mardi 28 mai 2024

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Ma petite Louve, la chronique qui hurle à la lune

Ma petite Louve, la BD d’une douleur familiale à surmonter

couverture de "MA PETITE LOUVE " de Camille Garoche paru chez Delcourt.

Titre : Ma petite Louve
Auteurs : Camille Garoche (scénario et dessins)
Éditeur : Delcourt
Collection : Hors collection
Année : 2024
Pages : 160

Résumé d’une histoire rude :

Un loup dans une forêt voit passer au loin, sur la route, une voiture. Dans l’automobile, Anouk, son petit frère Sasha et son père qui quittent la ville pour emménager à la campagne. Les deux enfants se disputent jusqu’à ce qu’ils voient une banderole appelant à l’extermination des loups. A côté de la banderole, le cadavre d’une brebis sanguinolente. Les enfants sont choqués. Où sont-ils tombés ?
L’étonnement passé, ils sont accueillis dans leur nouvelle demeure par leur oncle Thierry, charpentier mais surtout chasseur, et en ce moment, chasseur de loups. Le courant ne passe pas entre Anouk et Thierry. Quant à Sasha, difficile de savoir ce qu’il pense, il ne parle plus…

Le scénario d’un combat:

Oui, pour moi, cette BD est le combat d’Anouk, un combat qui prend de nombreuses formes. Le combat pour garder le contact avec son petit frère qui s’est coupé des autres par son mutisme, le combat avec son père pour avoir son attention, alors qu’il s’enferme le soir pour regarder de vieilles cassettes, le combat contre son oncle avec qui elle ne s’entend pas et qui n’aime pas son attitude, le combat contre ces nouveaux camarades qui ne l’acceptent pas et le combat pour sauver des louveteaux dont la mère a été abattue par Thierry. Ce dernier point va impacter tous les autres.
Et il y a aussi un autre combat, sous-jacent, qui se révèle au fur et à mesure de l’histoire.

Avec ce récit difficile, Camille Garoche nous offre une belle histoire d’amitié et de compassion. Elle aborde plusieurs sujets et parvient à les mêler pour tisser une trame cohérente qui nous retient dans le récit.
Anouk porte beaucoup trop de poids sur son dos. Jeune adolescente, elle ne peut que se rebeller pour exprimer sa colère mais ces cris sont aussi un appel à l’aide. Ado rebelle certes mais responsable, elle s’occupe de son petit frère alors que son père semble aux abonnés absents. Entêtée, fonceuse, attentive, Anouk attire l’attention, en bien ou en mal, de son entourage. Et ces camarades de classe, qui vont s’opposer à elle ou l’accompagner dans ses luttes, donnent toute une galerie de personnages avec eux aussi leurs qualités et leurs défauts.
De même, les adultes, le père d’Anouk et Sasha ou Thierry, leur oncle (le frère de leur mère), apparaissent, au fur et à mesure de l’histoire, plus complexes que leur attitude ne le laisse penser.

page de "MA PETITE LOUVE " de Camille Garoche paru chez Delcourt.

Le dessin tremblant tout en émotion :

Camille Garoche trace d’un trait fin, crayonné, presque tremblant, les contours des personnages et de certains décors. Rien ne semble solide, les gens, les bâtiments, tout est fragile, sauf la nature. Les arbres et les buissons encadrent les habitations et s’imposent discrètement. Pour la nature, Camille Garoche fait abstraction de l’encrage, les couleurs définissent les contours. C’est ce qui donne cet aplomb aux arbres, alors que les personnages et les bâtiments ont ces lignes de contours caractéristiques.
Et c’est effectivement la nature qui va apporter la force à ces humains qui en manquent, qui sont en lutte constante, qui n’ont plus de stabilité.

Les ombres, aux traits ou réalisées avec une texture rappelant le fusain, ou encore représentées par un voile de couleur plus foncée, sont d’une variété qui assouplit le dessin. Et la nuit, bien sombre, entre noir dense et bleu obscur, tranche avec le jour. Seules les silhouettes et les faisceaux jaunes des lampes-torches trouent l’obscurité.
Les couleurs éclatent le jour et disparaissent la nuit. Pourtant, dans ce royaume nocturne où les enfants n’ont pas leur place, Anouk et Sasha vont intervenir, pour aider les louveteaux.
J’ai trouvé ce graphisme travaillé, agréable, pensé pour être au service de l’histoire et du message de ce récit. Tout comme le titre, qui prend encore plus de sens à la fin de la BD.

Conclusion d’une BD réussie :

Ma petite Louve touche autant par ses personnages que par les multiples combats que mène Anouk. Les thèmes savamment entrelacés touchent juste et font ressentir la vie, complexe, injuste, mais parfois pleine de belles surprises.

Zéda croise Anouk !

"LOUP, Y ES-TU ?" strip de Zéda pour illustrer chronique 7BD sur "MA PETITE LOUVE " de Camille Garoche paru chez Delcourt.

David

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David
Davidhttp://www.davidneau.fr
Scénariste pour le jeu vidéo, le podcast et le cinéma, auteur-réalisateur de court-métrages animés, auteur dessinateur la BD numérique "Zéda, l'Odyssée du quotidien", enseignant à l'ICAN en BD numérique, et chroniqueur BD bien spûr. Sans oublier passionné de musique et de... BD ! Tout est dit.

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