mardi 6 décembre 2022

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Le soleil se lève au Sud-Ouest, Angoulême 2014 !

Et me revoilà pour la deuxième fois
dans ma vie à l’orée du centre-ville d’Angoulême. En ce
nuageux jeudi 30 janvier, fier représentant de l’équipe de 7BD au
légendaire Festival International de la Bande-Dessinée – FIBD
pour les intimes – j’arpente les trottoirs pavés de la vieille
ville Angoumoisine. Ce week-end, le festival en sera à sa
quarante-et-unième édition, et comme chaque année, le programme
est vaste et bien trop riche pour un homme seul.








Le chemin vers l’expo Misma, où je ne suis pas allé. Faute de temps, on fait des choix.


Cette nouvelle édition a réservé des
joies, des peines, des surprises, des coups de cœur et des
déceptions. Et cette année, on a décidé de se plier en plus que
deux – en quatre ? non, encore plus – pour vous offrir un aperçu de ce que vous auriez pu voir ou de
ce que vous avez raté faute de temps.



Alors, lecteurs, amateurs de BD,
passionnés de planches, fous de dessins, suis-moi au travers de ces
quelques lignes au cœur d’Angoulême pour une visite forcément
incomplète et totalement subjective, car c’est au travers de mes
yeux que tu vas apercevoir ou redécouvrir ce festival annuel…





Ce furent quatre jours tellement riches
que je me demande par quoi commencer. Peut-être par le début. Et
pour moi , le festival commence sous un sombre nuage, non, pas
celui de la météo, la triste ombre du décès de Philippe Delaby,
l’auteur entre autres de Muréna. Une nouvelle qui m’a frappé,
car j’avais eu la chance de rencontrer l’homme au festival de BD de
Lyon. Une nouvelle qui m’a frappé, car je n’en ai pas entendu
parler pendant les quatre jours du festival. Peut-être y a-t-il eu
un mot à la cérémonie d’ouverture, ou à une autre allocution,
mais jamais aux endroits où je me suis trouvé. La radio de rue passait des hommages à Fred,
à Comès, mais rien pour Delaby. Cela me choque d’autant plus que
son décès a eu lieu la veille de l’ouverture du festival. Un
dessinateur de BD reconnu meurt la veille du festival mondial de la
BD, et ce dernier ne l’évoque pas, ou peu. Je me suis pris à
imaginer, dans le train, un hommage préparé à la dernière minute,
un clin d’œil, une allusion, une surprise qui allait me frapper en
arrivant, mais non… rien. Enfin, je reprécise, rien dans tout ce
que j’ai vu et entendu, ce qui est loin de représenter cent pour
cent du festival. Alors si toi, festivalier, tu as capté un hommage à Philippe Delaby ou une simple évocation, fais-moi
signe. Cela a sans doute été ma première déception. Je n’ai
même pas vu un Muréna dans les salles de lecture publiques !



Alors, même si ce n’était pas sous
la pluie d’Angoulême mais au soleil de Lyon, même si ce n’était
pas cette année mais en 2013, voici le souvenir de ma rencontre, en compagnie de Robin, notre chroniqueur Lyonnais,
avec Philippe Delaby lors de sa venue à LyonBD l’été dernier.



Tandis que l’image de l’absence de
Philippe Delaby plane sur Angoulême, je franchis la première étape
du chroniqueur festivalier : la récupération de cet artefact
magique qui change la vie : l’accréditation Presse. De charmantes
hôtesses m’accueillent et je me retrouve rapidement chargé de
sourires et de… brochures. Et oui, dossier de presse, agenda pro,
agenda heure par heure, programmation, invitation, infos sur ci, sur
ça. Bon sans, j’aurai dû venir en camionnette.





Photographier les gens qui
photographient ou filment, moi j’adore. Alors voilà l’accueil
presse de l’hôtel de ville. Car oui, tout ces premiers pas se passent à l’hôtel
de ville. 
 L’accueil presse sous les feux de… de je ne sais pas qui, d’ailleurs.



Bâté comme un âne, je me pose un
instant en salle de presse. Dieu que c’est joli ici. 

