mardi 16 août 2022

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LA POUSSIERE DU PLOMB – la chronique d’une BD fleuve !

couverture de "La Poussière du Plomb" de Labbé, heinry et Robin chez Delcourt
Titre:
La Poussière du Plomb

Auteurs :
Henri Labbé & Dominique Heinry (scénario) et Alexis Robin
(dessin)

Editeur :
Delcourt

collection
: Encrages

Année :
2016

Pages
: 224





Résumé :

16
mai 1974, nouvelle édition du Giro, le tour d’Italie, compétition
cycliste qui attire les foules. Toute la police est mobilisée pour
surveiller au bon déroulement de cet fête sportive nationale. Au
même moment, un braquage se produit dans les rues de Rome.

2004,
en France, différents événements se déroulent simultanément. Une
naissance va avoir lieu, un homme doit prendre le train mais il est
visiblement espionné et un autre, en fauteuil roulant, reçoit son
journal du matin.

Quel
est le lien entre toutes ces histoires, tous ces personnages ? Le
braquage de 1974 ? Non, il faut remonter bien avant, en 1969, dans
les rues de Rome frappées par la chaleur et surtout par les
manifestations d’extrême-gauche, d’extrême-droite, les
revendications et les menaces armées, les meurtres et les trafics,
bref, il faut se replonger dans les années de plomb et suivre des
jeunes que l’Histoire va balloter pour le meilleur et pour le pire…





Mon
avis :

Après
une brève introduction de Henri Labbé pour nous remémorer ou nous
faire découvrir le contexte de ces années de plomb, on rentre
direct dans l’histoire avec le braquage du Giro.

Le
récit effectue des aller-retours dans le temps et aussi dans
l’espace, suffisamment longtemps pour nous intriguer et nous faire
nous questionner sur ces personnages que l’on croise. Puis, il se
pose et la chronologie reprend ses droits mais il va falloir un temps
pour s’habituer à ces sauts dans l’espace. Ces changements rapides
de lieu sans avertissement m’ont gardé attentif et m’ont aussi mieux
immergé dans cette BD. C’était à moi de faire l’effort pour
resituer tout le monde. Effort qui s’avère nécessaire car cette
histoire mélange pas mal de monde, de générations, alors entre les
enfants, les parents, les collègues, les différents milieux, vous
pourrez facilement vous perdre. Mais pouvait-il en être autrement
pour retracer le destin de cette bande de jeunes qui voulaient
« juste » changer le monde dans ces années complexes de
violence et de folie ?

Cesare,
Michel, Marcello, Marco, Alberto, Anna, Penka… Chacun pourra
s’attacher à l’un de ces personnages tous différents de caractère,
à ceux qui vont se révolter, ceux qui vont baisser les bras, ceux
qui vont se détester ou bien s’aimer.


Pour
certains, à la révolte politique se mêle aussi le défi de
l’autorité des parents. Mais quelles que soient les raisons, ils
seront tous amenés à un moment ou à un autre à prendre des
décisions drastiques et à le payer plus ou moins cher. Beaucoup des
jeunes de la bande se construisent dans leur révolte contre l’image
de leur parents.

Au
fur et à mesure des événements, on comprend les liens existant
entre les différentes « factions » qui s’opposent sur le
plateau politique tout autant que dans l’ombre. On comprend comment
chacun tire ses marrons du feu et on saisit aussi que certaines
alliances ne sont pas neutres. Michel navigue en eaux troubles.
Cesare se cherche, Marco et Marcello, les deux frères, se rebellent
chacun à sa manière, Alberto tente de canaliser tout ce petit
groupe.

Au-delà
de la politique, on sent aussi le souffle libertaire de mai 68, de
l’amour libre, de cette utopie folle qui fait croire que tout est
possible, dès aujourd’hui !

Dans
ce ballet incessant où la situation va en empirant, chacun mène sa
barque, chacun découvre un aperçu de la toile. Mais nous, lecteurs,
nous avons la vision globale de la situation et nous nous inquiétons
pour eux qui ne l’ont pas et qui s’égarent sans le savoir.

Ce
gros pavé se révèle donc être une BD passionnante.

Une
chronique sur des décennies où nous voyons grandir, murir,
vieillir, se perdre, et peut-être se retrouver ces humains, si
proches et si loin de nous pourtant… Et au travers de ces
décennies, on sent le style, la mode, le monde qui évoluent aussi.
Cela, on le perçoit surtout dans le dessin de Alexis Robin.


Page extraite de "La Poussière du Plomb" de Labbé, Heinry et Robin chez Delcourt
Et non, ce n’est pas là que tout a commencé…


Le
graphisme réaliste nous ramène dans cette Italie des seventies. Un
petit regret de ma part, j’ai eu parfois du mal à différencier
physiquement certain personnages selon les cases. Seule la situation
m’a permis de comprendre avec qui j’étais. Je pense particulièrement
à Marco et Cesare ou au père d’Alberto et à celui des deux frères.
Les décors soignés et presque esquissés parfois savent nous
recentrer sur les personnages, le cœur de cette épopée. Les
couleurs nous offrent des belles teintes fortes, un choix tranché de
ne pas tomber dans un réalisme net mais dans des ambiances,
correspondant à des époques. Un effet annoncé par la couverture,
mais encore plus marqué dès que vous entrez dans la BD. En fait, la
BD est en noir, blanc et une teinte variant selon les époques donc,
ocre, vert, bleu… Une teinte légère mais qui domine et donne un
aspect moins sec que le noir et blanc pur, et fort agréable à la
lecture.

La
composition se découpe en planches de deux à cinq bandes de une à
quatre cases. Les auteurs jouent aisément avec les tailles et
longueurs des cases qu’il renforce en faisant varier les cadrages.
Plongée, plans serrés sur les regards, plans larges sur nos héros
qui détalent, le jeu est bien mené et l’action reste toujours
lisible, malgré les ellipses qui nous emmènent d’un coup d’œil
d’un lieu à l’autre. Ce jeu de va-et-vient, avec ces cadrages et
cette composition, rendent la BD très dynamique.

A
l’image d’un Romanzo Criminale, nous suivons une bande mais cette
fois-ci, une bande qui ne souhaite pas basculer dans le crime, une
bande à la frontière du bien et du mal. Une frontière que ces
années de plomb ne leur permettront pas de tenir bien longtemps.



Vous
aimez les drames historiques, les histoires d’amitié qui survivent –
ou pas – au temps qui passe, l’Italie sous la chaleur de l’été,
les utopies, les récits chorales, alors vous aimerez à coup sûr La
Poussière du Plomb.



Zéda
solutionne les années de plomb !



"LES ANNEES PLOMBENT", strip de Zéda pour chronique 7BD sur "La Poussière du Plomb" de Labbé, heinry et Robin chez Delcourt




David

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