Nostalgie puissance 10
Dès les premières pages Frantz Duchazeau nous plonge dans un lointain passé. Nous suivons Pierre un garçon de 7/8 ans qui vit à Angoulême. Il est calme, posé et il observe ses camarades sans vraiment les comprendre. Ce qu’il comprend, c’est que ses parents semblent curieusement éloignés l’un de l’autre et de nombreuses failles émaillent leur mariage.

Obsédé par le temps qui passe, la vie, la mort, il photographie tant qu’il peut pour figer son monde. Mais celui-ci évolue inexorablement. Tout passe, tout change et quand on en prend conscience, on quitte l’enfance. Ca peut être désespérant pour les plus sensibles.
Dans mon titre, je cite les Fatals Picards, même s’ils ne sont pas dans la playlist fournie par l’auteur, beaucoup plus classique. « Après l’enfance en gros c’est mort », le résumé est le même que celui de l’album. J.M. Barrie, l’auteur de Peter Pan, était encore plus pessimiste, lui qui fixait la limite à deux ans ! (« Wendy sut qu’elle était condamnée à grandir. À deux ans, tout enfant le sait. Deux est le commencement de la fin »)
Pierre veut que rien ne change…
L’Âge de Cristal, un fil rouge
L’âge de Cristal est une réédition révisée par l’auteur d’un album de 2017 chez Casterman (Pierre de Cristal). Il contient par ailleurs 4 pages inédites.

S’il n’est peut-être pas autobiographique, il faudrait demander à l’auteur, l’album s’appuie visiblement sur les souvenirs d’enfance de celui-ci. Il se passe en 1978 (pas de date dans l’histoire, mais, hé, l’affiche du premier film Hulk dans la rue et la couverture du Rahan acheté par Pierre ne laissent pas de doute). L’histoire se passe dans la région d’Angoulême, ville de l’auteur.
Et surtout y reviennent comme un leitmotiv des extraits de « L’Âge de Cristal », une série de SF qui a marqué ses spectateurs à l’époque. Contre-utopie, elle relatait les aventures de Logan 23 et Jessica 6, habitant la Cité des Dômes, lieu clos où vivent les survivants d’un holocauste nucléaire. Logan découvre que la vie à l’extérieur du Dôme est de nouveau possible et se récolte. En effet, dans le Dôme les humains « ressuscitent » au cours d’une cérémonie mystique lors de leur 30 ans. Il va de soi qu’ils sont en fait exécutés pour éviter la surpopulation. Les habitants des Dômes ont un cristal implanté dans la paume de la main qui vire au noir quand la date fatidique arrive. Tout le feuilleton tourne autour de la fuite de Logan (Logan’s Run, en version originale).

Pierre est obsédé par le temps qui passe, par le changement, par la mort et par ce feuilleton qui traite tous ces thèmes à sa façon.
Une œuvre douce-amère
Duchazeau explore cet été très particulier pour Pierre. Il craint, avec raison que ses parents divorcent. Ceux-ci l’envoient passer des vacances chez ses grands-parents. C’est certes un monde et un époque figés chez eux. Cependant les personnes âgées renvoient souvent au deuil. Sans compter les mœurs rustiques de la campagne qui ne donnent pas dans la dentelle.
L’auteur nous promène le long des chemins de la nostalgie dans ce bel album de 160 pages. Je ne sais pas si des lecteurs plus jeunes trouveront leur compte dans cet album, même si on peut être nostalgique à huit ans, voir le héros.

Graphiquement, le noir est blanc est judicieux. Les cases de décor sont particulièrement détaillées et superbes. J’adhère moins au choix de l’auteur de garder un aspect croquis pour ses personnages. Ils sont plutôt minimalistes et « griffonnés ». Ayant beaucoup aimé ma lecture, je dois bien admettre que la narration fonctionne très bien. Cela ne m’a pas empêché de regretter à de nombreuses reprises le côté sommaire des personnages. Des dessins plus fouillés m’auraient beaucoup plu. Que ce bémol ne vous retienne pas de lire ce très beau livre.






