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Candy superstar ou les muses du pop, la BD d’une époque

Série : –
Titre : Candy superstar ou les muses du pop
Auteurs : Claire Translate (scénario), Livio Bernardo (dessin)
Éditeur : Delcourt
Collection : Encrages
Année : 2025
Pages : 296
Résumé d’une histoire engagée:
New-York, juin 1963. Dans un café, Holly écoute agacée les conseils d’une amie afin que « les femmes comme elles » s’en sortent dans la rue. A ce moment-là, Candy, marche passe devant la vitrine, se fait prendre à partie par un homme, l’envoie balader et se fait écraser son cône de glace sur le visage. Holly et son amie interviennent pour calmer le jeu. Ce qui confirme qu’il faut faire profil bas, quand on est trans à NY, en 1963. Mais Candy et Holly n’ont pas l’intention d’accepter ce système…
Le scénario d’un récit choral:
A travers l’histoire de Candy, Holly et Jackie, ce n’est pas seulement la vie des personnes trans que Claire Translate aborde dans cette BD, c’est aussi l’effervescence artistique de l’underground new-yorkais, avec Andy Warhol et Lou Reed, par exemple. Certes, les trois héroïnes sont appelées à une destinée unique, bien différentes du commun des mortels, mais pour autant, en assumant leur transidentité, elles ont fait faire un véritable pas à la cause. En apparaissant sur grand écran pour ce qu’elles sont, elles ont imposé, qu’elles le souhaitaient ou non, le fait qu’elles existent, qu’elles étaient là et qu’on ne pouvait les ignorer en tant qu personnes trans.
Dans cette décennie que l’on traverse, on découvre aussi les conditions de vie des trans, entre rejet, agression, injustices policières, tout était bon pour les rabaisser, leur faire sentir leur différence. Au même titres que les gays et les noirs à la même époque, elles subissaient de flagrantes injustices, un déni total de reconnaissance.
Cette BD retranscrit ainsi l’ambiance des sixties américaines, les défaites et les victoires des minorités à travers le quotidien de Candy, Holly et Jackie. Claire Tanslate sait garder la petite histoire dans la grande, en nous dépeignant des personnages humains, devenus des icônes, avec leur qualités et leur défauts. Cette BD ne porte pas aux nues ces trois héroïnes, elles nous racontent leur choix de vie et leur évolution, en gardant une juste distance.
De même, les superstar accomplies, comme Andy Warhol, ou naissante, comme Lou Reed, sont montrées sous leur vrai jour. Des êtres humains avec leurs défauts, leurs colères, leurs bassesses et leurs rêves.
Le récit est découpé en chapitres qui portent comme titre des extraits de la chanson de Lou Reed « Walk on the wild side ». Certes, cela correspond à l’époque, mais cette chanson évoque les personnages de la BD, ou plutôt, la BD et la chanson nous parlent des trois mêmes personnes. Le lien était logique.

© Éditions Delcourt, 2025 —TRANSLATE, BERNARDO
Le dessin pluriellement monochrome:
Livio Bernardo opte pour un trait fin, stylisé et trace des personnages élancés. Il fait des choix de couleurs drastiques. Les cases sont principalement monochromes, noir, blanc et une couleur, à quelques exceptions près. Ces teintes très douces varient du bleu au rose, en passant par le vert. Les changements de lieu, de moment permettent de glisser vers une autre couleur.
Le travail des hachures apportent aussi une densité au dessin et se marie bien avec ces monochromies, que ce soit dans les salles obscures ou dans les rues de New-York.
Les compositions mélangent des découpages en cases petites et serrées et de grands dessins pouvant couvrir la moitié de la page, voire la page entière.
Cette BD étonnante, qui nous offre sa bibliographie variée à la fin, nous immerge vraiment dans le passé et recrée une ambiance particulière avec ses choix graphiques tranchés.
Conclusion d’une BD biopic:
Candy Superstar nous permet de mieux comprendre la situation des personnes trans dans le New-York des années soixante et de découvrir cette effervescence de l’underground artistique.
Zéda rencontre Candy !