Bon, allez,
inspiration profonde, étirements, méditation et… action ! A
l’aveuglette ? Oh que non, mes amis… Car tout journaliste,
dans les mois précédant le festival et jusqu’à la veille du
lancement, voit sa boîte mail bombardé par les éditeurs,
organisateurs et par tous ceux qui ont un événement à Angoulême
ou même une simple présence. Pour moi, ça a représenté
soixante-dix mails ! Ca a l’air de rien, mais soixante-dix mails
à lire et à décortiquer pour préparer son planning… Bon, je suis sûr qu’il y a vraiment bien pire. Donc, la veille du départ, à la lueur de ma lampe de
bureau, je me suis préprogrammé les points importants à ne pas
rater. Et c’est pour cela que tout s’enchaîne très vite. De
toute façon, le festival ne t’attend pas.



Le premier choc sera à onze heures
avec l’inauguration au théâtre d’Angoulême de l’expo « Fleurs qui ne se fanent
pas » sur les femmes de réconfort vu par les manhwakas
coréens. Ce n’est pas comme cela qu’on nomme les auteurs de Manhwa ?
Tant pis !



En attendant, je pars en reconnaissance
dans la tente du nouveau monde, regroupant les petits éditeurs (et
il y en a un sacré paquet). 
 La tente des éditeurs indépendants, qui se prépare au choc de l’assaut des festivaliers
Je tombe sur le forum qui attend de recevoir le professeur Cyclope ! 
 Très joli, ce forum, non ?
Usant de mes
talents de ninja, je me cache et épie l’arrivée d’un cyclope en
fauteuil roulant… mais c’est Fabien Vehlmann qui apparaît et
prend place à la table.



Après un temps, la conférence
démarre. Je me décide à y assister en attendant onze heures. 
 Fabien Vehlmann, présentant le magnifique Professeur Cyclope, ayant préféré rester hors cadre pour des raisons de sécurité
Pour ceux qui l’ignorent encore, le Professeur Cyclope est un magazine numérique qui, grâce à Casterman, va se doter d’une édition papier. Ce webzine se destine à tous ceux qui veulent s’abonner. L’idée est de mettre en avant des BD numériques, utilisant les techniques du numérique, à savoir slide, scrolling, turbomédia, gifs et tout ce qui fait que Professeur Cyclope N’EST PAS le magazine de la BD numérisée, même s’il comporte quelques prépublications, mais bien celui de la BD Numérique. Le projet est soutenu par ARTE et arrive à garder la tête hors de l’eau grâce aux abonnements payants (compter une trentaine d’euros par an). Le point important, c’est que ce modèle économique, qui vaut ce qu’il vaut, permet au magazine de payer ses auteurs. Il n’y a donc pas de bénévolat dans ce projet numérique !
De plus, ce webzine est porté par des auteurs uniquement et ils sont plusieurs. Aux côtés de Fabien Vehlmann, n’oublions pas Gwen de Bonneval, Cyril Pedrosa, Hervé Tanquerelle, Brüno et Marc Lataste. 
 

 Des auteurs impliqués ! Ici, Gwen de Bonneval, si je ne m’abuse, prépare le stand

Je suis tellement absorbé par cette présentation que
j’y reste jusqu’au bout (vite , un abonnement). Et même plus, car Fabien Vehlmann a la
gentillesse de prendre du temps pour partager longuement avec les derniers
auditeurs. Mais du coup, adieu fleurs et inauguration… Même si à mes yeux,
un festival, c’est aussi laisser une part à l’imprévu, quand ce dernier tombe dès le premier jour, ça surprend !



Cet imprévu qui, dans la foulée, me
fait chambouler mon milieu de journée et rater les performances
graphiques de dessinateurs Taïwanais au pavillon Little Asia ainsi
que la conférence du SNAC au pavillon jeune talents. Oh là là, il prend une drôle de tournure ce festival !
 Espace Little Asia, premiers dessins des auteurs Taïwanais ! J’arrive après le combat, mais il  y en aura d’autres !
Rien n’est
perdu, car j’explore l’église Saint-Martial et son exposition dédiée à la BD chrétienne « Campus Stellae ».

Un beau lieu pour une exposition simple

Notons que l’église accueille aussi d’autres œuvres, tournant autour de la bible, et reste ouverte à tous, même aux touts petits.

