vendredi 1 mars 2024

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Mauvaise Herbe, un drame social traité avec justesse et humanité par Keigo Shinzo

Fille perdue, dans tous les sens du terme, que quelques rencontres heureuses vont contribuer à sauver, Shiori, la Mauvaise Herbe, est l’héroïne de ce très beau manga signé Keigo Shinzo, paru au Lézard Noir.

Mauvaise Herbe 1-Couverture

Titre: Mauvaise Herbe
Auteur: Keigo Shinzo
Éditions: Le Lézard Noir
Année: 2020
Nombres de pages: 768 (4 tomes)

Mauvaise Herbe, mais good vibes

Paru en 2020 au Japon et arrivé l’année dernière chez nous, Mauvaise Herbe, manga en 4 tomes de Keigo Shinzo est une œuvre à la fois sombre et joyeuse. Sombre, car dès l’énoncé du titre, on sait qu’on va se trouver en présence d’un « tranche de vie » explorant un mal-être. Mais joyeuse, car dans la pire adversité, Shinzo va à la recherche de l’humanité et de ce qu’elle a de plus réjouissant. Pas de naïveté ici, on croise queques beaux salauds, mais il y a aussi des êtres malmenés par la vie et capable de rédemption et quelques personnes lumineuses, phares inconscients, destinés à sauver des bateaux du naufrage.

La jeune fille et le policier

Keigo Shinzo nous raconte l’histoire de Shiori Umino, une jeune fille en détresse sociale et familiale. Délaissée, voire maltraitée par une mère seule, elle est ramassée dans une rafle dans un établissement où se prostituent des lycéennes. Sa ressemblance avec la fille défunte de M. Yamada, policier de la brigade des mœurs, va pousser ce dernier à aller plus loin pour sortir Shiori de ses ennuis. Cependant, comme elle est mineure, il se trouve pris entre l’envie/le besoin de l’aider et le poids de la législation. Comment accueillir chez soi avec les meilleures intentions du monde une fille mineure qui n’a pour l’instant eu affaire qu’à des prédateurs ? La difficulté de compréhension entre eux s’ajoute au fait qu’il sait très bien qu’en la prenant chez lui, il est hors la loi et coupable d’enlèvement de mineure, même s’il est de bonne foi…

Mauvaise Herbe - M. Yamada

Une œuvre simple et forte

Servie par le dessin simple, mais extrêmement précis de Kingo Shinzo, dont le succès s’affirme de plus en plus, et dotée de personnages très forts, admirablement campés et dont l’auteur détaille de façon très réaliste et crédible les aléas et les motivations, l’histoire est très prenante et absolument formidable.

On s’attache autant à la jeune Shiori qu’à M. Yamada, le policier abimé par la vie qui cherche la rédemption dans le sauvetage de la jeune fille. Elle se met à apprécier le père qu’elle n’a jamais eu, il cherche à retrouver en elle sa fille noyée. Il combat sa dépression et sa culpabilité, elle cherche à sortir de la spirale du désespoir. Curieusement, le tableau qui pourrait être plus noir que noir, tend plutôt vers le gris entrecoupés de belles éclaircies d’espoir. Shinzo est visiblement un optimiste et un philanthrope, il ne perd jamais de vue la bonté et l’humanité qui réside dans les gens de bonne volonté et il l’illustre sans niaiserie, avec simplicité et même évidence.

Les autres personnages, collègues de Yamada, mère ou amies de Shiori, sont plus vite croqués et moins développés, mais il n’y a pas trop de place pour les personnages secondaires dans une série en 4 tomes et les choix de l’auteur sont judicieux, car le drame est bouclé de façon très satisfaisante dans le nombre de tomes réduit. On ne ressent pas de manque ou de sensation de précipitation vers la fin. C’est parfaitement équilibré et témoigne d’une belle maîtrise du scénario.

Mauvaise Herbe 3

Mauvaise Herbe, un manga cultivé avec soin

Le dessin, moderne, en ce sens qu’il ne s’embarrasse guère de décors, emploie le langage cinématographique : champs/contrechamps, flashbacks,  gros plans. Les expressions de visage restituent à la perfection les sentiments qu’ils décrivent. Shinzo est éblouissant de précision et je suis amoureux fou de ses hachures et de ses ombres.

Le scénario est basé, hélas, sur des réalités sociales sordides au Japon, confronté à la prostitution lycéenne et au phénomène des fugueuses mineures, qui vendent leurs corps via les réseaux sociaux en échange d’un hébergement. L’auteur s’est sérieusement documenté sur les sujets qu’il aborde et les références bibliographiques employées sont citées dans l’ouvrage, même si on n’en trouve pas de traduction en français.

Mauvaise Herbe - Shiori Umino

Manga Feelgood (ou presque)

Malgré tout cet environnement négatif, l’auteur réussit à rester positif et montre quelques personnages inspirants et bourrés d’humanité qui vont aider Shiori et M. Yamada. Sans céder à la tentation d’un happy end béat, il reste indéniablement optimiste et nous délivre une fin satisfaisante, qui ne nous envoie pas immédiatement chercher refuge chez le psychanalyste pour éviter le suicide, comme certains spécialistes nippons du slice of life dépressif (non, je ne citerai pas de noms 😛  )

Mauvaise Herbe est une œuvre majeure dans le paysage manga de ces dernières années et complète merveilleusement une étagère de Keigo Shinzo qu’on a hâte de voir se remplir d’autre perles ! (Ceux qui ont tenté Hirayasumi voient ce que je veux dire 😉  )

Phil The Bird

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Philippe Caille
Philippe Caille
Fan de Bd, passé aux comics, passé aux BD, passé aux mangas, je reste fan avant tout de la narration dessinée. Chroniqueur manga sur Insta, passionné de rock et de plein d'autres choses, j'aime faire partager mes passions

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