jeudi 23 avril 2026

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Printemps bleu, la chronique printanière

Printemps bleu, la BD d’une jeunesse errante

couverture de "PRINTEMPS BLEU" de Taiyo Matsumoto chez Delcourt/Tonkam

Série : –
Titre : Printemps bleu
Auteur : Taiyo Matsumoto (scénario et dessin)
Editeur : Delcourt/Tonkam
Collection : –
Année : 2026
Page : 224

Résumé d’une histoire d’ennui :

Au lycée, un groupe de jeunes s’ennuient. Ils passent le temps en jouant au jeu des claps. Sur le toit de l’établissement, ils enjambent la rambarde et la tiennent, dos au vide. Ils lâchent et doivent taper le plus de fois possible dans leurs mains avant de rattraper la rambarde. Le risque est mortel, celui qui ne rattrape pas la rambarde à temps tombe dans le vide. Kujo détient un record, remis en cause par des nouveaux élèves…

Le scénario se penchant sur une jeunesse égarée :

Ce recueil regroupe sept nouvelles graphiques de Taiyo Matsumoto. Elles mettent toutes en scène des lycéens. Parfois des voyous, parfois des élèves standards, le plus souvent dans leur quotidien ou parfois dans des situations étonnantes. Mais ce qui les relie tous, c’est une forme d’ennui viscéral. Tout devient bon pour sortir de la routine écrasante de leur vie. Tout, même la violence gratuite. C’est aussi cette violence latente ou explosive que Taiyo Matsumoto dépeint.

Quant aux adultes qui pourraient aider ces jeunes ou leur donner une direction, ils sont le plus souvent absents. Ceux qui sont présents tiennent des propos abscons, semblant ignorer les événements se passant dans la classe, ou bien posent les mauvaises questions. Ces jeunes qui n’ont plus de but, et qui vivent le quotidien comme un fardeau, illustrent magnifiquement ces vers de Baudelaire « Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ? Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau !».

Ils saisissent tout ce qui passe pour tromper l’ennui, un jeu dangereux, un revolver, un crime… Tout pourvu que ça apporte un peu de changement, de nouveauté dans leur existence. C’est ce que reflètent toutes ces histoires, de manière différentes. Elles se passent dans un lycée portant le même nom, Kitano. Car finalement, le nom du lycée, de la ville, l’époque, rien n’a plus d’importance, c’est l’ennui qui domine tout.

Ce qui nous semble exceptionnel apparaît comme une déformation du quotidien. Et finalement, le seul changement qui brise cet ennui, c’est la mort. Et encore, uniquement pour celui qui meurt. La Mort rôde dans presque chaque histoire, sa présence est forte, parfois, elle n’arrive pas, d’autres fois, elle surgit. Mais cette possibilité renforce l’angoisse présente dans chaque récit. Présente pour le lecteur, car les différents protagonistes l’acceptent, elle fait partie de leur vie, et dévie légèrement l’ennui qui règne en maître.

page de "PRINTEMPS BLEU" de Taiyo Matsumoto chez Delcourt/Tonkam
dessin marqué, travail de hachure, point de vue désorientant, on retrouve la patte de Taiyo Matsumoto

Le dessin déséquilibré :

Taiyo Matsumoto nous offre un dessin particulier. Son encrage appuyé rompt avec le style classique du manga. Il apporte densité aux personnages et surtout aux décors, qui deviennent denses et prennent une place imposante dans le cadre. Il crée ainsi un déséquilibre. Les personnages, précis, semblent bancals dans leur attitude, leur pose, leur anatomie exagérée dans l’action. Comme si les corps ne pouvaient trouver leur place dans ce monde, comme s’ils étouffaient sous le poids de l’ennui, et c’est l’énergie de la fuite qui leur permet d’exploser, de retrouver la vie.
Les visages découpés à la serpe, et parfois accentués dans leurs traits, étonnent : yeux globuleux, menton hyper carré, grande allure dégingandée.

Et le cadrage est parfois découpé à l’extrême en cases biseautées qui se collent les unes aux autres, où l’on perd presque l’action, tant les points de vue se multiplient.
Printemps bleu est un titre qui appelle au calme, à la douceur, mais en fait, ils dévoilent une jeunesse perdue, prête à toutes les échappatoires pour tromper l’ennui. L’expression « tromper l’ennui » est celle qui convient le mieux à cette BD, car une fois qu’ils réalisent que la porte de sortie n’était qu’un couloir, ils retrouvent cet ennui mortel.

Conclusion d’une BD loin d’être ennuyante :

Printemps bleu parle d’ennui, mais sa lecture n’est, heureusement, en rien ennuyeuse. Triste constat d’un ennui existentiel des jeunes lycéens qui ne savent plus quoi faire pour tuer le temps.

Zéda rencontre le lycéen Kujo…

"LE LENT ENNUI NUIT" strip de Zéda pour illustrer chronique 7BD sur "PRINTEMPS BLEU" de Taiyo Matsumoto chez Delcourt/Tonkam.

David

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David
Davidhttp://www.davidneau.fr
Scénariste pour le jeu vidéo, le podcast et le cinéma, auteur-réalisateur de court-métrages animés, auteur dessinateur la BD numérique "Zéda, l'Odyssée du quotidien", enseignant à l'ICAN en BD numérique, et chroniqueur BD bien spûr. Sans oublier passionné de musique et de... BD ! Tout est dit.

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