C’est pas un confessionnal joliment redécoré, et tous publics ?

Puis je finis dans la cave de l’espace Franquin -non, personne ne me séquestre, bien au contraire – pour
fêter les cinquante ans de Mafalda en traversant une curieuse expo
sur ce petit personnage et son drôle d’univers créés par Quino. Savez-vous que Mafalda n’a existé que pendant dix ans, en publication journal ? L’occasion de redécouvrir un personnage phare de la BD argentine, certes, mais mondiale aussi ! Des strips en VO, des figurines géants, une vraie scénographie rendant un bel hommage à l’espiègle petite fille ! Et surtout, les clés pour décrypter le message politique se cachant derrière les boutades innocentes de cette bande de bambins.

 Le monde de Mafalda, dans tous les sens du terme !



Une expo où j’ai appris beaucoup de
choses, contrairement à celle située un étage au-dessus et appelée
« Du transperceneige à snowpiercer ». Dieu seul sait combien j’ai craqué pour le film, et du coup, combien j’étais avide de voir cette exposition. A part le plaisir de retrouver les œuvres de Manchette réalisées pour Bong Joon Ho et des extraits de la BD originelle, rien de bien instructif. Et c’est dommage. Beau, mais sans véritable fond, à part la diffusion de ce petit documentaire en fin de visite.

Beau, mais un peu court. D’où le mécontentement du monsieur chauve !



Bon, comme c’est dans l’air du temps, je me déleste d’un petit tour à l’expo Les Légendaires. Je serai bref : dessins, figurines, grandes planches et quelques objets dans une ambiance sombre font la joie des fans de la toute première heure (ainsi que de ceux arrivés plus tard).
 L’expo Les Légendaires ne restera pas légendaire dans ma mémoire
Je pars prestement et me dis que si j’ai raté l’inauguration, ce
n’est pas une raison pour ne pas aller découvrir ces fleurs qui ne
fanent pas dans les caves du théâtre.  En route !
 Attention, le choc graphique et émotionnel du festival. En tout cas, à mes yeux !
Mais de quoi ça parle ? Pendant la seconde guerre mondiale, des femmes coréennes furent enlevées à leurs famille par l’envahisseur Japonais, qui avait colonisé le pays. Elles furent offertes pour rien aux soldats des casernes. Leur retour après la guerre dans leur contrée natale ne fut pas des plus faciles et aujourd’hui encore, elles se battent pour être reconnues comme victimes de guerre. 
Des auteurs et dessinateurs Coréens se sont emparés des témoignages de ces femmes pour en raconter les histoires et en offrir une trace graphique. Dans ces quelques salles, tous les styles se mélangent au service d’une même belle et noble cause et donnent des planches magnifiques, oscillant entre le rire et les larmes, entre la comédie et le drame, entre l’amour et la haine, la paix et l’horreur. 
 Le Noeud Enchevêtré de Kim Jung-Gi, un exemple parmi tant des travaux présentés

Un mur est laissé libre à la fin de l’expo, pour tous ceux qui souhaitent donner un témoignage, un mot, un message à toutes ces femmes, écrit sur des papiers en forme de fleurs. Une idée magnifique !
 Une partie du mur des fleurs. Preuve, s’il en fallait, que l’exposition a touché énormément de gens !
Pour
moi, Sans aucun doute la plus belle exposition du festival. A tel point que j’y
suis retourné…



Embaumé par le parfum de ces fleurs
exotiques, si belles et si tristes, je reprend pied à la cathédrale pour une autre exposition touchant encore la BD chrétienne. Une ambiance différente, dans un lieu de recueillement aménagé pour le neuvième art.

 Déco un peu cheap, mais petit personnage fort curieux qui regarde derrière lui, non ?
Et comme je suis encore en manque d’expo -si si -, je tente au musée d’Angoulême l’espace Ernest et Rebecca. En fait, autour de quelques illustrations, les lieux sont aménagés en atelier pour les plus jeunes, qui vont trouver de quoi s’amuser avec des animateurs motivés.
 Ernest et Rébecca, pour les grands et… enfin, non plutôt pour les petits seulement !
 
