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Walking Dead, T1 : Passé Décomposé


Titre : WalkingDead T1 Passé décomposé
Editeur : Delcourt
Auteurs : Robert Kirkman, Tony Moore & Charlie Adlard
Année : 2007 (En français)


Résumé :
Rick, policier du Kentucky, tente de calmer un forcené aidé par son collègue Shane. Malheureusement, il reçoit une balle et perd conscience. Quand il se réveille, il se trouve dans un hôpital. Il sonne, appelle, mais personne ne vient le voir. Rick découvre que beaucoup de choses ont changé pendant son coma. Les vivants ont disparu et les zombies pullulent. Ceux-ci ne peuvent pas courir. Ils marchent lentement, n'ont plus aucune conscience humaine, se nourrissent de chair fraîche et ne meurt pour de bon que si on leur fend le crâne. Horrifié, notre héros parvient néanmoins à surmonter son dégoût pour partir à la recherche de sa femme et de son fils tous deux disparus. Sont-ils encore vivants ? Peut-être morts ? Ou pire, morts-vivants ? Rick est-il le seul survivant de ce cauchemar ?


Une nouvelle histoire de zombies qui marchent à deux à l'heure en marmonnant des Euhhh et des Arrrhhh ? J'aurais tendance à dire oui.
La BD est arrivée en France en 2007 mais sa sortie US date de 2003. Bon, notons que la nuit des morts-vivants de Georges Romero date de 1968.
Le calcul est simple. 35 ans avant Walking Dead, sort ce film qui changea la face du cinéma de genre horreur. Un résumé : Les gens transformés en Zombies hantent les rues et une poignée de survivants tentent de s'en sortir. Les morts marchent à deux à l'heure et marmonnent des Euhhh... Arggg. Ils se nourrissent de chair humaine, n'ont plus de conscience et ne meurt que si vous leur explosez la tête.
Ca vous rappelle quelque chose ? Ah oui, c'est aussi le résumé de Walking Dead.


Un an avant la sortie US de Walking Dead, en 2002, sortait « 28 jours plus tard » sur nos écrans. Jim, le héros, après avoir voulu libérer des animaux condamnés aux expérimentations, se fait blesser, tombe dans les vapes et se réveille de son coma à l'hôpital. Il sonne, appelle, mais personne ne vient. Il quitte l'hôpital pour tomber dans une ville (Londres) désertée. Où sont les vivants ? En tout cas, les morts sont bien là et coursent Jim pour le dévorer tout cru ! Oui, dans ce film, ils courent, ce qui les rend dramatiquement plus effrayants.
Ce réveil à l'hôpital vous rappelle quelque chose ? Ah oui, l'intro de Walking Dead.
Bon, cette BD, finalement, n'apporte pas grand-chose au monde des histoires de Zombies ! Ce serait parler un peu vite. Il me semble que Walking Dead est la première tentative réussie de décliner une histoire de Zombies en série. Là où le bât blesse, c'est qu'une histoire de survivants qui se déclinent en série, ben, vous n'êtes pas trop inquiet pour votre personnage principal. Il doit bien tenir un paquet d'épisodes, non ?
Vous n'êtes pas inquiet pour les enfants non plus. Oh, un enfant mangé par un zombie, on va pas pousser la violence si loin. Et puis faut les garder pour des épisodes ultérieurs. Vous êtes inquiets pour les personnages secondaires ? Oui. Mais bon, dans tout bon film de Zombies, on a pris l'habitude, depuis Romero, (1968, rappelons-le, et il y en a eu des cohortes d'histoires de Zombies depuis) de les voir partir en ragoût très rapidement. Si vous partez d'un groupe de dix survivants, vous vous doutez que pour tenir le suspense, on va perdre du monde en cours de route. On écarte le héros et les enfants...
Disons-le, Walking Dead est une série sympathique, mais elle n'apporte pas grand-chose dans la grande frise chronologique des histoires de Zombies.
L'histoire du tome un est construite de manière classique. Le héros découvre au fur et à mesure les changements apparus. Le groupe de survivants qu'il rencontre est composé de personnes au caractères différents, mais dans ce tome, seul la tension entre Rick et Shane, son ancien collègue qu'il retrouve, sert de nœud dramatique. Et il est résolu à la fin du tome.
Le danger des zombies ne reposent pas sur leur caractéristique, mais sur leur nombre et le risque de morsure qui transmet l'infection (ça aussi, ça existait déjà chez Romero).
L'objectif de Rick est fort, sauver sa femme et son fils. Ce pourrait être le leitmotiv de toute la série, mais en fait, bonne surprise, il les retrouve rapidement. Et l'objectif devient protéger sa femme et son fils, ainsi que les autres survivants.
Pour moi, à part ces petites astuces et originalités du scénario, Walking Dead reste une série de Zombie classique qui s'inspire beaucoup (trop peut-être) de ses aînés.
La force de Walking Dead repose sur sa déclinaison en série qui a visiblement happé tout un public. Je ne peux me prononcer sur la suite, ne l'ayant pas lu, mais je peux dire qu'en refermant le premier tome, j'ai pu continuer ma vie sans jamais être en manque de la lecture des tomes suivants. Il faut en effet reconnaître qu'à mes yeux, une grande ombre de déjà-vu plane sur cette série BD.
On pourrait dire que ce sont les humains qui font l'histoire, certes. On pourrait ajouter aussi que cela nous renvoie à nos propres choix dans de telles situations extrêmes, certes. Je constate simplement que ces questions sont déjà soulevés depuis trente ans, depuis Romero, et que Walking Dead n'apporte pas de réponse supplémentaire. Il en apporte même moins, car tout au long de ce tome, Rick n'est jamais confronté à un vrai dilemme ! Imaginez le personnage (lui ou un autre) dans une situation où sa femme est en danger, et de l'autre, son fils est en danger. Qui va-t-il aider ? Pourquoi ? Que ferait-on à sa place ? Là serait une vraie situation de choix. Moins cruel : Il n'y a pas assez d'armes pour tout le monde. A qui les donner ? Comment vont réagir ceux qui n'en ont pas ? Et si on pousse plus loin, en prenant la même situation avec la nourriture. Comment répartir les provisions ? Qui ne mangera pas ou peu ? L'acceptera-t-il ? L'accepterions-nous ?
Mais là, les solutions sont simples, dangereuses, certes, mais simples. Il n'y a pas assez d'armes ? Ben, allons en chercher en ville. Il n'y a plus à manger ? Ben, allons chasser.
Les zombies attaquent, ben, tout le monde est regroupé, comme ça, sauver le groupe, c'est sauver tout le monde. Pas de choix cornélien à faire.
Et après réflexion, c'est cela qui manque dans ce premier tome : la situation critique, le dilemme insoluble qu'il faudra résoudre et qui coûtera cher, quelle que soit la solution trouvée. Le choix angoissant qui me projetterait aux côtés de Rick et me ferait peur, celui qui me ferait oser la question : et si ça avait été moi ?

