mercredi 29 juin 2022

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Elise et les nouveaux partisans, la chronique contestataire

Élise et les nouveaux partisans, la BD de la lutte de toute une vie

couverture de "LES NOUVEAUX PARTISANS" de Tardi et Grange chez Delcourt

Titre : Élise et les nouveaux partisans
Auteur : Dominique Grange (scénario), Tardi (dessins)
Editeur : Delcourt
Année : 2021
Page : 176

Résumé de l’histoire d’un combat peu connu :

Un retour sur l’année 1958 quand la jeune Élise est montée à Paris. L’époque des bidonvilles de Nanterre où s’étaient réfugiés les travailleurs venus d’Afrique du Nord. Et l’histoire défile: les manifestations des émigrés du 17 octobre 1961 violemment réprimées, avec de nombreux manifestants jetés dans la seine, pieds et poings liés, par… la police.
Puis les manifestations du 8 février 1962 contre les attentats de l’OAS, neuf morts dus aux violences policières, comme on dirait aujourd’hui. Dix ans après ces faits marquants, en 1972, dans un appartement au sommet d’une tour, une explosion blesse gravement Élise, obligée de fuir et vivre dans la clandestinité. En effet, les produits étaient destinés à des explosifs de fortune. Alors que Élise récupère de ses blessures, elle se rappelle son passé, de sa jeunesse à Lyon à son arrivée à Paris, son engagement dans les groupes de la Gauche Prolétarienne et surtout ses chansons, comme « les Nouveaux Partisans », qui ont marqué cette lutte.

Scénario d’un récit témoignant d’une époque et d’un mode de vie:

Si Élise vous rappelle Dominique Grange, ce n’est pas un hasard. Mais attention, ce scénario n’est ni une autobiographie, ni un témoignage politique. C’est une fiction basée sur des faits réels et sur la vie de Dominique Grange. Ce récit raconte le combat des militants engagés de l’époque. Et quelle époque ! Je connaissais les embrasements de mai 68 (un peu) mais beaucoup moins la continuité de ce mouvement sur la décennie qui a suivi et les exactions du gouvernement.
Cette BD nous permet d’en apprendre énormément sur ce qu’était ce conflit et de mieux comprendre le sens de la lutte des classes à l’époque. Et le militantisme n’était pas un vain mot. Loin des discussions de salon, Élise s’engage, dans sa vie et dans la rue. Qu’elle chante pour les ouvriers en faisant le tour des usines en grève, qu’elle travaille à la chaîne pour tenter d’agir de l’intérieur, qu’elle se terre dans la clandestinité recherchée par la police, son existence est vécue comme un combat. Elle assume ses choix, car elle résiste avec le cœur, pour défendre ceux qui se font exploités. Élise a choisi sa guitare et aussi les actions informatives, distributions de tracts, et parfois, la violence, comme le laisse entendre cette préparation d’explosifs qui a mal tourné.

On parcourt plus de vingt ans de la vie sociale française, avec ses remous politiques, avec ses multiples groupements, Gauche prolétarienne, Secours rouge, Maoïstes… Et on prend conscience d’un combat pied à pied qui a duré de nombreuses années, jusqu’à la dissolution des mouvements principaux.
Que reste-t-il de ces mouvements aujourd’hui ? Je ne le sais pas. Mais les maux sont toujours là, les opprimés toujours présents, et la colère toujours d’actualité.
Cette BD scénarisée par Dominique Grange arrive à un moment fort de la crise sociale. La pandémie a fait remonter les problèmes, et le pass n’est qu’un aspect de ce qui révolte les gens aujourd’hui.
On pourrait croire que les Nouveaux Partisans sont un pan de l’histoire de France, aujourd’hui dépassés. Mais non, ils sont toujours là, les pieds dans la boue et le cœur au bout du poing.

page de "LES NOUVEAUX PARTISANS" de Tardi et Grange chez Delcourt

Le dessin gris et pesant:

Tardi illustre ce récit fleuve, et pour cela, il a suivi sa méthode habituelle: beaucoup de documentation. On retrouve son style typique, traits de contours appuyés, personnages semi-réalistes, poids des vêtements, des objets. En effet, avec le dessin de Tardi, tout semble prendre corps et s’ancrer dans le sol. Les décors grisâtres rendant bien l’ambiance de ces années lourdes. Le noir et blanc, et surtout les palettes de gris permettent de varier les tons.
Parfois, les textes nombreux, mais nécessaires pour bien comprendre ce qui se joue, finissent par encadrer le dessin. Mais à d’autres moments, l’action prend le dessus, comme la fuite d’Élise sur les quais de la Saône à travers une pluie de coups de matraques, ou la course-poursuite en voiture avec les policiers pour sauver les exemplaires fraichement imprimés du journal « La cause du peuple » de la destruction avant même sa parution.
Tardi sait passer du jour grisâtre à la nuit sombre, où les immeubles deviennent des masses noires denses et lourdes, tandis que les phares des voitures tranchent l’obscurité.
Les compositions sobres des planches permettent de rester sur les personnages, que la mise en scène se resserre sur eux où qu’elle prenne du recul, offrant une vue impressionnante des foules.

Conclusion d’une BD qui percute:  

Élise et les Nouveaux partisans offre une plongée vertigineuse dans les combats de ces jeunes pour obtenir un monde meilleur. Le constat est amer, peut-être pessimiste, mais il reste cette trace graphique, ce témoignage des luttes méconnues d’une époque, et peut-être ce modèle pour les combats à venir.   

Vous pouvez découvrir la chanson qui a donné son titre à cette BD, « les Nouveaux partisans »

Zéda soutient Élise, à sa manière.

"LES NOUVEAUX PARTIS EN CAVALE" strip de Zéda pour illustrer chronique 7BD sur "LES NOUVEAUX PARTISANS" de Tardi et Grange chez Delcourt

David

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