Finalement, direction l’espace
presse pour la conférence Delcourt. Le but de cet événement ?
Annoncer la création d’une académie de la Bande-Dessinée sur Paris fondée
par les groupes Brassart et Delcourt. Une
information, avouons-le, qui avait filtré bien avant le festival. Le cursus se fera en trois ans, avec des projets collectifs et des projets individuels qui pourront être soumis à Delcourt. La première promotion comportera vingt-cinq personnes et sera parrainée par Zep ! Le cursus ne décernera pas de diplôme reconnu par l’état et les étudiants se seront tenus par aucun contrat d’exclusivité avec Delcourt. L’école appartiendra cinquante pour cent à Delcourt et cinquante pour cent à Brassart.
La formation sera axé sur le métier de dessinateur. Peut-être des formations
courtes se mettront en place pour le scénario ou le travail d’éditeur.
Voilà en vrac certaines des informations lâchées par Guy Delcourt. Une affaire à suivre…



Une première journée chargée qui
nécessite pas mal de repos avant de rempiler pour un second tour,
celui du vendredi 31 janvier. 

Un vendredi placé sous le signe de
l’Asie, car, à dix heures pas tapantes du tout, j’ai entamé la
journée avec la conférence de presse du dessinateur Li Kun Wu,
l’auteur des pieds bandés, venu
exprès de Chine. 
 Li Kun Wu en pleine explication, sa traductrice notant les éléments clés
L’auteur explique sa démarche : faire ce qui lui plaît. Bon début ! Sa chance a été que ce travail de souvenir et de partage qu’il réalise au travers de ses BD, trouve un public autant chez les citoyens Chinois que dans le pouvoir en place, même si ce n’est pas pour les mêmes raisons.   
Li Kun Wu a démarré en dessinant des affiches de propagande pour le parti, avant de trouver sa voie. Si l’auteur ne se livre à aucune critique de son pays, malgré des questions souvent pertinentes sur l’éducation actuelle, la censure et autres, il tient à manifester son amour pour la France, rappelant que cela fait six fois qu’il vient, et qu’il est heureux d’apprendre que la délégation chinoise de BD a signé un accord avec le FIBD, ce qui va permettre à de plus en plus d’auteurs chinois de venir en France. De son côté, il veut continuer à exploiter la voie qu’il a tracé, entre souvenir et histoire, entre exploration de son passé et de celui de son pays, intimement liés d’ailleurs.
Après, je trotte jusqu’à l’Espace
Franquin pour la rencontre croisée Suehiro Kaneko et Atsushi Maruo, deux
dessinateurs venus du Japon pour nous parler de leur travail, leurs
influences, leurs envies.
 L’animateur questionnant Maruo (avec la casquette) et Kaneko (sans la casquette) devant des dessins de Maruo
C’est pour moi l’occasion de découvrir et d’écouter ces deux grands artistes, qui jonglent habilement avec le genre et la contre culture japonaise. 
Bien que de générations différentes, je trouve que les deux hommes se ressemblent quelque peu. Pas du tout par leurs graphismes, à l’opposé l’un de l’autre, mais par cette recherche forcenée de la différence et de l’originalité, par ce positionnement systématique underground, ce refus du mainstream et de la consensualité à outrance, par leur travail en solitaire, sans assistants. Et même par certains goûts communs comme Bunuel, l’expressionnisme allemand et l’auteur Japonais Rampo.
Les deux auteurs devant le portrait d’Edogawa Rampo, maître du polar détective populaire
Entre autres mangas, j’apprends que Kaneko est l’auteur de Bambi, paru en France chez IMHO édition, et aussi de Soil, paru chez Ankama tandis que Maruo a dessiné l’île panorama chez Casterman.
Maruo s’est déjà confronté à la censure car il pousse parfois ces scènes très loin, et met en image jusqu’au viol de petites filles, ce qui lui a valu des accusations de pédophiles. Certains éditeurs ont même refusé d’imprimer ces mangas.
Notons quand même que les deux hommes se trouvent des points de dissension, dont Andy Warhol, qui soulève encore une fois la polémique. Kaneko adore et Maruo déteste. 
Lors de leur prochaine visite à Paris, si Maruo rêve de visiter les catacombes, Kaneko veut voir les masques du Quai Branly. Souhaitons leur que la capitale leur ouvre les portes de ces univers…



Après cela, il est temps de découvrir l’exposition
« La BD est dans la rue », intrigante, plus technique
qu’il n’y paraissait. L’exposition, originale, montre des artistes néerlandais au travail, en pleine confection d’affiches destinés à être… affichées ! Mais où ?

