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The Crow, édition définitive, la BD d’une douleur

Série : The Crow
Titre : Édition définitive
Auteurs : James O’Barr (scénario et dessins)
Éditeur : Delcourt
Collection : Contrebande
Année : 2025
Pages : 272
Résumé d’une histoire morbide :
Un voleur vient de commettre un cambriolage. Après son larcin, il tombe sur un homme étrangement grand, maquillé de blanc, comme un clown, mais tout de noir vêtu. L’inconnu cherche un groupe d’individus et menace le voleur de torture. Ce dernier raconte tout ce qu’il sait, de peur de mourir. Il mourra quand même et « The Crow » continuera sa quête de vengeance…
Le scénario d’un récit entre peine et douleur :
Certains d’entre vous ont peut-être connu et même vu « The Crow », le film légendaire où Brandon Lee trouva la mort. D’autres se rappellent peut-être la série avec Marc Dacascos (qui est toujours en vie). Et les plus jeunes pensent à la sortie d’un nouveau film mettant en scène le personnage de « The Crow » il y a quelques mois de cela. Trois adaptations, une même origine, ce comics du siècle dernier. Un récit ténébreux, une soif de vengeance et non de justice menée par Eric, qui a perdu sa femme dans une horrible agression. Il a aussi perdu la vie, mais le voilà revenant d’entre les morts, avec pour objectif de se venger.
Ce récit très étonnant n’est pas simplement l’histoire d’un massacre par un fantôme revenu parmi les vivants. The Crow peut sentir les souvenirs des autres, il s’en sert pour les effrayer, parfois les comprendre. Certains acceptent leur destinée, d’autres refusent. Il y a quelques scènes d’action, mais elles sont contrebalancées par les scènes où Eric souffre en se rappelant ces moments de bonheur avec Shelly, où il s’auto-mutile, où il s’injecte des doses massives de drogue, déchiré par la douleur de ses souvenirs, dans l’ancien appartement où il vivait en couple.
Des poèmes de Rimbaud, de Baudelaire émaillent le récit, où le déchirement de la perte n’est pas étanché par la vengeance et la violence. Que devra faire Eric afin de trouver la paix, une fois la vengeance atteinte ? La réponse est dans la conclusion de cette BD que je vous laisse découvrir. L’introduction nous resitue ce comics dans l’époque de sa sortie, et explique surtout les conditions de sa création. James O’Barr souffrait de la perte d’un être cher, dont il se sentait responsable, cette BD a été un exutoire pour tenter de reprendre vie et d’avancer. Il lui a fallu des années pour cela. Si le comics est sorti à la fin des années quatre-vingt, c’est aujourd’hui que James O’Barr met un point final à cette histoire.
Le temps a passé, les contraintes techniques l’avaient poussé à faire des choix, il n’avait pas la véritable fin à l’époque, trop bouleversé. Et maintenant, il a pu mener le projet au plus proche de ce qu’il voulait. Il a rajouté des planches et apporté la véritable conclusion. Si vous n’avez pas lu « The Crow », c’est l’occasion de découvrir cette œuvre à part, avec sa narration particulière, ce jeu de chasse sans tension, tant le personnage est bien plus puissant que ses ennemis, ses déchirements intérieurs, avec ce corbeau qui parle, rappelant celui d’Edgar Allan Poe, ses curieuses silhouettes qui traversent l’image parfois, la dame en noir, la mort. Un récit étonnant avec toutes ses faiblesses et ses forces et l’ombre de Baudelaire planant sur une ambiance rock, voire punk.

Le dessin brut, noir et blanc :
Le dessin de James O’Barr est réalisé complètement en traditionnel, noir et blanc à l’encre et trames de gris papier, appliquées sur la planche. On sent la différence entre les ajouts et l’ancienne version initiale, parfois un peu maladroite dans certaines scènes, notamment l’action. La BD est sombre, mais pas gothique, le noir est présent, mais pas étouffant comme il aurait pu l’être. Au contraire, c’est de temps en temps au sein d’une blancheur marquée qu’Eric souffre au contact de ses souvenirs. L’ombre est plus en lui qu’autour de lui.
Parfois, on voit l’évolution du dessin dans la silhouette et le visage du personnage, qui peut varier. Mais James O’Barr n’a pas reculé devant la représentation du corps mutilé de son protagoniste, tranché, percé de balles, subissant la rédemption par la douleur, pour la faute de n’avoir pas su protéger sa petite amie.
Le noir et blanc, les corps musculeux, les hachures nombreuses créent une distanciation avec l’univers sombre de l’histoire. C’est presque plus avec curiosité qu’avec un coup à l’estomac qu’on redécouvre cette BD qui a marqué son temps. En lisant l’origine de sa création, on en comprend la noirceur. Et on découvre cette chute que je n’aurais peut-être pas comprise sans avoir lu la préface et la postface de cette nouvelle édition.
Conclusion d’une BD discordante :
Les particularités de cette BD ne l’ont pas empêchée de trouver son public, et de taper dans l’œil de producteurs et de réalisateurs. Et c’est une bonne chose. C’est encore plus intéressant, aujourd’hui, plus de trente-cinq ans après sa sortie en 1989, de découvrir l’original.
Zéda rencontre Eric « The Crow ».



