Le FIBD rend hommage au talentueux Chris Ware avec une masterclass et une exposition
Bonjour,
Bon, j’avoue d’entrée, je ne connais Chris Ware que de nom et dois confesser n’avoir jamais lu une BD de lui. Pourtant, ce n’est pas le choix qui manque. Et en voyant les planches de ses histoires, il y a quelque chose de fascinant. De tellement fascinant que lors du festival d’Angoulême, je me suis rendu à l’Espace Franquin pour découvrir de plus près l’exposition Chris Ware et découvrir ce qu’il avait à partager avec nous.
En effet, une exposition lui était consacrée. L’occasion de découvrir ses œuvres sous toutes – en tout cas, sous un grand nombre – les coutures.



Et j’avoue que j’ai été positivement surpris de ce que j’ai découvert.
Au coeur de l’exposition Chris Ware
Je connaissais ce travail minutieux, ces compositions complexes de planches, ces œuvres étonnantes comme Building Stories, mais de découvrir les planches originales, les constructions et les histoires adaptées en animation, j’ai été soufflé.
Les sujets de ces BD tournent souvent – de ce que j’ai ressenti en parcourant le dédale de l’exposition – autour de la vie. On suit un personnage sur une longue période de temps. Que ce soit Jimmy Corrigan, Rusty Brown ou l’héroïne de Building Stories, c’est toute un vie décomposée, décortiquée, parfois même déstructurée que l’on découvre.



Ce travail minutieux d’entomologiste laisse pantois. Car Chris Ware se penche sur ses personnages pour découvrir leur sentiments, leurs doutes, leurs interrogations et nous les dévoile.
De plus, cette exposition Chris Ware nous montre qu’il travaille autant sur le fond que la forme. S’il réfléchit à ses sujets, comment les approcher, comment les raconter, sa création porte aussi sur la BD, quel format aura-t-elle, quel découpage… Et même quelle typographie.
Et bien sûr, le travail de réflexion sur l’organisation de la planche. Le découpage en case ne suffit pas à Chris Ware, il peut complètement déstructurer ses planches, y apporter des cases minuscules complétant des dessins pleine planche, créer des lignes pour qu’on suive le sens de lecture, complètement éclaté, joué sur des fonds de planches très détaillé. Les techniques seraient trop longues à énumérer ici. Mais le dessin d’apparence simple, presque de style naïf de Chris Ware fonctionne parfaitement bien avec ces planches hallucinantes, toujours pensées au cordeau.



J’ai été d’autant plus impressionné que l’attention qu’il porte à chaque étape est poussée à l’extrême. Par exemple, Chris Ware a réalisé sur commande des couvertures pour The New-Yorker.



Et là, il ne s’est pas contenté de reprendre le gabarit qu’on lui aurait remis. Il a tout refait à sa manière, en respectant les codes du journal: Titre, police… Cette précision dans le travail laisse sans voix (mais heureusement, pas sans yeux).
L’exposition nous permettait de retourner aux origines, aux anciens travaux de Chris Ware, et de découvrir ses projets dans la collection Acme Novelty Library, chez Fantagraphics books. Cette collection lui est totalement dédiée. Et là aussi, Chris Ware peaufine tout, de la couverture jusqu’au grand support de carton qui permette de mettre en avant les livres dans la librairie.



Un Chris Ware étonnant, et même fascinant.
A côté de ce travail graphique et éditorialiste, Chris Ware conçoit aussi des objets, maquettes, prototypes, qu’il crée lui-même.



Cette exigence de qualité est une constance qui parcourt toute son œuvre et qui ne peut laisser indifférent.
L’exposition était ponctuée d’écran où l’on pouvait suivre des interviews de Chris Ware. Il revenait sur son travail, son rapport à la BD, sa conception des personnages.



Au fur et à mesure de cette expo, on se rend compte du travail titanesque entrepris par l’auteur: raconter la vie et décloisonner la BD. Un enjeu qui en aurait fait reculer plus d’un. Mais le dessinateur n’a rien lâché, et aujourd’hui, il est en bonne voie d’avoir gagné son pari.
Il a également réalisé des planches sur certains jazzmen, pour revenir sur leur histoire. C’est principalement le ragtime qui attire son attention, une musique dont il semble très amateur. En effet, en 1998, il publie une revue sur à ce style musical, The Ragtime Ephemeralist. Leurs vie à eux, avec son style à lui.



En fait, en-dehors de ces BD phares, Chris Ware a dessiné tout un tas d’histoires courtes, et a également créé quantité d’objets qui se dressent devant nous au hasard des vitrines.
J’ai été étonné de découvrir que Chris Ware dessine depuis 1987. Je ne pensais pas que ses travaux remontaient à aussi loin. Bien sûr, c’est au début des années quatre-vingt-dix qu’arrivent ces personnages majeurs, comme Jimmy Corrigan en 1993 et Quimby the mouse en 1994. Si loin déjà ?



J’ai été rassuré en découvrant que les versions françaises de ces BD dataient des années deux mille. 2002 pour Jimmy Corrigan et 2005 pour Quimby.
Ouf, je ne suis pas si à la ramasse que cela. Enfin, un peu quand même car son premier prix, le Eisner, date de 1995 !
Je me rassure en me disant qu’on ne peut pas être au courant de tout.
Bien sûr, l’exposition serait incomplète sans la masterclass qui permettait la rencontre avec l’auteur.
Je n’ai malheureusement pas pu y assister.
Mais les retours que j’en ai eus n’ont fait qu’amplifier mes regrets. Mais dans un festival aussi riche, il faut parfois faire des choix difficiles.
En tout cas, on m’a remonté que la joie de Chris Ware avait été très grande quand il avait découvert que dans la salle, la majorité du public était des lecteurs de BD et non des étudiants en dessin ou des dessinateurs intéressés par ses techniques. Il avait été très ému par cette découverte, habitué qu’il était à ce que les gens qui viennent le voir soient souvent des graphistes toutes catégories plus que de simples fans.
J’en déduis, avec plaisir, qu’il a vraiment dû être comblé par son séjour à Angoulême. Et voyant son travail et ses méthodes, je me demande quelle part Chris Ware a bien pu prendre à l’organisation et au montage de l’exposition… Mystère.



En attendant, j’ai encore du mal à décider par quelle BD je vais commencer. Et je vais réfléchir en vous laissant avec l’affiche du festival, réalisé par Chris Ware – une lourde mission qui revient au gagnant du grand prix de l’édition précédente -.