Quand on dit au travail, c’est pas pour rire, la mallette portable d’impression en série !



Comme j’ai vu l’expo Mafalda,
je tente la rencontre internationale avec Quino. Mais là,
grande surprise et grosse déception. Quino, bloqué par une attaque
sciatique, ne peut être là. C’est donc son agent argentin et
son éditeur Français qui assurent la rencontre. Moi, quand même, je suis là pour les soixante ans de
carrière de Quino et aussi pour voir l’artiste, alors forcément, me voilà un brin dépité…



Mafalda sans son papa Quino !
 
Tout tristou, après avoir cherché si
Le fantôme de Philippe Delaby n’était pas quelque part entre
l’Espace Franquin et les tentes des grands éditeurs, qu’on
appelle sympathiquement là-bas le monde des bulles (comme si les
petits éditeurs ne faisaient pas partie du monde des bulles…),
je finis à l’espace Cultura pour les rencontres sélections
officielles. L’occasion d’entendre les auteurs de Lastman,
Bastien Vivès, Michaël Sanlaville et Yves Balak, pour ne pas les
nommer. 

Cette série est produite comme un manga, rappelons que trois tomes de deux cent pages sont sortis en un an et tout ça chez KSTR ! Vivès et Sanlaville travaillent ensemble au dessin, bien malin celui qui pourra voir les différences de styles entre les pages faites par l’un ou l’autre. Balak découpe en planches la trame générale décrite par Vivès. Avant d’arriver en librairie, la BD est prépubliée sur le web chez Delitoon, une approche originale !

De gauche à droite, Yves Balak (pourquoi j’ai pas de fauteuil), Bastien Vivès (non, je ne me cache pas) et Michaël Sanlaville (le portoir vert de Lastman, c’est moi !)

Bastien Vivès lance le mot de la fin : « auteurs et dessinateurs de BD, mettez-vous en atelier! » L’engouement de l’atelier pourra peut-être aider des artistes à trouver une approche originale, comme l’ont fait ces trois compères.
Et comme j’étais en avance,
j’ai pu écouter juste avant Richard Guérineau, l’auteur de Charly 9,
présenter sa démarche et sa BD.
 Richard Guérineau, à gauche, derrière sa BD et un verre de… de… Mystère
Richard Guérineau explique qu’il a adapté le roman de Jean Teulé car il a craqué sur l’histoire, la vie de Charles IX, le massacre de la Saint-Barthélémy et la vision qu’en a donné Jean Teulé. Il a aimé le traitement en court chapitres qu’il a repris pour sa BD, voulant garder le rythme du livre. Il a décidé de garder un fond historique, mais de ne pas hésiter à opter pour des dessins parfois durs, brutaux, pour contrebalancer l’aspect burlesque d’autres scènes. 
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Richard Guérineau n’est pas un grand passionné d’histoire, c’est le sel de Teulé qu’il a apprécié et qu’il a voulu garder dans les dialogues, ainsi que, à sa manière, dans la transcription visuelle des phrases du romancier.



Une rude journée, finie par une découverte surprenante, un mur illustré, comme il y en a tant à Angoulême…



 Au détour d’une rue, le couple mythique de Sambre, la BD de Bernard Yslaire.
Quand vous prenez le bus le samedi
matin, vous constatez tout de suite que le week-end est bien là, et
que les festivaliers arrivent en masse. Au fin fond de la province,
c’est l’occasion de se familiariser avec l’ambiance des heures
de pointe parisiennes, des bouchons et tutti quanti. Je
reprend mon souffle en allant écouter Benoît Sokal dans une
rencontre dessinée digne de ce nom. 

