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Em Silêncio, la BD d’un voyage intrépide

Série : –
Titre : Em Silêncio
Auteurs : Adeline Casier (scénario et dessins)
Éditeur : La Boîte à Bulles
Collection : –
Année : 2025
Pages : 160
Résumé d’une histoire de passage :
Nous sommes en 1962. Joao, travailleur portugais, voit son frère arrêté, alors qu’il parvient à peine à faire vivre sa femme et ses deux filles. Sous la dictature de Salazar, il y a peu d’opportunités de s’en sortir pour les pauvres, à part le passage en France. Mais ça implique de traverser illégalement la frontière surveillée, l’Espagne de Franco et les Pyrénées. Quand Joao perd son travail, ce « salto » devient la seule chance de survie pour sa famille. Il va tenter seul le grand voyage…
Le scénario d’un périple dangereux :
L’histoire raconte le dangereux voyage entrepris par le grand-père de l’autrice. Un récit documenté qui nous monte les risques encourus par tous ces portugais qui ont voulu trouver un ailleurs meilleur, parfois au prix de leur vie. On s’attache très vite à Joao et à ses camarades de route, on les suit dans leur périple, sans aucune visibilité sur le chemin restant à faire. Comme eux, on perd toute notion du temps passé, les nuits s’enchaînent, les paysages changent mais la fuite, à pied, dans l’angoisse d’être pris, avec des passeurs insensibles, demeure à chaque heure.
Le silence est fondamental dans l’histoire, puisque le moindre bruit risque de faire repéré ces clandestins. Heureusement, il est quelques moments de répits où des échanges peuvent avoir lieu, où Joao va lier connaissance avec les autres. Mais l’humanité de Joao va représenter un handicap dans cette aventure. En effet, l’individualisme augmente les chances de survie. Et pourtant, dans de beaux moments d’humanité, Joao et ses compagnons vont quand même se serrer les coudes. L’entraide est tout ce qu’ils ont pour survivre, malgré les risques supplémentaires que cela leur fait prendre.
Une histoire émouvante, qui touche juste, et qui évoque les heures sombres que vivent encore les immigrés clandestins fuyant un régime tyrannique.
La BD se conclut avec un article de Victor Pereira qui revient sur les différentes époques de ce grand saut effectué par des milliers de Portugais. Une lecture très instructive qui éclaire ce récit d’un autre regard et le situe dans l’Histoire.
Adeline Casier finit la BD avec un texte racontant ce qu’est devenue sa famille après le périple de Joao.

Le dessin au crayon graphite :
Le trait au crayon graphite est très joliment exploité dans cette BD. Le style semi-réaliste des personnages et des décors, les cases tracées à la main, tout concourt à apporter de l’énergie à l’image et à mettre en scène la fragilité des fuyards.
Les nombreuses hachures variant du gris au noir apportent une densité forte au dessin. Ce trait granuleux permet également de créer des volumes, de donner de la présence à la forêt, aux nuages, à la pluie. Les personnages sont en danger même face aux éléments naturels. La composition sait offrir des cases de dimensions variées mettant en scène les personnages, livrés à eux-mêmes pendant toute leur fuite. Car il s’agit de trouver un endroit où ils pourront travailler, mais surtout de fuir la dictature et ses troupes, celles de Salazar ou de Franco. Les balles sifflent, certains s’écroulent, et le peu qui survivent est bien heureux de s’en être sorti, et n’a pas envie de revenir sur cette période sombre de leur vie. Grâce à cette BD, nous pouvons savoir ce que c’était de fuir le Portugal en 1962.
Conclusion d’une BD brisant le silence :
Em Silêncio révèle le calvaire de la fuite du régime de Salazar, mais aussi, l’évolution des conditions de cette fuite selon les années. Joao et ceux qui ont réussi portent sur leurs épaules la perte de leurs compagnons de route, ce qui ne peut faire de ce pasage un bon souvenir.
Zéda rencontre Joao.





