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Minuit Passé, la BD d’un retour aux sources

Série : –
Titre : Minuit Passé
Auteurs : Gaëlle Geniller (scénario et dessins)
Éditeur : Delcourt
Collection : Mirages
Année : 2024
Pages : 204
Résumé d’une histoire nocturne :
Guerlain s’est installé dans un ancien manoir appartenant à sa famille. Il élève son fils Nisse en attendant le retour de sa femme. Tout se passe bien quand trois corneilles entrent dans la demeure. Impossible de les faire partir. Nisse, amusé, s’adapte très vite à la présence des trois oiseaux, son père moins. Et quand les oiseaux semblent repérer une autre présence dans la maison, Guerlain s’inquiète. Il tente en vain de se rappeler ce qui lui était arrivé ici dans sa prime enfance…
Le scénario d’une double enfance :
Nous découvrons Guerlain tentant d’élever Nisse dans la demeure familiale. Mais Guerlain ne se rappelle de rien de son enfance vécue ici. Au fil des jours qui passent, une étrange ambiance s’installe. En effet, Guerlain est insomniaque. Son seul contact avec le monde hors du manoir passe par le téléphone. Sa femme, ses sœurs appellent et échangent des nouvelles, parfois des informations avec lui. Nisse semble percevoir des choses dans la maison, mais il n’en parle pas clairement. Rien d’horrifique dans cette histoire, plus une étrange atmosphère, un fantôme, des esprits qui intriguent plus qu’il ne fait peur.
Gaëlle Geniller joue doucement avec les codes de l’horreur, le fantôme, le manoir ancien aux multiples pièces, deux personnes isolées, pour nous offrir une histoire douce, envoûtante, qui interroge plus qu’elle n’angoisse. Qu’est-ce que la maison veut nous dire ? A qui appartient cette silhouette qu’on entrevoit furtivement ? Que signifient ces trois corneilles qui restent avec Guerlain et Nisse ? Les réponses arrivent au fil des pages de ce récit en trois chapitres où les esprits ont un rôle à jouer.
La réponse finale n’est pas clairement donnée et c’est au lecteur de mener sa propre réflexion pour comprendre ce qui s’est passé dans cette histoire.
La BD se finit par un beau cahier graphique où l’on suit l’évolution de l’histoire depuis les premiers croquis, l’idée initiale, jusqu’aux projets de couverture.

Le dessin aux couleurs maîtrisés:
Cette BD nous offre un graphisme à la hauteur de sa belle couverture. Le travail raffiné sur le décor de ce vieux manoir, les tenues travaillées des personnages nous entraînent dans un récit presque intemporel. La stylisation des visages et la longue ligne du corps de Guerlain, cette éternelle robe de chambre qui lui tombe sur les pieds, ses meubles et cette décoration un peu victorienne, mais pas uniquement nous placent à une époque indéfinie.
Le fantôme dérange, intrigue, met un peu mal à l’aise avec ses yeux, deux petits ronds blancs et vides, mais il ne provoque pas une peur intense ou une angoisse profonde. Nous naviguons dans l’étrange, en suivant des personnages auxquels on s’attache très vite, malgré, voir pour leur différence.
Les couleurs semblent numériques et demeurent un peu froides, bien qu’elles tirent souvent vers les teintes chaudes, mais cela se justifie complètement pour cette histoire de fantômes.
Les compositions des planches jouent souvent sur des enchaînements de cases allongées verticales ou horizontales, nous amenant toujours à bouger notre regard le long de la ligne d’action de la case avant d’enchaîner. Et on finit par chercher une présence peut-être cachée quelque part dans l’image.
Conclusion d’une BD fantomatique:
Minuit Passé nous propose un récit émouvant, le rapport entre un homme et son enfance, un père et son enfant, un garçon et une vieille demeure qui a quelque chose à dire…
Zéda rencontre Guerlain.