Benoît Sokal, devant la table filmée où il présentera son travail
Connaissez-vous le concept des rencontres dessinées ? Moi, je le découvre. Un auteur – dans notre cas, Sokal – vient avec son travail, c’est-à-dire des planches, des dessins étapes de travail, des photos, enfin tout ce qu’il juge utile et pendant quarante-cinq minutes, il explique ses méthodes de travail en échangeant avec le public. 
Sokal précise d’emblée qu’il a un parcours atypique, quinze ans dans la BD, avec Canardo qui a démarré dans le magazine A Suivre et quinze ans dans le Jeu vidéo. Maintenant, il veut retrouver un travail solitaire et revient vers la BD a l’ancienne, avec papier et crayon. La série Kra est l’exemple de cette démarche. J’ai dit « à l’ancienne » ? Pas tant que cela, car l’ordinateur lui sert beaucoup pour agencer, recadrer ses cases et constituer ses planches à partir de ses dessins papier. Une planche représente quatre jours de travail, en cas d’erreur, il y a des solutions plus simples que de tout refaire. citons Photoshop ! Pour Sokal, l’informatique reste un outil, tout comme la tablette graphique.
Mais de toutes ces expériences, Sokal retient une chose : L’important est l’immersion du lecteur. Il y a trente ans, la BD y arrivait très bien, aujourd’hui, avec les nouveaux outils, le jeu vidéo y parvient également.  La priorité reste le spectateur, acteur ou non, et il faut que le voyage qu’on lui propose soit réussi.
 
J’aurais
bien enchaîné avec Hermann, mais la foule est tellement dense
devant la porte qu’ils nous f
ont gentiment évacuer la salle
afin de céder la place à ceux qui patientaient depuis une heure.
Mon planning tombe à l’eau, mais l’imprévu est là, puisque je
découvre la galerie Glénat, avec quelques œuvres d’artistes de
la maison, beau mais pas transcendant. 
Ledroit et Druillet dans la galerie Glénat, mais pas qu’eux…
Mais l’imprévu, malin
complice, me mène à l’excellente exposition Etienne Davodeau dans
la maison des peuples. Au cœur de ce lieu de réunion et de rassemblement, chaque pièce est consacrée à une BD de Davodeau. Vous pouvez découvrir tour à tour des extraits encadrés au mur de « Un homme est mort », « Les Ignorants », « Lulu femme nue » et « Le chien qui louche ». Autant d’univers différents exposés dans des pièces décorées de manière approprié. 

 

« Les ignorants », rencontre entre un vigneron et un auteur de BD, chacun initiant l’autre à son univers, exposée dans une pièce mettant en avant le vin.

Un lieu et une expo
qui valent le détour et surtout une belle occasion de parcourir l’œuvre d’un auteur éclectique, Etienne Davodeau.

Fort de cette belle rencontre, je retourne serein à
l’espace Franquin (encore et toujours, je sais) pour écouter la
conférence sur « Tintin, une suite ? ». Une
conférence de une heure quarante-cinq avec des invités de marque
pour parler de Tintin, d’un nouvel album de Tintin, des droits de
Tintin, de la vie de Tintin, ah oui, d’Hergé aussi. 

Malheureusement, rien de nouveau et je n’ai pas trouvé
grand intérêt à ce débat, tenant plus de l’échange d’idées
de gens assez d’accord sur le fond. Et à partir du moment où Nick Rodwell, de la société Moulinsart, ardent défenseur des droits de la famille Hergé, l’auteur de la phrase « il pourrait y avoir une suite à Tintin en 2054 », explique que c’était une boutade, je pense que tout est dit. Dommage que tout le monde n’était pas de cet avis.

Pour moi, cette conférence aurait pu se résumer à cette photo. On aurait tous gagné du temps !





Alourdi de ces deux heures perdues, je
me traîne vers le Pavillon des jeunes talents. Je fais bien
car j’y retrouve l’équipe d’Esprit BD, toujours vaillante et à
la pointe de la BD numérique, toujours dynamique et enjouée.
Edouard me présente le concours Digital Challenge, mais aussi les lauréats du concours jeunes talents dont les œuvres sont exposées, et qui profitent de la table ronde pour
dédicacer le catalogue de l’exposition.

