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jeudi 8 juin 2017

La Malédiction de Gustave Babel, un récit des contes de la Pieuvre, la chronique florale...



couverture de La Malédiction de Gustave Babel de Gess chez Delcourt
Titre : La Malédiction de gustave Babel, un Récit des Contes de la Pieuvre
Auteur : Gess (scénario et dessin)
Editeur : Delcourt
Collection : Machination
Année : 2017
Page : 200


Résumé :
Argentine, 1925. Un enfant pénètre dans une grande résidence, un coup de feu claque. Un vieil homme gît au sol, Gustave Babel, finalement rattrapé et exécuté par « La Pieuvre ». Alors que la vie s'échappe de son corps, il se rappelle son passé en France, une dizaine d'années plus tôt. Cette période où il était Babel, l'assassin de la Pieuvre, cette période où il parcourait le monde pour prendre la vie des cibles qu'on lui désignait, cette période où il s'est soudain mis à rêver...

Mon avis :
Une histoire qui m'a attrapé au col, sans que je ne m'y attende. Bon, là, j'exagère un peu, car la préface de Serge Lehman expose l'univers particulier que Gess a posé sur ce récit mais pourtant quelle découverte !
Pour ma part, j'ai pris beaucoup de plaisir à suivre ce tueur au travers de sa vie, de ses rêves dans ce monde proche du notre mais qui ne lui correspond pas réellement. Un monde où certaines personnes disposent de pouvoirs... Mais attention, pas de super-héros en collants et cape défendant la veuve et l'orphelin. Des pouvoirs comme celui de parler toutes les langues, d'enjôler votre interlocuteur par les mots que vous prononcez, ou encore d'hypnotiser ceux qui vous entourent. Des pouvoirs que l'on utilise pour survivre dans ces années 1900 où la misère côtoie la richesse, où la guerre se prépare, où le crime s'est organisé d'une bien étrange manière à Paris...
Gustave Babel, en plus de vivre à la lisière du réel, est un fervent admirateur de Baudelaire. Ces vers émaillent le récit, au hasard des lectures ou des rencontres du héros.
Tout ce mélange, vous l'avez compris, donne un résultat curieux et surtout envoutant. J'ai vraiment apprécié de marcher sur les traces de Gustave Babel et sa malédiction. Ce paris ancien, ce fantastique présent dans le quotidien, l'onirisme où Gustave doit plonger pour retrouver son passé, les fantômes – ou les hallucinations – qui passent et repassent, tout cela tend à créer une histoire merveilleuse, poétique et presque gothique...
L'intrigue se développe, on pense lire l'histoire d'un homme qui se remémore sa vie au seuil de la mort et on tombe dans les souvenirs d'un homme en quête de son passé dont la clé se trouve dans ses rêves. Psychanalyse mémorielle ou fantastique ? Peu importe, finalement. Comme Gustave le dit lui-même, les personnes qu'il voit sont sans doute des hallucinations mais il préfère croire que ce sont des fantômes.
Et même si, derrière le fantastique, on peut discerner la présence de la raison et expliquer de manière rationnelle ce que l'on découvre, je préfère moi aussi la solution du fantastique. Il donne à ce monde et à Gustave plus de corps.
Mais à côté de ce fantastique, il se trouve aussi une réalité dure, âpre, celle des prostituées, des trafiquants, des meurtriers sans foi ni loi. Et Gustave, qui vit dans ce monde, nous y entraîne à sa suite. C'est peut-être là où le merveilleux rejoint le gothique, dans ce monde fantastique qui éclot et se mélange à un quotidien réaliste.

page extraite de La Malédiction de Gustave Babel de Gess chez Delcourt
Vous sentez déjà flotter une forme de Magie dans cette page...

Ce récit surprenant à cela d'agréable qu'on ne sait pas vraiment où il vous emmène. Et le dessin de Gess apporte une touche de magie supplémentaire. Ces cases tracées à la main, ce dessin pas vraiment réaliste mais pas caricatural pour autant, ces couleurs tranchées, aux dominantes qui persistent le temps de quelques pages, cette distance avec les personnages qu'on voit le plus souvent de loin - peu de très gros plans - et pourtant, on se sent proche de ces hommes, de ces femmes. Gess mêle avec bonheur son talent de conteur et celui d'illustrateur.
Tout au long des deux cent pages et des sept chapitres de ce récit fascinant, Gess nous pose des ambiances de couleurs aussi enchanteresses que cauchemardesques : Bas-quartiers, asile de fous, champ de bataille, monde onirique, bateau ou train, et tant d'autres encore. Autant de lieux hantés par des personnages, jeunes ou vieux, hommes ou femmes mais qui resteront longtemps dans votre mémoire.

Je pourrais vous parler encore de cette BD mais je n'ai qu'une chose à vous dire ou du moins à vous conseiller : Allez lire "La Malédiction de Gustave Babel", une histoire étrange et originale, poétique et capiteuse, irréelle et maladive, comme une des fleurs du mal du vieux Charles...


Zéda et Gustave Babel !

"L'ANGLAIS TRANS GERE", strip de Zéda pour illustrer chronique 7BD sur La Malédiction de Gustave Babel de Gess chez Delcourt


David

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