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M is for Monster, la BD d’une quête de soi
Série : –
Titre : M is for Monster
Auteurs : Talia Dutton (scénario et dessin)
Éditeur : Delcourt
Collection : Waves
Année : 2025
Pages : 224
Résumé d’une histoire de personnalité perdue :
Un laboratoire où un couple de savants active une étrange machinerie, des éclaires et des yeux qui s’ouvrent. Une femme rapiécée, comme la créature de Frankenstein, émerge. Elle parle, semble un peu perdue, et ne se rappelle rien. Le couple réagit différemment, le mari estime cela normal, la femme, Frances, ne comprend pas que sa sœur, ainsi ramenée à la vie après sa mort, ne se rappelle pas sa vie, car cette créature ranimée est en fait Maura, la sœur décédée de Frances…
Le scénario d’un récit évoquant Mary Shelley :
Talia Dutton nous offre une histoire sensible. Certes directement inspiré de l’histoire de Frankenstein, le récit propose la quête d’identité de M. Partant d’un postulat fantastique, la possibilité de maitriser une certaine forme de magie, le retour à la vie de Maura a été possible. Mais en fait, ce corps revenu à la vie a sa propre âme, qui n’est pas celle de la sœur de Frances. Ce qui va créer des tensions. On s’attache très vite à M, perdue entre son désir de vivre au prix de mensonge sur qui elle est vraiment, et sa peur de dire la vérité sur ce qu’elle est, au prix de sa vie. En effet, Frances, au départ, affirme que si Maura ne retrouve pas sa mémoire, elle est prête à démembrer cette créature pour recommencer l’expérience, sans se rendre compte de ce que ses propos peuvent avoir de blessants. Son mari est plus compréhensif. Il faut dire que Maura et Frances avaient une relation fusionnelle est que la douleur de Frances, sa quête éperdue de retrouver sa sœur peut l’amener à tous les sacrifices. Talia Dutton nous montre autant la douleur de M que celle de Frances. À travers ce conte fantastique, c’est la notion d’identité qui est posée. M doit trouver sa véritable personnalité, et aussi la force de l’affirmer, dépassant sa peur de ne pas être aimé. C’est ce parcours difficile que l’on suit tout au long du récit.
M avance, trouve sa voie, comprend ses goûts, et réalise qu’elle n’est pas Maura. Mais l’histoire ne repose pas que sur cela, car un autre personnage va intervenir de manière inattendue, nouvelle source de tensions…
Jeu de miroirs, de reflet, le récit suit M, perdue face à la pression de devoir être une autre qu’elle-même, alors qu’elle ne comprend pas forcément bien qui elle est en réalité. Ses hésitations, ses doutes, sa colère la rendent touchante, et le récit se garde bien de tout manichéisme, nous offrant les différents points de vue qui aident à comprendre les décisions, et les erreurs de chacun et de chacune.

Le dessin vert monochrome :
Talia Dutton opte pour un trait stylisé. Ces personnages dégagent une énergie, souvent dans l’action ou la tension. Les décors sont posés d’un trait souple et les nombreuses hachures ou aplats de noir permettent d’apporter ombrage et volume. À l’inverse, sur les personnages, ce sont des zones de vert plus foncées qui créent l’ombre. La couleur unique est le vert, décliné dans différentes teintes afin d’apporter de la profondeur à la composition.
Le choix du vert sombre pose un contexte mystérieux, étrange au début de l’histoire, quand la couleur s’éclaire, on s’approche des moments d’espoir et de renouveau pour M. La composition offre tout un panel de jeu sur le miroir et le reflet, reprenant la symbolique que M ne serait qu’un reflet de Maura avant de devenir une personne à part entière.
Conclusion d’une BD intime :
Ce récit macabre devient une histoire intime, l’histoire d’une personne qui doit trouver son chemin dans la vie, mais surtout dans sa famille, une quête de personnalité, pour se détacher de l’ombre de ce qu’on aimerait qu’elle soit.
Zéda rencontre M.



