Des dessins au sens mystérieux
Dans ce deuxième tome, Uketsu se consacre à l’histoire de la famille de Yûta, sans détours. On ne voit pas nos deux « détectives de l’étrange amateurs ».

Cette fois-ci, on va s’intéresser à un étrange dessin du petit garçon. Fait à l’école pour la fête des mères, il comporte une étrange tache grise qui va donner à réfléchir à sa maman et son institutrice. Cette tache révèle-t-elle un harcèlement ? Est-ce une indication d’un dysfonctionnement familial ? Toutes les hypothèses sont envisagées… Sauf peut-être la plus simple : il a fait une tache.
Ah. Oui. Désolé d’être trivial, mais il y a une limite à ma crédulité et ce tome m’a complètement perdu : les explications sont carrément déjantées. Il faut voir la maîtresse prête à accuser la mère de maltraitance pour une vulgaire trace de gomme sur un dessin pour se dire qu’Uketsu monte des plans sur du vide.
Et que dire des explications scientifiques ? Les enfants ne dessinent pas ce qu’ils voient : uniquement leur ressenti. C’est vrai des tout-petits enfants qui voient un bonhomme dans une patate, mais c’est oublier que le dessin est un moyen d’échange et d’apprentissage : le bonhomme-patate n’est pas une représentation « naturelle », c’est le fruit d’un entraînement qui permet d’intégrer socialement l’enfant. Sans entrer dans les détails, le postulat selon lequel l’enfant à qui on demande spécifiquement de reproduire un modèle ne part pas dans une représentation imaginaire selon ses sentiments intimes (le losange a des pointes, il pique… Euh, il a bu quoi le scénariste ?).

Bref, toute l’histoire qui est censée tourner autour de ces étranges dessins tombe complètement à plat.
Une famille atypique
On s’intéresse davantage à l’intrigue autour du mystérieux individu qui suit Mme Konno et son fils. Mais là encore, les ficelles de scénario dignes d’un « Souviens-toi l’été dernier 25 » nous détourne de l’angoisse qu’on est censé ressentir. L’héroïne n’appelle par exemple pas la police, elle attend patiemment que le stalker fasse son entrée pour le poignarder. Tellement évident et logique. Au secours
Une bonne partie du tome tourne autour de la disparition de Yûta.

C’est la partie la plus intéressante du volume. L’auteur donne enfin un sens moins tiré par les cheveux au fameux dessin. Du coup l’histoire retombe un peu dans ses rails. On va découvrir de nouvelles informations sur sa « maman ». Or, dès le début c’est ce personnage qui nous intéresse. Uketsu éclaircit ses relations avec son mari et son « fils ». Mais il lâche au passage des informations qui renforcent le mystère. Voilà la partie qui me plaît le plus. Peut-être qu’un thriller sans les « Strange Pictures » aurait été plus à mon goût !
Un dessin efficace, un scénario défaillant
Graphiquement, j’ai mieux aimé ce tome 2 que le précédent : la mise en page est efficace. Aiba noircit le trait au sens propre quand les scènes s’assombrissent. Les cadrages se resserrent, les champs-contrechamps sur les ombres, le jeu des gros plans sont très bien maîtrisés.

Les trait des visages sont soignés. La lumière s’éclaircit pour les scènes plus familiales. A l’école, par exemple, tout est léger et mignon. Le contraste est parfait et devrait nous guider.
Malheureusement cette belle mise en images est ruinée par les incohérences de scénario. Ça ne tient malheureusement pas debout, à moins de vouloir vraiment marcher dans la combine et lire le manga avec des œillères. Les miennes sont tombées, je n’arrive pas à les retrouver…






