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Les sentiers d’Anahuac, la BD qui regarde les coulisses de la conquête espagnole

Série : –
Titre : Les sentiers d’Anahuac
Auteurs : Romain Bertrand et Jean Dytar (scénario), Jean Dytar (dessins)
Éditeur : Delcourt
Collection : La Découverte
Année : 2025
Pages : 160 pages
Résumé d’une histoire surprenante :
En 1539, à Mexico, les aztèques vivent sous le joug des espagnols. Un jeune indien baptisé Antonio Valeriano est pris en charge par le père Bernardino de Sahagun. Le prêtre se lance dans un vaste projet, consigner par écrit, en castillan et en latin, l’histoire, les rites et les coutumes des autochtones, afin de mieux comprendre cette religion dévoyée qu’il veut réduire à néant pour imposer le christ…
Le scénario d’un récit sur plusieurs décennies :
Romain Bertrand et Jean Dytar mettent en scène la vie d’Antonio Valeriano, personnage ayant vraiment existé, dont on sait peu de choses. À travers lui, ils racontent ce projet incroyable qui deviendra le codex de Florence, ce recueil illustré compilant la culture des indiens vivant autour de Mexico. Pour rendre ce récit plus que simplement Historique, les auteurs nous attachent à Antonio, qui grandit, apprend, tout au long du récit, et se retrouve impliqué dans ce projet.
La force de cette BD est de ne pas tomber dans le manichéisme. Les personnages ne sont pas bons ou mauvais, mais complexes. Le père Bernardino, très humain avec les indiens qu’ils protègent, est en même temps intolérant devant leur religion. Il refuse leur croyance et veut imposer la vraie foi. Mais il se refuse aussi à la violence gratuite. Il faut extirper le démon de leurs pensées, et pour cela, il faut les comprendre. D’où ce projet insensé, qui s’étalera sur plusieurs décennies, de rencontrer des « anciens » et de consigner leur histoire et leur culture. De même, il n’y a pas d’un côté les indiens nahuatl et de l’autre les conquistadors espagnols. La BD rend bien les différentes tendances des deux côtés. Les peuples qui se joignent à l’envahisseur, et ceux qui s’y opposent. Du côté des Espagnols, il y a différentes factions catholiques et des tensions politiques.
C’est tout cela qu’on découvre à la lecture de cette BD qui s’étale sur plusieurs décennies, car on Suit Antonio de son enfance à sa vieillesse et on découvre avec étonnement comment était gérée l’Amérique centrale après la conquête espagnole. Un gouvernement partagé, où les Espagnols déléguaient une partie du pouvoir aux indiens, parce que c’était plus facile de gérer ainsi ce vaste territoire. Ce scénario se base sur des faits réels, qui sont racontés dans un texte très instructif de quatre pages revenant sur les protagonistes et les enjeux de cette histoire. Pour soutenir ce récit méconnu, il y a le choix graphique de Jean Dytar.

Le dessin entre profondeur et frontal :
Jean Dytar opte pour un graphique stylisé, qui mélange deux dessins bien différenciés. Le travail au trait où les hachures donnent du relief, comme dans la gravure, avec une couleur unie, renvoie au côté européen. Et le dessin à plat, jouant sur les couleurs éclatantes dans des mises en scène frontales, rappelle les illustrations des Aztèques. Ce jeu graphique prend encore plus de sens avec les symboliques de l’histoire. Par exemple, Antonio a la peau brune, quand il se sent indien. Plus il est « pris » dans l’éducation catholique que lui offre Bernardino, plus sa peau prend la couleur unie du style européen. De même, comme à de nombreux moments, des personnages racontent des histoires, que ce soit Bernardino, les anciens Aztèques, ou des camarades d’Antonio, le récit pousse plus loin le style en fonction du côté qui s’impose. Des scènes complètes s’inspirent graphiquement de recueils trouvés datant du seizième siècle. Antonio est à la croisée des chemins, porteur de deux cultures, et ne sachant pas forcément quelle direction prendre.
La BD, au format carrée, présente de belles planches à la composition aérée. Parfois, des dessins pleine page ou des planches faites de deux cases seulement, permettent de laisser de l’espace à la narration, avec un jeu passionnant. En effet, à la fin de la BD, vous avez un glossaire des termes espagnols et aztèques utilisés dans le récit. Mais vous avez aussi des symboles graphiques, des glyphes aztèques et leur sens. On retrouve ces glyphes dans de nombreuses cases, et leur emploi renforce le style graphique inspiré des dessins aztèques. Ce travail discret infuse toute la BD. En jouant sur une opposition graphique, Jean Dytar fait ressortir une opposition politique, religieuse, culturelle entre Aztèques et Espagnols. Ces différences se mêlent à l’image, l’emportent parfois l’une sur l’autre ou inversement, comme ce fut sans doute le cas dans la vraie vie.
Conclusion d’une BD sur le choc des cultures :
Ce récit permet de découvrir un pan méconnu de l’histoire Aztèque et Espagnole, et il le fait dans un style graphique double, utilisé de manière intelligente pour rester au service du propos.
Zéda rencontre Antonio Valeriano.



