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Safar, la BD d’un voyage culturel

Série : –
Titre : Safar
Auteurs : Maurizio Busca, John Tolan (scénario), Ernesto Anderle (dessin), Jan Loop, John Tolan, Mercedes Garcia-Arenal et Roberto Tottoli (documentaires)
Éditeur : Petit à petit
Collection : Docu-BD
Année : 2025
Pages : 128
Résumé d’une histoire religieusement notre :
En 2017, John Tolan et Jan Loop, deux professeurs d’histoire, s’intéressent au Coran et à sa diffusion. Ils décident de réunir une équipe de chercheurs, dont Mercedes Garcia-Arenal et Roberto Tottoli. Le groupe ainsi formé demande une subvention européenne afin de financer les recherches nécessaires pour comprendre comment le Coran est arrivé en Europe. Les chercheurs décrochent la subvention et découvrent que le sujet est bien plus vaste que ce qu’ils pensaient…
Le scénario d’un voyage en Europe et dans le temps:
Un docu-BD impressionnant qui permet de comprendre comment le Coran a atteint l’Europe. On apprend que ce n’est pas tant par les conquêtes musulmanes des Mamelouks en Europe de l’Est ou des Arabes en Espagne que par sa traduction en latin puis en langue courante. Et qui a lancé ses traductions ? Souvent, des hommes d’église pour examiner le Coran et trouver les faiblesses de cette religion, afin de montrer qu’elle n’est pas viable devant le catholicisme, ou d’autres qui souhaitaient utiliser les arguments du Coran pour montrer qu’il était moins néfaste qu’une « scission dissidente » comme le protestantisme…
Ce livre nous permet d’aller à la rencontre des hommes qui, à travers les âges, se sont attaqués, avec succès ou non, à cette lourde tâche de traduction du livre sacré de l’Islam. Et on se rend compte des difficultés qu’ils ont rencontrées.
La BD est découpée en douze chapitres, avec à chaque fois une introduction, plusieurs planches de BD et deux pages de textes et photos pour expliquer le contexte de l’événement racontée. Car chaque chapitre se plonge sur une période précise et un fait particulier : traduction, récupération de livres arabes, impression du Coran, utilisation du Coran pour conquérir l’Afrique… Les chapitres s’enchaînent, tous plus étonnants les uns que les autres. On lit et on apprend ! On découvre des approches particulières, on voit les liens entre les personnages croisés au-delà des siècles, quand une traduction est reprise bien des décennies plus tard par une personne qui remet tout à plat et cherche plus d’objectivité. Tandis que d’autres sont dans le pur subjectif, fascinés par la beauté esthétique du Coran, au-delà de son sens. On croise autant d’anonymes pour nous, comme Pierre le Vénérable ou encore Johannes Herbst, que de personnes plus connues, comme Napoléon ou Martin Luther. Chacun a ses raisons d’aider à la diffusion du Coran : conquête du monde, romantisme esthétique, argumentation contre l’Islam…
Les textes précisent et complètent la partie BD avec de nouvelles informations.

Le dessin tranché et abrupt:
Contrairement aux docus-BD musicaux, celui-ci fait intervenir un seul dessinateur. Ernesto Anderle choisit un trait vif, rigoureux et pressé, comme s’il devait aller vite. Les hachures nerveuses marquent les ombres, éliment les vêtements. Les personnages dans l’action, même lorsqu’ils lisent, dégagent une énergie. La mise en scène joue parfois sur des plans savamment composés, mais qui, par leur originalité, coupe la lecture et nous font nous attarder dessus. Les décors sont riches et tracés, eux aussi, de ce trait rude. Les lignes et hachures servent également de focus pour mettre en avant un personnage, à la manière des mangas.
Les couleurs permettent de repérer tout de suite, dans une même histoire, quand on saute d’une époque à l’autre, par des teintes bleu pâle ou sépia, afin de marquer différentes époques de narration. Les ombres reposent aussi sur des effets de gris transparent, qui se mêlent aux hachures, évitant ainsi une froideur numérique.
Les compositions variées empêchent toute monotonie dans la narration.

Conclusion d’une BD très instructive :
Mille informations émaillent les pages de ce docu-BD qui nous apprend comment le Coran s’est implanté en Occident. Le dessin dynamique contribue à nous garder dans les douze chapitres de ce récit.
Zéda rencontre Athanasius Kircher !