Point de vue graphique, le trait réaliste ne manque pas de punch. Les personnages sont expressifs, les décors et les morts traités de manière vraies.
La distanciation avec ce monde dur est faite par le choix du noir et blanc. Cette absence de couleur atténue la violence des événements et des images.
Le cadrage s'aventure dans beaucoup de directions. Démarrant dans une structure classique de trois bandes de une à trois cases, il bascule complètement quand Rick découvre le monde qui l'entoure. Un dessin peut alors être entouré de cases, comme si elles étaient posés sur la planche occupée initialement par le dessin pleine page. L'action, située dans une partie de la planche, permet de créer l'espace pour placer les autres cases.
Ce traitement de mise en page donne plus de force et d'impact aux scènes intenses. Quand Rick et Glenn tentent de récupérer des armes en ville, ou quand les zombies attaquent le camp par exemple, sont des scènes d'autant plus fortes que le cadrage est plus travaillé et rompt avec les moments plus calmes.
J'ai beaucoup apprécié que les dessinateurs n'hésitent pas non plus à réaliser des dessins pleine page, juste pour faire passer une émotion, une panique, un soulagement. Ces choix graphiques sont vraiment au service de l'histoire et apportent, à mon goût, une charge émotionnelle supplémentaire à la BD.

J'ai pris plaisir à la lecture de ce premier volume, sans toutefois bien comprendre l'engouement qu'il a créé. Je trouve qu'il ne s'agit ni plus ni moins d'une nouvelle histoire de morts-vivants. Les personnages ne me semblent pas spécialement originaux et ce premier tome reste dans un esprit politiquement correct. Je pense qu'il aurait fallu pousser le curseur plus loin, qu'il aurait fallu plus de tensions entre les survivants, plus de rancœur, de refus, d'opposition. Tout ce petit monde s'entend trop bien. Je m'inquiète pour le groupe, contraint de faire face au monde hostile. Je préférerais m'inquiéter sur les membres du groupe, et les conséquences des choix de chacun sur le groupe et sur sa survie dans ce monde perdu.
Mais peut-être que tout cela change avec la suite...

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