant les auteurs et les jeux. C’est très sympa, mais je pratique également les conventions de jeux et je n’ai pas voulu mélanger les genres (juste un petit passage pour acheter Potion Express illustré par Carine Hinder. On est fan ou on ne l’est pas.)
La hutte dessinée

L’association d’étudiants La Hutte Dessinée, qui réunit les L3 et M1 Métiers de la Bande Dessinée, présente à la fois une belle expo de planches des étudiants ainsi qu’une vente de leurs fanzines, dans cet élégant tipi de métal.
Le concours régional de bande dessinée

Le Pôle BD Hauts de France a, lui, proposé un concours aux jeunes artistes. Cette exposition nous en présente les meilleurs artistes.
Do Ré Mi Chat, de la musique plein les yeux

Cette exposition-animation s’adresse en particulier aux enfants. Elle présente des animations musicales autour des BD musicales proposées par les Editions de la Gouttière en collaboration avec l’Orchestre de Picardie. Cela avait l’air très sympa, mais plutôt réservé aux enfants.
Mecs Hurlants & Nanas Métalliques
Métal Hurlant a 50 ans. Amiens ne pouvait pas passer à côté de ça. Le festival lui consacre donc une mini-exposition. On y trouvera des repros des auteurs les plus représentatifs de Métal (de Druillet à Moebius, en passant par Chaland ou Bilal). C’est peu pour une si grande revue, mais c’est de qualité.

On y trouve également une petite salle cachée derrière des rideaux noirs, strictement interdite aux moins de 18 ans. A l’intérieur, quelques belles pages de « Ah Nana » (la collection complète est d’ailleurs disponible à la lecture pour les plus curieux, mais gare aux transats qui vous emprisonnent jusqu’à ce qu’une bonne âme vous aide à vous en extraire). Ah Nana est une revue libertaire et féministe qui scandalisa la France de Giscard d’Estaing et fut censurée au bout de 9 numéros. Chantal Montellier et Cécilia Capuana ont d’ailleurs donné une conférence à ce sujet le premier jour.
Abracada-Brume, une exposition magique

Chez Brume, on annonce directement la couleur, à la manière Pélissier. Sur ce très chouette espace, on trouvera la place centrale du village de Brume, avec son puit, son rocher qui fume. Toutes les parois sont couvertes de planches, de jeux.
A l’image de la BD, les parents y sont bienvenus et pourront se régaler de dessins préparatoires et d’humour décalé. Et les enfants y sont rois : des jeux, des activités avec des animateurs dans la maison de Brume, distribution d’autocollants et de masques (j’en ai pris aussi : j’ai pas honte).



New York / New-York : I’ll Be Your Mirror

Plus classique dans sa présentation, l’exposition sur New-York dans la bande dessinée vous fera voyager dans l’imaginaire des plus grands auteurs européens et même, sur un petit mur, américains (John Romita, Ross Andru, Mike Mignola…) 120 planches s’offrent ainsi au regard du visiteur.

Quel plaisir de passer des planches d’Andreas à celles de Chabouté, Boucq, Berberian et bien d’autres. Des animations autour du Street Art attireront jeunes et moins jeunes.

Verts, l’exposition qui fait chavirer tout le monde

Coup de cœur des organisateurs, l’album « Verts » de Patrick Lacan et Marion Besançon a eu le droit à une exposition pour lui tout seul. Débutant comme une expo « classique » avec repros, originaux et panneaux explicatifs, on arrive très vite devant un énorme bureau. A son pied une déchiqueteuse et quelques bribes du dernier rapport du Giec.
Un rideau de plastique plus tard et nous basculons dans une chambre d’hôpital reconstituée, personne n’est dans le lit, mais sur la tablette se trouve la BD et dans les perfusions… des plantes
Changement de salle et nous entrons dans une scène de rue après une émeute. Sol jonché de journaux, vitrines cassées, slogans sur les murs. Et meublant l’espace sonore, une télé blablatant sur une chaîne d’infos continues. Mais pas n’importe quelle chaîne ! Celle-ci est peuplée de bénévoles du festival qui mettent en scène les infos du monde de Verts !

Pour finir, il n’y a plus de doutes : les plantes ont gagné et ont envahi le monde. Nous pénétrons sous les frondaisons dans la dernière salle de l’expo. Entourés de verdure, respirant l’odeur de nature (les branches de laurier sont très efficaces pour l’ambiance olfactive) nous pouvons nous asseoir sur des rondins pour feuilleter la BD.

L’éclairage sélectif magnifie les planches au mur, tandis que nous sommes dans la pénombre. Il faudra contourner la carcasse de voiture envahie par les plantes pour pouvoir sortir de cette immersion totale.

J’ai rencontré pas mal de festivaliers qui, comme moi, ont été tellement bluffés par l’expo qu’ils ont filé au stand de librairie le plus proche pour en acheter un album. Libraire qui, le lendemain, avait largement réapprovisionné son stock pour faire face aux demandes des chasseurs de dédicaces.
Pour avoir croisé Marion Besançon dans l’exposition, je peux vous dire qu’elle aussi était ravie de cette expo. Elle s’est dit très émue de voir son monde imaginaire matérialisé d’aussi belle façon. Timothée Boucher et l’association « la Courte Echelle » ont donné vie à l’album d’une manière extraordinaire.
Et pour terminer, l’exposition Naoki Urasawa, auteur en séries
Dans l’épisode 3 de ce reportage... Lundi, sûrement, mardi au plus tard…
(Moi aussi, je maîtrise le suspense)



La scénographie de ces expos, surtout celle de Verts, à l’air fascinante. Ou comment faire vivre l’univers et tout le processus créatif chez les visiteurs. Je ne sais pas s’il y a ce genre de scénographie dans d’autres festivals que celui d’Amiens. Ça reste intéressant à voir. Peut-être l’année prochaine ^^