 

Belle présentation des lauréats du concours tout au long du pavillon Jeune Talents




Puis, Je pars m’asseoir et écouter la
conférence sur la BD numérique faisant intervenir Thomas Cadène,
ainsi que Geoffo, Sarlis et entre autres un représentant de Comixology.

Conférence un peu courte sur la BD numérique




Nous avons droit à une présentation de Comixology, dont l’offre numérique est arrivée jusqu’en France. Suit l’interview d’artiste Turbomédia comme Geoffo et vient ensuite Thomas Cadène pour présenter Romain et Augustin, ainsi que ses deux approches, numérique et papier.

Et la journée se finit sur une pointe
d’énergie, car Je rencontre avec plaisir Malec à la fin d’une
présentation difficile sur le turbomédia. 

Avatar de Malec pour sa présentation turbomédia à Angoulême
 Malec (qui était présent) présentait le Turbomédia sur sa palette graphique représentée ici avec sa femme (qui ne présentait pas le turbomédia) sur les bancs de Paris (ou d’Angoulême pour la circonstance) par Malec lui-même.

Le pauvre en avait fait
plusieurs et sa voix était atteinte, cela ne l’empêche pas d’être
sur la brèche, ouvert à toutes les questions, palette graphique à
la main pour expliquer par l’exemple le fonctionnement de cette
technique de la BD numérique. 

Le turbomédia est un écran où défilent les cases de la BD et pouvant comporter quelques animations. Cette technique mélange dessin et flash. Un des soucis est que le flash n’est pas accessible sur les smartphone ou sur certaines tablettes. Une solution: le HTML5, méthode de programmation open source. Ce qui amène à la conclusion que le turbomédia nécessite un travail commun entre un programmeur et un dessinateur. Mais pour voir à quoi ressemble le turbomédia, rien de tel que le blog à Malec !

Un passionné pour une
discussion passionnée, instructive et
intéressante.




A côté de ce petit tour dans la BD
numérique, il y a une exposition papier classique mettant en avant
le travail de Marion Fayolle sur la tendresse des Pierres. Une exposition touchante sur un thème difficile. 

 Le pavillon Jeune Talent expose les dessins de Marion Fayolle

La scénographie simple présente quelques panneaux comportant plusieurs dessins de Marion Fayolle, extrait de sa BD « La Tendresse des Pierres ». Une BD abordant les thèmes de la mort, de l’amour, d’un père qu’on voudrait retrouver. Des dessins simples chargés de symboles forts.



Après cette découverte, je proclame la fin d’une longue journée dans le soir bleuté d’Angoulême.

 La cathédrale dans le soir naissant

Le dimanche matin, je
rempile pour la rencontre dessinée avec
Cosey. L’auteur de Jonathan a accepté de venir partager avec son
public ses techniques de travail, ses voyages – qui l’inspirent
de l’histoire jusqu’au dessin final – et donc un peu de ses expériences. 

 Cosey attend la fin de l’installation du plateau

Il nous raconte tout d’abord ses voyages, sa passion pour la montagne Tibétaine. Ses talents de dessinateur lui font saisir au vol quelques paysages ou personnage, et cela lui permet de créer un lien avec les gens, un lien immédiat, au-delà de la barrière de la langue. 
C’est de retour de ses voyages que commence le lent travail de maturation du scénario, qu’il construit dans sa trame, puis dans l’enchaînement des séquences, puis dans le découpage en planches en cases. 
Après cette longue étape, commence le dessin, le crayonné en noir et blanc, l’encrage, l’envoi à l’éditeur qui lui retourne sa planche en deux exemplaires, un calque avec l’encre, et une feuille avec les contours. Et alors, Cosey se met à la couleur.  
Un échange calme avec images, dessins et photos à l’appui. Un moment qui permet de mieux saisir comment se sont créés « Jonathan », « A la recherche de Peter Pan » ou encore « Le Voyage en Italie ».

Sur mon petit nuage Himalayen, j’enchaîne avec une exposition en
plein air, celle du journal de Mickey. En quelques panneaux ouverts à tous – et même à la pluie -, je redécouvre l’histoire de ce périodique, qui paraît toujours aujourd’hui et je compare le Mickey de mon enfance avec celui d’aujourd’hui. 

Le Journal de Mickey descend dans la rue

Puis je me rends au palais de
Justice pour découvrir l’expo « En chemin, elle rencontre »
du collectif contre les violences faites aux femmes. Cette expo présente quelques extraits de planches dessinées par différents auteurs, exposant les différentes formes de violence que peuvent subir les femmes, et ce même dans la vie de tous les jours. Ils sont justement complétés par des informations sur les peines qui sanctionnent ces violences. Le Palais de Justice est le lieu idéal pour donner du poids à ce propos et faire résonner qu’il y a des lois, et plus qu’on ne croit, contre ces délits, infractions et crimes ! 

Panneaux, espace et public. Beaucoup de monde pour cette expo.



Je finis la journée en assistant à
une dernière rencontre sur les modèles économiques dans la BD
numériques. Beaucoup d’intervenants pour une question de fond qui
soulève elle-même beaucoup d’autres questions. Citons dans le désordre, Cyril Pedrosa pour Professeur Cyclope,
Des représentants de Aquafadas, Comixology, Adrien Aumont de Kiss Kiss Bank Bank – qui a aussi un stand dans le Pavillon Jeune Talent – et Franck Bourgeron, de la revue dessinée. Dans la salle, j’ai la chance d’entrevoir Xavier Guilbert de Du9, qui a justement consaccré un article à la Revue Dessinée, et la malchance de le
rater à la fin de la rencontre. Dommage. 



Cyril Pedrosa parle de son expérience sur Professeur Cyclope



La conclusion de ce débat est simple : Tout reste à faire, le modèle économique unique n’existe pas, chaque projet doit faire son chemin pour trouver des financements et pouvoir naître. Aujourd’hui, il faut penser autrement pour trouver de l’argent, et tenter de forcer de nouvelles portes. 




Je quitte le théâtre D’Angoulême où avait lieu cette conférence, et là, soudain, je tombe nez à nez avec ces affiches : 

Non, le tri des papiers, ce n’est pas l’affichage public !

Vous ne les reconnaissez pas ? Normal, ce sont les affiches créées en direct devant mes petits yeux lors de l’exposition « La BD est dans la rue ». Maintenant, je sais où elles finissent : affichées dans les rues ! Les auteurs néerlandais sont allés jusqu’au bout de la démarche de leur expo, et j’ai le plaisir d’en découvrir la finalité. Bravo les gars ! 

Pris d’un nouvel engouement, je parcours la ville et saute jusqu’au pavillon jeunes talents car juste à côté, se trouve la
maison des auteurs d’Angoulême où s’est posée l’exposition «Ancrages »,
présentant le travail des auteurs en résidence dans la ville. Et à
travers de nombreuses planches, je découvre des talents américain,
argentins, chinois, iraniens… Des inspirations de tous pays, des
mélanges, des idées originales. Une pluie de recherches et de
créations. Etonnant et rayonnant !

Et encore, vous n’avez rien vu…



Alors que la cérémonie de clôture
commence, je refais un petit tour à l’espace Little Asia.
Oui, je
n’ai pas été invité à y assister, à cette cérémonie, et l’accréditation presse ne
suffit pas pour y rentrer ! 

Mais bon, revenons à nos moutons – ou plutôt, nos brebis de F’murrr – vous vous rappelez, ce pan de mur dédié aux dédicaces des auteurs Taïwanais de passage au FIBD ? Qu’est-il devenu ?

 Vite, une scie pour découper cette cloison et partir avec !

Et tranquillement, je vais me poser dans une des salles de lecture et dévore, pour finir le Festival
International de BD en… BD, les albums parus au Lombard  « Gauguin, Loin de la route » et « Thoreau, La vie sublime » écrits tous deux par Maximilien Leroy et dessinés respectivement par Gaultier et Dan. 

 Gauguin, Loin de la Route… Culture, découverte, plaisir, tout en Un ! 

Et
sur les coups de dix-huit heures, je quitte le centre ville pour
assister à un beau coucher de soleil. 

 Le soleil se couche sur la ville d’Angoulême

Belle fin de journée pour
Angoulême, son festival, ses visiteurs, ses auteurs, ses bénévoles et organisateurs et malgré ces quelques déceptions, j’éprouve la folle
envie d’y retourner l’année prochaine.

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